09/01/2026
Il y a des noms qui traversent le football sans jamais faire de bruit, et qui pourtant ont porté sur leurs épaules des équipes entières. Roger Piantoni est de ceux-là. Un gamin des mines devenu l'un des plus grands joueurs français des années 1950, aujourd'hui presque effacé des mémoires.
Tout commence à La Mourière, hameau minier de Piennes, en Meurthe-et-Moselle. Là-bas, un jeune Piantoni tape déjà dans le ballon aux côtés de Thadée Cisowski, à l'US Piennes. En 1948, avec l'équipe de jeunes de Lorraine, il remporte la Coupe nationale des juniors face au Sud-Est, où évoluent Henri Biancheri et Francis Méano. L'année suivante, il intègre l'équipe de France junior pour le championnat d'Europe — mais l'expérience tourne court, freinée par un manque de cardio. Une désillusion que connaîtra bien plus t**d, dans des circonstances similaires, un certain Michel Platini.
Piantoni débute chez les pros à Nancy, à seulement 19 ans, lors de la saison 1950-1951. Dès le premier match du championnat, contre Lens, il inscrit deux buts. Cette saison-là, il termine meilleur buteur du championnat avec 27 réalisations, dont un quintuplé face au Havre et deux quadruplés, contre Lens puis Strasbourg. En novembre 1952, il reçoit sa première sélection en équipe de France. Sept saisons durant, il porte le maillot nancéien, inscrivant 92 buts, et atteint la finale de la Coupe de France 1953, perdue face à Lille. Quelques mois plus t**d, à Chamartin, Nancy bat le Real Madrid 4-2 — un match resté dans les mémoires comme les débuts officiels croisés de Piantoni et d'un certain Alfredo Di Stéfano.
Mais Nancy s'enfonce financièrement et descend en deuxième division en 1957. Contraint de vendre ses meilleurs éléments, le club laisse partir Piantoni vers Reims, qui vient de perdre Raymond Kopa, parti briller à Madrid. C'est là, aux côtés de Just Fontaine et Jean Vincent, que Piantoni entre dans l'histoire. En mars 1958, il inscrit un quadruplé contre Sedan. Le 1er mai, Reims est sacré champion de France. Quelques semaines plus t**d, il s'envole pour la Suède avec les Bleus, où il est considéré comme l'un des meilleurs Français du Mondial. Il joue les cinq premiers matches, inscrit quatre buts, dont celui qui compte face au Brésil de Pelé en demi-finale — avant qu'une appendicite ne l'empêche de disputer la petite finale, remportée 6-3 face à l'Allemagne.
Le 3 juin 1959, à Stuttgart, Reims dispute sa deuxième finale de Coupe d'Europe des clubs champions. Face au grand Real Madrid, la défaite est nette : 0-2. C'est le sommet et la désillusion en une seule soirée. Quelques mois plus tôt, le 11 octobre 1959, contre la Bulgarie, Piantoni est victime d'un tacle de Nikola Kovatchev qui lui brise le genou. Cette blessure ne le quittera plus jamais vraiment. Les opérations s'enchaînent, les longues rééducations aussi. Lorsque Just Fontaine se fracture la jambe en 1960, mettant fin à sa carrière, c'est aussi le transfert de Piantoni vers River Plate qui s'effondre avec lui. Il reste, devient le meneur de jeu et le meilleur buteur de Reims cette saison-là, malgré un corps qui ne répond plus comme avant.
Entre 1961 et 1964, il ne dispute que 37 matches de championnat, luttant contre les séquelles de sa blessure. Il inscrit tout de même 23 buts durant cette période, et participe à un sixième titre national en 1962. Son dernier but sous le maillot rémois tombe le 3 mai 1964, lors d'une défaite à domicile contre Valenciennes. La même année, il rejoint Nice, en deuxième division, aide le club à remonter, puis raccroche les crampons.
Il devient ensuite entraîneur à Carpentras, siège au Conseil fédéral de la FFF pendant près de vingt ans, et se retrouve un temps derrière un micro sur Antenne 2, aux côtés de Michel Drucker. Mais c'est vers la Lorraine qu'il revient toujours, fidèle à ses racines. Une tribune du stade Marcel Picot, à Nancy, porte aujourd'hui son nom.
Roger Piantoni est mort le 26 mai 2018, presque oublié du grand public, lui qui fut de la campagne suédoise et des grandes années rémoises. Il n'a jamais réclamé sa part de lumière — elle est simplement passée à côté de lui. Certains hommes construisent des légendes sans jamais devenir eux-mêmes une légende.