TraysKreyol

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21/04/2026

16 Septembre 2024… Anicet expose à la fondation Clément. Et comme à chacune de nos rencontres, il partage, explique , transmets. Il y a chez ces artistes de l’école des arts appliqués de Fort de France une pensée affirmée , structurée qui me fascine. Ils sont à bien des égards extrêmement au clair avec leur pratique, le sens, la portée , le message. Les artistes de feu cette école sont capables de parler de leur démarche artistique d’une manière que je retrouve trop peu chez leurs successeurs. ☺️

Les 4 Savart sont partis à Boston.  Aucun musée Français ne s’est porté acquéreur de ces 4 tableaux qui viennent complét...
09/04/2026

Les 4 Savart sont partis à Boston. Aucun musée Français ne s’est porté acquéreur de ces 4 tableaux qui viennent compléter l’histoire de celui qui est exposé au Musarth, à Pointe à Pitre. Des tableaux rares. Nous avons peu de productions de l’époque esclavagiste réalisées sur place. Et pourtant …. Pas d’acquéreur Français. J’aimerais entendre les arguments.
Idem pour les Brunias. En Tout six œuvres sont trois qui font partie des représentations visuelles les plus connues dans le monde !

Si bien que je les pensais dans un musée ( vous savez les trucs qui vous paraissent tellement évident )!

Que nenni ! En plus , la trajectoire des Brunias est assez incroyable. Vendues par un fils , rachetés plus t**d à leur nouveau propriétaire par la mère

Les plus connus ont rapidement trouvé acquéreur . Nous ne saurons rien de leur identité En tous cas pour l’instant .

Alors je pense encore la question : que choisit de montrer le musée ?

Je n'aurais jamais pensé que des oeuvres majeures de Brunias pourraient circuler sur le marché. Des oeuvres qui font par...
21/03/2026

Je n'aurais jamais pensé que des oeuvres majeures de Brunias pourraient circuler sur le marché. Des oeuvres qui font partie de notre culture visuelle ! merci , my digital friend forever😂
Oui, parceque la Tefaf, lieu névralgique pour les antiquaires, ben, je n'ai jamais pu m'y rendre. Un rêve !

Revenons en à nos Brunias ! Présentées comme des originales, leur trajectoire est incroyable. Deux d'entre elles ont en commun d'être passées en vente, présentées par un anonyme, en 1951 à Drouot, puis en 2003 chez Christies récupérées par la maman du propriétaire précédent. Vous suivez ?

En tous cas les 3 étaient entre des mains privées.😮

C'est important car les détails, c 'est à dire la provenance ( la circulation) des pièces, tout comme les lieux
d'exposition, l'identité des collectionneurs lorsqu'elle est connue, la littérature sur les oeuvres forment la valeur d'une oeuvre sur le second marché.

De ce point de vue les notices de la maison sont des pépites. Tout y est et j'apprécie autant leurs recherches documentaires que la petite plume de commissariat 😊
( post non rémunéré🤣).

Souvenez-vous on leur doit déjà la redécouverte de 4 J. Savart... qui sont partis à Boston ai-je appris.

Tout ceci est à trouver sur ce feed. Mais je crois que je j'en ferai des publications. Plusieurs questions se posent notamment sur les Savart.

Merci à la maison toujours sympathiques et ouverts. ( oui comme ça ils vont me pardonner d'avoir mal orthographié leur nom sur les slides😭)

Soyez attentifs à la suite.. c'est passionnant.

Louisiane Saint-Fleurant. Elle est une des fondatrices du mouvement 5 soleil en Haiti.La postérité de son œuvre est très...
17/03/2026

