13/08/2026
Une personne qui sait trouver les mots pour raconter une histoire et faire vivre une culture. 🤍
Merci à notre auteur pour ce magnifique récit de notre passage. Tes mots ont su mettre en lumière notre travail, notre énergie et surtout l’âme que nous avons voulu transmettre sur scène.
C’est un véritable honneur de voir notre histoire racontée à travers ta plume. ✨
Merci d’avoir pris le temps de nous regarder, de nous comprendre et de nous raconter avec autant de justesse.
Māuruuru roa Yann Paa. 🤍
𝗟𝗲𝘀 𝗰𝗼𝘂𝗹𝗶𝘀𝘀𝗲𝘀 𝗱𝗲 >
La montagne Tauahi’ura compte parmi les montagnes les plus prestigieuses de Polynésie. Elle se dresse à Huahine, dans le district de Fiti’i.
En 2025, dans le cadre de la préparation du Heiva i Tahiti, nous avions décidé de la gravir. Quatre heures de marche étaient nécessaires pour atteindre le sommet de cette montagne chargée d’histoire.
Ce jour-là, nous attendions notre guide, Fabrice, sous une pluie fine. Le ciel était gris, complètement couvert. Je m’étais alors dit que, finalement, nous n’allions peut-être pas pouvoir faire l’ascension. Et à vrai dire… ça m’arrangeait plutôt bien. J’avais envie de rentrer et de dormir. 😅
Quelques minutes plus t**d, Fabrice est arrivé. Et avec lui, presque comme par magie, le soleil et le ciel bleu.
Je n’ai absolument rien compris. 😅
Nous avons donc entamé notre marche vers Tauahi’ura. La montée était assez rude. Il fallait franchir des escarpements parfois très raides, mais à mesure que nous avancions, les paysages qui s’offraient à nous valaient largement tous les efforts.
Le sol était humide et boueux. L’air était frais et, tout au long du chemin, le bruit de la rivière nous accompagnait, résonnant au milieu de cette nature imposante.
Mais au-delà de l’effort et de la peur, une autre chose occupait mon esprit. Je me demandais comment j’allais terminer la prestation de Manohiva.
Quel tableau ? Quel texte ? Quelle image pouvait conclure l’histoire que nous voulions raconter ?
À un moment donné, il nous a fallu franchir les derniers passages à l’aide d’une corde. Là, il ne s’agissait plus vraiment de marcher, mais bel et bien d’escalader. Et plus nous montions, plus je me demandais ce que j’étais venu chercher là-haut.
Puis nous sommes enfin arrivés au sommet.
La vue était à la fois magnifique et vertigineuse. Le soleil commençait à décliner, offrant à nos yeux un panorama unique sur Huahine.
De là, un petit chemin permettait d’aller encore plus loin, jusqu’à ce que l’on appelle la « tête » de cette reine. Mais je n’ai pas pu y aller. Le vertige a eu raison de moi. Je me suis donc assis à l’écart et, bercé par la fatigue, j’ai fini par somnoler.
C’est à cet instant que j’ai eu une vision.
Celle d’un homme portant un enfant dans ses bras.
L’image était brève, presque insaisissable. J’entendais également des mots, sans parvenir à tout comprendre. Deux seulement me sont restés : « te ao » et un autre que je n’arrivais pas à saisir.
Je suis redescendu de Tauahi’ura avec encore plus de questions que lorsque j’y étais monté.
Qu’est-ce que cela voulait dire ?
Qui était cet homme ?
Et surtout, qui était cet enfant ?
Je m’étais même demandé si, parmi nous, l’une n’allait pas bientôt enfanter.
🤣 Mais qui ?
Les mois ont passé.
Puis, un jour, en faisant défiler Facebook, je suis tombé sur la publication d’une personne de Huahine qui était en train de terrasser son terrain. Quelques mots accompagnaient sa publication :
« Terrain Tahateao »
Et là…
j’ai compris.
Tahateao.
Ce mot que je n’avais pas réussi à saisir là-haut venait soudain compléter ce qui m’était resté de ma vision.
Dans la minute qui a suivi, j’ai commencé à écrire le texte de cette chanson qui deviendra « Taha te ao » :
« Tā’oto atu ra i tō ‘oe aro,
‘ite atu ra vau i te tama o te fenua… »
Cette chanson est donc née ainsi : d’une montagne, d’une ascension, d’une vision que je ne comprenais pas encore et d’un mot retrouvé plusieurs mois plus t**d, presque par hasard.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là.
Un an plus t**d, jour pour jour - ma nièce est née.
Elle s’appelle Amateamioi (la petite lumière de Tahuata)
Et lorsque je l’ai regardée, quelque chose m’a troublé : elle ressemblait étrangement à cet enfant que j’avais vu, là-haut, sur Tauahi’ura.
Je ne saurai sans doute jamais s’il s’agissait d’un rêve provoqué par la fatigue, d’une coïncidence ou de quelque chose qui nous dépasse.
Je sais simplement qu’en gravissant Tauahi’ura, je cherchais comment terminer une histoire pour la scène.
Je ne savais pas encore que la montagne allait m’en raconter une autre.