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La tristesse du diableSilencieux, les poings aux dents, le dos ployé, Enveloppé du noir manteau de ses deux ailes, Sur u...
07/28/2017

La tristesse du diable

Silencieux, les poings aux dents, le dos ployé,
Enveloppé du noir manteau de ses deux ailes,
Sur un pic hérissé de neiges éternelles,
Une nuit, s'arrêta l'antique Foudroyé.

La terre prolongeait en bas, immense et sombre.
Les continents battus par la houle des mers ;
Au-dessus flamboyait le ciel plein d'univers ;
Mais Lui ne regardait que l'abîme de l'ombre.

Il était là, dardant ses yeux ensanglantés
Dans ce gouffre où la vie amasse ses tempêtes,
Où le fourmillement des hommes et des bêtes
Pullule sous le vol des siècles irrités.

Il entendait monter les hosannas serviles,
Le cri des égorgeurs, les Te Deum des rois,
L'appel désespéré des nations en croix
Et des justes râlant sur le fumier des villes.

Ce lugubre concert du mal universel,
Aussi vieux que le monde et que la race humaine,
Plus fort, plus acharné, plus ardent que sa haine,
Tourbillonnait autour du sinistre Immortel.

Il remonta d'un bond vers les temps insondables
Où sa gloire allumait le céleste matin,
Et, devant la stupide horreur de son destin,
Un grand frisson courut dans ses reins formidables.

Et se tordant les bras, et crispant ses orteils,
Lui, le premier rêveur, la plus vieille victime,
Il cria par delà l'immensité sublime
Où déferle en brûlant l'écume des soleils :

- Les monotones jours, comme une horrible pluie,
S'amassent, sans l'emplir, dans mon éternité ;
Force, orgueil, désespoir, tout n'est que vanité ;
Et la fureur me pèse, et le combat m'ennuie.

Presque autant que l'amour la haine m'a menti :
J'ai bu toute la mer des larmes infécondes.
Tombez, écrasez-moi, foudres, monceaux des mondes !
Dans le sommeil sacré que je sois englouti !

Et les lâches heureux, et les races damnées,
Par l'espace éclatant qui n'a ni fond ni bord,
Entendront une Voix disant : Satan est mort !
Et ce sera ta fin, Oeuvre des six Journées !

Charles-Marie LECONTE DE LISLE (1818-1894)

"Quand je rentre la nuit et que ma maison dort,J'écoute mes sommeils, et là, je me sens fort.Je me sens tout conflé de m...
04/18/2017

"Quand je rentre la nuit et que ma maison dort,
J'écoute mes sommeils, et là, je me sens fort.
Je me sens tout conflé de mes humbles souffrances
Et ma fatigue alors est une récompense."

Robert Lamoureux, Éloge de la fatigue

Joyeuses Pâques, pas de poème après le carême
04/16/2017

Joyeuses Pâques, pas de poème après le carême

Parce que j’ai voulu me mettre deboutEt le vent ne me laissait pas.Il me poussait sans pitié.Mais j’ai voulu me mettre d...
01/18/2017

Parce que j’ai voulu me mettre debout
Et le vent ne me laissait pas.
Il me poussait sans pitié.
Mais j’ai voulu me mettre debout.
Ensuite, transparent de tout,
Moi, sur une mer sans cristal,
Sans où, sans quand, sans rien.
(Les cieux déshabités
Et les mers sans fenêtres.)


Ils me clouèrent sans pitié :
les filles par le chapeau
Et les garçons par le revers de la veste,
Avec des épingles en acier.
La carte de mes insomnies
- sans nord, sans sud - découpée
par les franges vertes du sommeil.


Porque yo quise pararme
y el viento no me dejaba.
Me empujaba sin piedad.
Pero yo quise pararme.
Luego, transparente de todo,
yo, por un mar sin cristales,
sin dónde, ni cuándo, nada.
(Los cielos deshabitados
Y los mares sin ventanas.)


Me clavaron sin piedad:
las chicas en el sombrero,
los chicos en la solapa,
con alfileres de acero.
El mapa de mis desvelos
-sin norte, sin sur- cortado
por franjas verdes de sueño.


(Extrait du « Poème de la langouste », Domingo López Torres, Lo imprevisto, 1936)

Après avoir décidé de redéfinir l'espace urbain en 2014, les Polyfions - plankeurs de père en fions - veulent désormais ...
11/28/2016

Après avoir décidé de redéfinir l'espace urbain en 2014, les Polyfions - plankeurs de père en fions - veulent désormais redéfinir le soutien scolaire par le biais de la musique !