Louisiane Saint-Fleurant. Elle est une des fondatrices du mouvement 5 soleil en Haiti.
La postérité de son œuvre est très instructive et nous permet d’aborder deux sujets: rappeler combien elle a marqué l’histoire de l’art en Haïti et poser la problématique du second marché de l’art à travers le parcours, de nos jours, de sa production.
Dresser le portrait de Louisiane, nous connecte immédiatement à ses combats, au caractère exceptionnel de sa trajectoire jusque dans la mort !
En effet en 2010, le cimetière de Pétion-Ville subit des travaux suite au tremblement de terre en Haiti. Louisiane Saint-Fleurant décédée en 2005 y repose aux côtés de son fils Stivenson Magloire peintre très connu également. Les bulldozers rasent leurs sépultures. Une de ses filles a juste le temps de récupérer les crânes des siens !
On peut y voir une illustration des nombreuses problématiques non pas des artistes d’Haiti uniquement, mais de trop nombreux pays caribéens encore.
Saint-Fleurant est venue à la peinture par....la cuisine !
C’était son métier pendant de nombreuses années et c’est en officiant pour le compte du groupe Saint-Soleil (un courant artistique majeur) que Louisiane se lance à l’âge de 48 ans!
A partir de 1977, Elle sera alors la seule femme de cette communauté.
Interrogée en 1995, elle déclare : « jusqu’à l’âge de cinquante ans il ne m’était jamais venu à l’esprit qu’un jour je serais devenue artiste ». « Je ne sais jamais ce que je vais peindre, je prends le pinceau et c’est seulement après que je vois ce qui sort ... ».
Il en sort un monde de femmes et d’enfants principalementdes fillettes endimanchées de robes aux couleurs éclatantes.
Il en sort de magnifiques maternités où l’homme est absent.
La végétation y est toujours luxuriante. Le travail de Saint-Fleurant est très influencé par le vaudou. » (...) quand j’ai envie de parler, (..) je peins et je deviens plus calme. (..). la peinture parle ».
Lousiane St Fleurant est aussi connue pour ses sculptures en argile qui passent régulièrement en vente.

Que se passe t-il-exactement en Mai 1924 ? du 12 au 14 :Un salon de peinture à la parisienne, une des plus anciennes tra...
14/03/2026

Que se passe t-il-exactement en Mai 1924 ? du 12 au 14 :
Un salon de peinture à la parisienne, une des plus anciennes traditions de la capitale se tient.
Aux commandes, Germaine Casse qui a inauguré en Janvier et en grandes pompes une société des artistes Antillais.
Toute la crème de l’élite coloniale s’y précipite.
Mais de salon la manifestation n’en a que le nom. Il se tient sur la place de la Victoire en même temps qu’un salon agricole :
Extrait de la source que vous trouverez en commentaire :
« La manifestation guadeloupéenne se caractérise par une extrême modestie: pas de pavillons grandioses ; de simples tentes accueillent les exposants. Chaque prise de vue extérieure montre au premier plan des animaux de ferme, de dos ou bien en train de manger avec appétit, à l’exemple du porc « Chopinard » de M. Zamia, qui est primé pour l’occasion. Le contraste visuel est perceptible, et même volontaire et étudié. Seuls les pavillons des firmes industrielles locales semblent agencés. Quant à l’exposition artistique en elle-même, sous la direction de Germaine Casse, elle bénéficie d’une salle spéciale dans la caserne militaire de la ville, lieu incarnant le pouvoir de la France sur la colonie. Mis en scène dans un décor de pacotille, ce salon artistique, ouvert pendant seulement trois jours, apparaît comme une simple commande officielle, immortalisée par une série de cartes postales qui donnent l’impression d’une mission accomplie. Sur les clichés, Germaine Casse, souriante, pose devant ses propres tableaux. Pour Germaine Casse la mission est accomplie : elle vient d’inscrire son nom dans l’histoire de l’art des antilles. Elle recevra plus t**d la légion d’honneur et sera sollicitée pour plusieurs commandes publiques nationales.
Pour les autres artistes présents en Guadeloupe et en Martinique d’ailleurs, le bilan de cette opération est négatif.
Ils ne sont pas mentionnés.
Ni les contemporains de Germaine, ni ceux qui l’ont précédée.
Dans quelle mesure ce flop a-t-il contribué à instaurer un quiproquo voire un rejet qui persiste concernant les productions de cette époque ?
Je me le demande souvent.
Et vous qu’en pensez-vous ?

[Repost] Elle est incontournable sur la scène des arts visuels de Guadeloupe. Son nom figure dans de très nombreuses exp...
09/03/2026

