23/07/2026
Impressions. Extrait de mon ouvrage: Saint-Louis-Ville de Jazz
Youssou Ndour, chanteur et ancien ministre de la culture.
Le Sénégal et particulièrement la Ville de Saint-Louis, a une histoire intimement mêlée au Jazz. L'architecture de la Ville rappelle celle de la Nouvelle Orléans aux Etats-Unis. Des frères à nous ont regagné l'autre côté de l'Atlantique avec leurs chants religieux ( negro spiritual et gospel) et work song qui sont les principales influences du Jazz. Saint-Louis et son festival sont chargés de cette mémoire à laquelle j'ai voulu rendre hommage.
Louis Camara, écrivain
Il faut bien le dire, les premiers musiciens de la galaxie Jazz venus jouer au festival de Saint-Louis y déposèrent aussi leurs trompettes, guitares et saxos pour des raisons résolument sentimentales, mus par le désir profond d'un contact charnel avec la terre des origines, l'Afrique, d'où leurs aïeux furent déportés quelques siècles auparavant.
La plupart d'entre eux étaient motivés par le fameux " spirit factor" cet appel de l'âme tel que défini par la dramaturge et comédienne africaine-américaine Peggy Pettit.
Ainsi au fil des années, de grandes figures de la musique de Jazz qui, bien que né du lamenti des esclaves noirs dans les champs de coton du Sud des Etats-Unis, s'origine tout de même bel et bien en Afrique, vont défiler à Saint-Louis non pas sur le Mississipi mais au bord du fleuve Sénégal, dont le festival est devenu par la force des choses l'un des évènements musicaux les plus courrus du continent africain....
Je me souviendrai toujours de ces moments d'intense communion, de fusion de l'esprit, du coeur et des sens, vécus en écoutant les brûlantes coulées sonores qui fusaient de la gu**le bleue des saxophones en transes! Je me souviendrai toujours des lyriques envolées du "père John Lee Ho**er", le bluesman sahélien Ali Farka Touré, déclinant sur sa guitare acoustique ces mélopées qui donnèrent naissance au blues.
Je n'oublierai jamais cette soirée f***e au cours de laquelle, cet autre magicien du blues, Lucky Peterson, mit en transe tout le public venu l'ecouter sous le grand hangar des entrepôts Peyrissac, se payant même le luxe de sortir avec sa guitare pour donner un concert en plein air, sous la lune, en face du fleuve argenté et devant des centaines de personnes envoûtées par ce musicien venu d'une autre planète.
Et que dire du fabuleux concert de cet autre géant du ténor saxophone, Pharoah Sanders, pareil à un mage d'un autre temps et qui fut pendant longtemps le fidèle second du génie du ténor John Coltrane!
Au Quai des Arts, accompagné d'une batterie de sabars, il réalisa la fusion du rythme africain et de l'harmonie syncopée du Jazz et ce fut le lumineux hommage rendu à l'Afrique par l'un de ses enfants prodigues!
Herbie Hancock, Joe Zawinul, Elvin Jones, Mc Coy Tyner, Abdullah Ibrahim, Roy Hanes, Liz Mc Comb...une constellation de noms prestigieux me vient en mémoire, éveillant en moi une nostalgie incompressible et une bouffée de lyrisme spontané où se mêlent à parts égales, des airs enivrants de Jazz et des images fortes, inoubliables, comme celle d'Archie Shepp qui sur le chemin du retour et en pleine savane demanda au chauffeur de la voiture qui l'amenait de s'arrêter un instant afin qu'il puisse jouer à côté d'un magnifique baobab! Le voyage du pelerin s'achevait et il tenait à rendre un dernier hommage à cette terre où se trouvaient ses racines.
En dépit de tout, malgré les hauts et les bas inhérents à toute entreprise humaine, les casseroles tintinnabulantes et parfois malsonnantes, Saint-Louis Jazz reste encore l'une des plus belles aventures musicales africaines initiées à la fin du siècle dernier. Il reste aussi une chance inouïe pour le développement culturel et touristique de la vieille cité tricentenaire, un passeport pour l'avenir et une ouverture qui la rend poreuse à tous les souffles du monde....
Papis Samba- Auteur