09/28/2025
Pendant dix ans, j’ai couru après un rêve.
Je l’ai poursuivi avec intensité, je l’ai façonné et transformé, je l’ai porté jusqu’à ce qu’il dépasse tout ce que j’aurais pu imaginer.
Ce rêve, c’était Le Réveil : né d’une étincelle qu’on a reconnue chez moi, et du désir de montrer comment une flamme pouvait grandir et allumer d’autres feux.
J’ai voulu éveiller les jeunes, en espérant qu’eux aussi trouvent d’autres allumés qui sauraient leur montrer comment comprendre leur étincelle et la protéger avant que quelqu’un ne souffle dessus. Mais j’ai découvert les limites de ce rôle de porteur d’étincelles sans pouvoir être gardien de braises.
J’ai vu des regards s’allumer pour un instant, un atelier, une semaine… sans avoir la certitude que cette lumière pourrait survivre ensuite. Et parfois, j’ai eu peur que nos passages éphémères fassent plus de mal que de bien, en pensant aux méchancetés qui surgissent justement quand un jeune, dans un moment de vulnérabilité, commence à laisser paraître une flamme et qu’elle est attaquée par d’autres qui ne veulent pas se permettre d’être aussi courageux.
Voici quelques vérités difficiles :
• Les artistes, formateurs et organismes invités des écoles ne peuvent pas, seuls, bâtir une identité durable chez les jeunes.
• Les enseignants, les animateurs culturels, les gouvernements étudiants et les communautés doivent être formés et financés pour soutenir l’éveil.
• La construction identitaire ne peut pas être une arme de recrutement et de rétention. Elle doit être comprise comme un investissement qui prépare les élèves à se retrouver, après la 12e année, dans une communauté francophone unie qui a besoin de chacun d’eux. Ça veut dire arrêter de forcer les équipes de construction identitaire à monopoliser leurs forces et leurs idées uniquement pour leurs élèves, et cesser de mettre les écoles en compétition les unes contre les autres à travers des activités identitaires.
Au bout du compte, nous sommes tous francophones, et c’est ensemble que nous avons à bâtir notre avenir.
Après dix ans, je peux dire que ma curiosité a été comblée : j’ai atteint les tournées, les budgets, les millions de vues, les milliers de projets, les structures bâties. J’ai exploré ce rêve sous toutes ses formes. Mais le cœur du rêve, cette flamme fragile, demandait autre chose que des grands chiffres et des grandes victoires. Elle demandait une continuité et une présence quotidienne qui allaient bien au-delà de ce que Le Réveil et ses partenaires pouvaient offrir dans le cadre d’un atelier, d’un spectacle ou d’un projet spécial. C’était un changement plus grand, qui dépassait nos actions et relevait d’un mouvement collectif et systémique.
Alors aujourd’hui, je ferme Le Réveil.
Pas dans le regret, car j’ai tout donné.
Pas dans l’amertume, car des milliers d’étincelles existent encore.
Mais dans la vérité. Ce rêve a eu son temps, sa puissance, ses failles, et il laisse derrière lui une trace qui appartient désormais à la mémoire collective.
J’ai appris que les rêves ont une durée de vie, et qu’ils peuvent s’éteindre sans que leur valeur disparaisse.
J’ai appris qu’on peut inspirer, mais que ce rôle a ses limites.
Et j’ai appris que la tranquillité est une victoire en soi.
À tous ceux qui ont cru en ce projet, aux jeunes qui ont partagé cette flamme, aux partenaires et à l’équipe du bureau qui ont permis ces dix années : merci.
Je demeure profondément fier de ma francophonie, fier d’être Franco-Canadien. J’appartiens à une communauté qui ne peut pas être réduite à une seule région, mais qui vit à travers un sentiment d’appartenance éparpillé à travers le pays. Je suis fier d’avoir rêvé l’impossible et de l’avoir porté avec un sourire.