[Repost] Elle est incontournable sur la scène des arts visuels de Guadeloupe. Son nom figure dans de très nombreuses expositions, actions collectives, commande publique et pourtant.... Impossible de trouver une documentation complète relative son parcours, tout comme il est impossible de trouver des visuels de ses œuvres en ligne ! que dire ?
Michèle Chomereau-Lamotte naît en Novembre 1943 à
Pointe à Pitre. Elle est formée à l’atelier de Michel Rovélas .
Michelle Chomereau-Lamotte reprend dans ses peintures les codes plastiques utilisés par ses prédécesseurs, notamment Michel Rovélas. Elle s’oriente vers une esthétique caractéristique de la production
Guadeloupéenne des années ‘80-‘90s où, dans une sorte de consensus collectif, le questionnement plastique principal se réfère à la construction/reconstruction d’une identité propre. Le contexte littéraire et politique s’inscrit dans cette préoccupation de poser des actes, des postulats fondateurs. Edouard Glissant prône le tout monde, Raphaël Confiant, Chamoiseau, Ernest Pépin et d’autres construisent le concept de créolité.
Les commémorations du centcinquantenaire de l’abolition de l’esclavage en 1998, favorisent un foisonnement intellectuel qui revisite le passé sous un angle scientifique et permet de s’imprégner de chronologies historiques mieux documentées grâce au travail des universitaires.
Les œuvres de Chomereau-Lamotte témoignent de ce bouillonnement. Les chromatiques sombres reprennent des visages, des corps parfois déformés, voire mutilés et une imagerie liée au culturel : des maré tèt’ (coiffes), des chars à bœufs, des tambours ou encore des fruits et des fleurs locales, l’iconographie de l’esclavage.On perçoit un travail de recherche sur la constitution d’une grammaire symbolique propre à la peinture antillaise. Ses réflexions plastiques tendent à se rapprocher de celles d’artistes comme Klody Cancelier ou encore l’artiste Nankin.
Texte : Verenne Cipolloni

Quand tout s’emballe lorsqu’on rencontre une œuvre. ❤️C’est exactement ce qui m’est arrivé avec le travail d’Agnès Brézé...
08/03/2026

Quand tout s’emballe lorsqu’on rencontre une œuvre. ❤️

C’est exactement ce qui m’est arrivé avec le travail d’Agnès Brézéphin.

À Dakar, lors de la Biennale 2024, Agnès Brézéphin a laissé peu de spectateurs indifférents. On raconte même que certains jurés ont été bouleversés en l’écoutant parler de son travail. Car ce qu’elle livre n’est pas seulement une œuvre : c’est une confidence intime. L’inceste.

L’artiste martiniquaise aborde l’effroi avec la délicatesse de la broderie. Elle parle des blessures des femmes — celles du corps, de la peau, des organes, mais aussi celles, invisibles, de l’âme. Dans une sémiotique d’une grande justesse, elle crée un univers en équilibre, tissé d’ambivalences.

Chez elle, la douceur n’est pas décorative. Elle est stratégique.

Les fils de soie ,précieux, solides, rares, deviennent un geste presque chirurgical. D’ailleurs, la soie est utilisée en médecine pour sa capacité à être absorbée par le derme. Comme si la matière elle-même connaissait déjà le chemin de la réparation.

Brézéphin brode ainsi les monstres et les douleurs avec une minutie presque méditative. Le merveilleux vient repousser le hideux.

Son travail épouse d’une manière presque mystique la philosophie de la Biennale de Dakar 2024 placée sous la notion de SILLAGES (Xàll Wi en wolof) : ouvrir des voies.

Une voie pour la parole des femmes.
Une voie pour les artistes femmes.
Une voie pour les artistes caribéennes tout court.

Car c’est aussi cela la réalité du monde de l’art : chaque artiste qui franchit un seuil ouvre un passage pour celles qui viendront après.

Dans le cadre du 8 mars, sur Trayskreyol, j’ai souhaité une série consacrée aux femmes artistes caribéennes.

Des artistes qui transforment les blessures en langage, la mémoire en forme, et l’intime en puissance esthétique.

Et Agnès Brézéphin en trace, incontestablement, l’un des sillages les plus sensibles.

Je n’ai pas trouvé ces cartes postales.Selon des témoignages, c’est son époux qui se chargeait de les livrer à Vespa au ...
08/03/2026

Je n’ai pas trouvé ces cartes postales.
Selon des témoignages, c’est son époux qui se chargeait de les livrer à Vespa au centre des métiers d’arts ouvert par Alexandre Bertrand à Fort de France dans les années 60.
Ginette Mible-Mongallon a peu exposé. On la retrouve au premier grand salon des réalités martiniquaises.
Le premier Salon des Réalités Martiniquaises a eu lieu en 1952 à la Maison de la Culture de Fort-de-France. Cet événement artistique a été initié par Marie-Thérèse Julien-Lung-Fou, première sculptrice martiniquaise présentée déjà ici (scollez scollez), qui a fondé et présidé le Salon des Réalités Martiniquaises de 1952 à 1959.
Le salon rassemblait un collectif de vingt-neuf peintres et sculpteurs, dont sept membres de l’Atelier 45 (scrollez
scrollez cf.Honorien)
Toutefois, elle a préféré se dédier à l’enseignement et a plutôt vécu en marge de l’effervescence des vernissages et débats esthétiques de son époque.
Aujourd’hui, on ne retrouve que peu de traces de son travail, mais son parcours lui, reste une leçon précieuse : il ne faut jamais se conformer aux chemins tout traçés.
Et l’anti-conformisme je crois bien que ça la définissait plutôt bien si j’en crois ce que j’ai pu entendre des témoins contactés.
Pas sympa, excentrique, me dit-on...
Ma foi fût elle la seule artiste navigant dans son propre univers et pourquoi la stigmatiser ?
Mme Mible eût une fille qu’elle a elevée seule qui, elle aussi a un beau « coup de crayon ». Je n’ai pas réussi à la joindre après des mois de messages laissés sans réponse. L’histoire de Ginette Mible-Mongallon elève de l’école des arts appliqués de FDF, créé durant la 2ieme guerre mondiale, mérite d’être connue.
Le troisième volet de ce focus sera consacré à des textes produits par d’anciens élèves.
Dites-moi en commentaire ce que vous en pensez ! Et si vous avez des visuels de ses productions, n’hésitez pas.