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ESCP Europe - Polyphony

Je n'suis pas le Roi Baudouin, j'n'ai qu'un trône sous une aubetteParmi les clones je me promène, de la michepape sous l...
11/03/2016

Je n'suis pas le Roi Baudouin, j'n'ai qu'un trône sous une aubette
Parmi les clones je me promène, de la michepape sous les semelles
Pour être honnête, je préfère les étangs noirs de la folie
Je suis Erasme avec un mic', moitié rital comme Barzotti

Sous la drache j'écoute Georges Bizet ou Jacques Brel
Échappé d'mon kot j'écris un poème sur Bruxelles
Et souris peu comme Olivier Gourmet
Pendant qu'un homme pauvre vide une jatte à l'hôtel des Monnaies

J'ai beau rouler ma bosse comme Eddy Merckx
J'n'ai toujours pas d'réponses, d'où mes nombreux textes
Récupère mes espoirs à la ramassette
Lis un poème de Michaux sur les âmes à sec

J'aime la pluie, bouffer une gaufre à Josaphat Park
La solitude et personnages de Chantal Akerman
M'arrête au métro Delacroix, je n'suis pas Jacky Ickx
J'ai pas l'permis, partirais pas en vieille BX

Oui, j’ai quitté ce port tranquille,Ce port si longtemps appelé,Où loin des ennuis de la ville,Dans un loisir doux et fa...
09/15/2016

Oui, j’ai quitté ce port tranquille,
Ce port si longtemps appelé,
Où loin des ennuis de la ville,
Dans un loisir doux et facile,
Sans bruit mes jours auraient coulé.
J’ai quitté l’obscure vallée,
Le toit champêtre d’un ami ;
Loin des bocages de Bissy,
Ma muse, à regret exilée,
S’éloigne triste et désolée
Du séjour qu’elle avait choisi.
Nous n’irons plus dans les prairies,
Au premier rayon du matin,
Egarer, d’un pas incertain,
Nos poétiques rêveries.
Nous ne verrons plus le soleil,
Du haut des cimes d’Italie
Précipitant son char vermeil,
Semblable au père de la vie,
Rendre à la nature assoupie
Le premier éclat du réveil.
Nous ne goûterons plus votre ombre,
Vieux pins, l’honneur de ces forêts,
Vous n’entendrez plus nos secrets ;
Sous cette grotte humide et sombre
Nous ne chercherons plus le frais,
Et le soir, au temple rustique,
Quand la cloche mélancolique
Appellera tout le hameau,
Nous n’irons plus, à la prière,
Nous courber sur la simple pierre
Qui couvre un rustique tombeau.
Adieu, vallons; adieu, bocages ;
Lac azuré, rochers sauvages,
Bois touffus, tranquille séjour,
Séjour des heureux et des sages,
Je vous ai quittés sans retour.
Déjà ma barque fugitive
Au souffle des zéphyrs trompeurs,
S’éloigne à regret de la rive
Que n’offraient des dieux protecteurs.
J’affronte de nouveaux orages ;
Sans doute à de nouveaux naufrages
Mon frêle esquif est dévoué ,
Et pourtant à la fleur de l’âge,
Sur quels écueils, sur quels rivages
N’ai-je déjà pas échoué ?
Mais d’une plainte téméraire
Pourquoi fatiguer le destin ?
A peine au milieu du chemin,
Faut-il regarder en arrière ?
Mes lèvres à peine ont. goûté
Le calice amer de la vie,
Loin de moi je l’ai rejeté ;
Mais l’arrêt cruel est porté,
Il faut boire jusqu’à la lie !
Lorsque mes pas auront franchi
Les deux tiers de notre carrière,
Sous le poids d’une vie entière
Quand mes cheveux auront blanchi,
Je reviendrai du vieux Bissy
Visiter le toit solitaire
Où le ciel me garde un ami.
Dans quelque retraite profonde,
Sous les arbres par lui plantés,
Nous verrons couler comme l’onde
La fin de nos jours agités.
Là, sans crainte et sans espérance,
Sur notre orageuse existence,
Ramenés par le souvenir,
Jetant nos regards en arrière,
Nous mesurerons la carrière,
Qu’il aura fallu parcourir.
Tel un pilote octogénaire,
Du haut d’un rocher solitaire,
Le soir, tranquillement assis,
Laisse au loin égarer sa vue
Et contemple encor l’étendue
Des mers qu’il sillonna jadis.

AngoisseJe ne viens pas ce soir vaincre ton corps, ô bêteEn qui vont les péchés d’un peuple, ni creuserDans tes cheveux ...
08/30/2016

Angoisse

Je ne viens pas ce soir vaincre ton corps, ô bête
En qui vont les péchés d’un peuple, ni creuser
Dans tes cheveux impurs une triste tempête
Sous l’incurable ennui que verse mon ba**er:

Je demande à ton lit le lourd sommeil sans songes
Planant sous les rideaux inconnus du remords,
Et que tu peux goûter après tes noirs mensonges,
Toi qui sur le néant en sais plus que les morts:

Car le Vice, rongeant ma native noblesse,
M’a comme toi marqué de sa stérilité,
Mais tandis que ton sein de pierre est habité

Par un coeur que la dent d’aucun crime ne blesse,
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul,
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.