En ce week-end consacré aux femmes, je pense à cette figure absolument fascinante de la Louisiane créole. Je l’avais mis...
07/03/2026

En ce week-end consacré aux femmes, je pense à cette figure absolument fascinante de la Louisiane créole. Je l’avais mise en lumière il y a deux ans ici déjà. Son destin résume à lui seul tant d’histoires de nos territoires : résistance, invisibilisation, transformation.

Clémentine Hunter naît en 1886 dans l’ancienne plantation Melrose en Louisiane. Ses grands-parents avaient été esclaves. Elle travaille toute sa vie comme ouvrière agricole et domestique. Elle ne sait ni lire ni écrire. Elle parle créole. Et pourtant… un jour, elle se met à peindre.

Sur des bouts de bois, des restes de cartons, des matériaux récupérés.

Ce qu’elle peint ? La vie que personne ne regardait : les champs de coton, les funérailles, les baptêmes, les repas collectifs, les rythmes du travail, les joies et les douleurs des communautés afro-créoles. Des scènes simples en apparence, mais d’une puissance documentaire et émotionnelle immense.

Longtemps, son art a été rangé dans la case confortable de « l’art primitif » ou « naïf ». Des mots qui disent surtout l’incapacité du monde de l’art à comprendre que ces pratiques n’étaient pas naïves : elles étaient libres, enracinées et profondément modernes.

Le succès de Clémentine Hunter a même produit un phénomène incroyable : l’apparition de faux tableaux. Oui, de faux Clémentine Hunter circulent depuis des décennies. Preuve paradoxale de sa valeur. Quand un marché commence à imiter une artiste autrefois ignorée, c’est que son œuvre est devenue indispensable.

Ce qui me fascine chez elle, ce n’est pas seulement la peinture.
C’est ce que son parcours raconte.

Une femme noire, née dans un monde encore hanté par l’esclavage, sans éducation académique, qui transforme sa mémoire collective en patrimoine artistique.

Clémentine Hunter ne peint pas seulement des scènes de plantation.
Elle peint la dignité d’un peuple.

En ce week-end consacré aux femmes, je pense à cette figure absolument fascinante de la Louisiane créole. Je l’avais mis...
07/03/2026

En ce week-end consacré aux femmes, je pense à cette figure absolument fascinante de la Louisiane créole. Je l’avais mise en lumière ici il y a deux ans déjà . Son destin résume à lui seul tant d’histoires de nos territoires : résistance, invisibilisation, transformation.

Clémentine Hunter naît en 1886 dans l’ancienne plantation Melrose en Louisiane. Ses grands-parents avaient été esclaves. Elle travaille toute sa vie comme ouvrière agricole et domestique. Elle ne sait ni lire ni écrire. Elle parle créole. Et puis un jour, elle se met à peindre.

Sur des bouts de bois, des restes de cartons, des matériaux récupérés.

Ce qu’elle peint ? La vie que personne ne regardait : les champs de coton, les funérailles, les baptêmes, les repas collectifs, les rythmes du travail, les joies et les douleurs des communautés afro-créoles. Des scènes simples en apparence, mais d’une puissance documentaire et émotionnelle immense.

Longtemps, son art a été rangé dans la case confortable de « l’art primitif » ou « naïf ». Des mots qui disent surtout l’incapacité du monde de l’art à comprendre que ces pratiques n’étaient pas naïves : elles étaient libres, enracinées et profondément modernes.

Le succès de Clémentine Hunter a même produit un phénomène incroyable : l’apparition de faux tableaux. Oui, de faux Clémentine Hunter circulent depuis des décennies. Preuve paradoxale de sa valeur. Quand un marché commence à imiter une artiste autrefois ignorée, c’est que son œuvre est devenue indispensable.