J’ai l’esprit tout ennuyéD’avoir trop étudiéLes Phénomènes d’Arate ;Il est temps que je m’ébatteEt que j’aille aux champ...
06/20/2016

J’ai l’esprit tout ennuyé
D’avoir trop étudié
Les Phénomènes d’Arate ;
Il est temps que je m’ébatte
Et que j’aille aux champs jouer.
Bons Dieux ! qui voudrait louer
Ceux qui, collés sus un livre,
N’ont jamais souci de vivre ?

Que nous sert l’étudier,
Sinon de nous ennuyer ?
Et soin dessus soin accroître
A nous, qui serons peut-être
Ou ce matin, ou ce soir
Victime de l’Orque noir ?
De l’Orque qui ne pardonne,
Tant il est fier, à personne.

Corydon, marche devant ;
Sache où le bon vin se vend ;
Fais rafraîchir la bouteille,
Cherche une feuilleuse treille
Et des fleurs pour me coucher.
Ne m’achète point de chair,
Car, tant soit-elle friande,
L’été je hais la viande ;

Achète des abricots,
Des pompons, des artichauts,
Des fraises et de la crème
C’est en été ce que j’aime,
Quand, sur le bord d’un ruisseau,
Je les mange au bruit de l’eau,
Etendu sur le rivage
Ou dans un antre sauvage.

Ores que je suis dispos,
Je veux rire sans repos,
De peur que la maladie
Un de ces jours ne me die,
Me happant à l’impourvu :
« Meurs, galant, c’est trop vécu ! »

L'herbe est molle et profonde Sous les branches qui pendent, Lourdes de fruits et de fleurs blanches ; Lourde est la sen...
06/06/2016

L'herbe est molle et profonde
Sous les branches qui pendent,
Lourdes de fruits et de fleurs blanches ;
Lourde est la senteur enivrante,
Et douce est l'ombre. On s'y étend ;
Un sourd sommeil coule dans le sang.

Et les branches s'abaissent et se penchent,
Et vous caressent de longs frôlements,
Vous caressent et vous soulèvent
De la terre doucement ;
Et l'arbre vous prend dans ses bras puissants,
L'arbre joyeux et frémissant
Qui resplendit dans la lumière.

Il vous enlace et vous berce dans l'air,
Et l'on est lui, l'on est sa sève,
Sa force féconde, et l'on frémit
En ses naissantes fleurs, et ses fruits,
En ses milliers de feuilles légères ;
On respire en son souffle, on embaume la terre.

Et l'on s'éveille comme un fruit tombe,
Un fruit lourd et vermeil,
Dans l'herbe profonde,
A travers le soleil.

Concert prodigieux des ondes et des pierres ! Long retentissement des flots sur les galets ! Majesté de la mer débordant...
04/15/2016

Concert prodigieux des ondes et des pierres !
Long retentissement des flots sur les galets !
Majesté de la mer débordant de lumières !
Fourmillement profond d'ombres et de reflets !
La mer, suprême tombe, est la source suprême ;
Plongez dans ce soleil, vous trouverez la nuit,
Mais la mort s'y fait vie, et dans cette ombre même
Un monde se recueille et travaille sans bruit.
Là, les plus petits font l'œuvre la plus sublime ;
Unis et patients, ils montent vers le jour,
Et bientôt ce labeur qu'emprisonnait l'abîme
Le firmament joyeux l'embrasse avec amour !
Parfois l'homme ainsi voit surgir quelque île immense,
Puis d'autres s'écrouler dans le gouffre écumant ;
Mais la puissante mer, sans repos, recommence
Les travaux éternels de son enfantement.
La mer, la grande mer est semblable à l'Histoire :
Toutes deux ont leurs nuits sans fond et leurs clartés
Au-dessous des splendeurs des rois et de la gloire,
Les peuples ténébreux forgent leurs libertés.
Et quand des ouragans s'apaise l'harmonie,
L'horizon vaporeux, lassé de se ternir,
Nous montre, dans la mer au firmament unie,
L'Humanité mêlée à Dieu, dans l'avenir.

S'il faut pour y goûter délaisser mes guenilles,S'il faut pour y planker que mon âme s'habilleAlors que sa lumière accèd...
03/30/2016

S'il faut pour y goûter délaisser mes guenilles,
S'il faut pour y planker que mon âme s'habille
Alors que sa lumière accède à mes caprices
Et soit l'or et le pourpre au manteau que je tisse

S'il faut pour m'y risquer que vers tes bras j'immigre
S'il faut y rassasier l'absolue faim du tigre
Alors que le dompteur soit pour moi les parfums
Apprivoisés hier sur ton coeur sibyllin

S'il faut laisser sa chance au verbe parasite
S'il ose, l'impudent ! là où ma main hésite,
Alors que sous mes doigts, les cordes musicales
Soient tes hanches creusées au souffle de tes râles

Je veux dévorer tout, je veux, tu prends, je donne
Rien qui ne se regrette ou qui ne se pardonne !
Sur les guides incertains des rendez-vous célestes
Au lieu du dernier mot, je veux les premiers gestes !

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