Ce qui me fascine chez elle, ce n’est pas seulement la peinture.
C’est ce que son parcours raconte.

Une femme noire, née dans un monde encore hanté par l’esclavage, sans éducation académique, qui transforme sa mémoire collective en patrimoine artistique.

Clémentine Hunter ne peint pas seulement des scènes de plantation.
Elle peint la dignité d’un peuple.

Il faut attendre la fin du XIXe siècle pour que les premiers artistes peintres d’ascendance servile, noirs ou métissés p...
06/03/2026

Il faut attendre la fin du XIXe siècle pour que les premiers artistes peintres d’ascendance servile, noirs ou métissés puissent exercer le métier d’artistes insulaires et reconnus socialement à cette fonction.
C’est par la voie de l’enseignement du dessin dans les écoles républicaines, impulsé par la réforme de Jules Ferry, qu’ils trouveront, pour beaucoup comme Henry Gabriel, Alice Albane ou encore Fernand Bailly leur légitimation d’artiste dans la société post-esclavagiste toujours marquée par le préjugé de couleur.
C’est ainsi qu’Alice Albane sera la première femme maîtresse de dessin de la Martinique. Née à Saint-Pierre le 15 novembre 1871, Marie Thérèse Alice Léontine Gertrude Cornette de Saint-Cyr dite Alice Albane est la fille d’un économe d’habitation, Louis Marie Auguste Cornette de Saint-Cyr Montlaur et de Charlotte Tavi, probablement une femme de couleur.
Elle épouse le 24 avril 1897 Anastase Robert Albane, avoué à la cour de Saint-Pierre. Ayant fait ses études primaires à Saint-Pierre, la jeune fille est remarquée par ses professeurs qui l’encouragent à partir faire des études en France. Sur leurs conseils, sa mère, possiblement déjà artiste, l’accompagne à Paris, où elle suit les cours de l’École des Beaux-Arts.
Elle obtient ainsi le certificat d’aptitude à l’enseignement du dessin dans les écoles normales et les écoles primaires supérieures. De retour à la Martinique, elle est nommée professeur de dessin au pensionnat colonial de Saint-Pierre où elle enseigne dès 1893 en tant que chargée de cours, puis à partir de 1899 en tant que titulaire.
Après l’éruption elle enseigne au pensionnat colonial de Fort-de-France où elle occupe la fonction de professeur de dessin jusqu’à sa retraite.
Elle décède le 11 mars 1971 à l’âge de 99 ans.
Christelle Lozère, Professeur HDR en histoire de l’art, Université des Antilles, UMR 8053 PHEEAC

Pour en savoir plus sur   laissons la parole à Christelle Lozère Historienne de l’art professeure à l’université des Ant...
02/03/2026

Pour en savoir plus sur laissons la parole à Christelle Lozère Historienne de l’art professeure à l’université des Antilles : » Peu d’œuvres d’Alice Albane sont aujourd’hui connues en dehors d’une série de croquis annotés au crayon et parfois coloriés conservée aux archives de la CTM.
Elle y représente des femmes noires et métissées, coiffées d’un chapeau ou d’un madras, de toutes les conditions sociales et de tous les âges, investies à des tâches de la vie quotidienne.
L’image de la porteuse, marchande qui positionne un panier, un tray, une boîte ou un couï sur sa tête, est sa thématique privilégiée.
La nudité est absente de son répertoire. Elle dessine avec dignité et élégance les femmes qui ont toutes un port de tête altier dans une fierté d’être martiniquaise.
Le thème de la marchande se retrouve également dans les œuvres antillaises de Victor Fulconis, Alice Albane, Jean-Baptiste Rabardelle, Paul Gauguin, Charles Laval et plus t**d
Pierre Bodard.
La proximité de certains dessins laisse percevoir des échanges artistiques entre les artistes.
À la fin du XIXe siècle, la scène de genre, mettant en scène l’ancienne population servile au travail, connaît en effet un essor important, nourrie par le militantisme social et esthétique du réalisme français post-1848.
Si Alice Albane a été oubliée de l’histoire de l’art des Antilles, son rôle de maîtresse de dessin a été fondamental dans la démocratisation des pratiques artistiques en . Avec d’autres enseignants, elle a pu rompre avec la ségrégation artistique mortifère construite par le modèle construit par le modèle esclavagiste dominant, qui empêchait aux enfants noirs d’être formés aux Beaux-Arts.

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