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Le fauteuilLa peur fait partie des émotions intrinsèques de l’être humain. Elle lui est consubstantielle. On n’a pas bes...
10/01/2026

Le fauteuil

La peur fait partie des émotions intrinsèques de l’être humain. Elle lui est consubstantielle. On n’a pas besoin d’apprendre à avoir peur, c’est un sentiment avec lequel on naît. Observez un enfant en bas âge sur qui on vient de hurler. Il sursaute puis se fige. Son visage se crispe un moment, ses yeux s’écarquillent et ensuite il se met à pleurer en tremblant. Le même enfant, lorsqu’il est sur une surface surélevée recule et s’agrippe à quelque chose pour ne pas tomber dans le vide. C’est cela la peur. Elle se manifeste lorsqu’on se retrouve devant un danger imminent ou potentiel. C’est elle qui génère et entretient l’instinct de survie.
Généralement, le sentiment de peur est associé à la pleutrerie ou à la lâcheté. En Afrique par exemple, la peur est vue comme la négation de la masculinité. Un homme qui tremble perd sa virilité. Un homme qui tombe perd en respect. Les Zarmas disent : « albor si kan foray no ka zingi ». Un homme se doit d’être un guerrier, partout et en toute circonstance.
Mais dans les faits, peut-on vraiment faire fi de ce qui existe malgré nous, qui se manifeste sans demander notre consentement ? Peut-on nier ou ignorer un sentiment qui relève de l’irrationnel ? Tout porte à croire que cela ne soit pas possible. La vraie force ne résiderait-elle pas plutôt dans le fait, non pas de refuser la peur, mais de la dompter? Car l’expérience tend à montrer que ceux qui parviennent à surmonter leurs craintes et leurs angoisses, à mettre une dose de raison là où leurs cœurs palpitent, deviennent victorieux. Les haoussas disent : « Ouwal may tsoro a ke yi ma barka ». Autrement dit, c’est à la maman du peureux qu’on dit « Barka ». La mère du téméraire, elle, reçoit souvent les « condoléances », « yako » et autres « say hankuri ».

Notre histoire d’aujourd’hui est une plongée au cœur du mysticisme et de ses horreurs. Elle nous amène à la rencontre de Zourkaleyni Demba, un grand serviteur de l’État nigérien. La cinquantaine déjà bien entamée, Z.D comme l’appellent ses intimes, est un économiste chevronné. Ayant fait ses classes dans une prestigieuse université d’Angleterre, il a d’abord fait ses armes dans d’importants cabinets financiers avant d’être appelé par les plus grandes institutions financières de la planète. Aujourd’hui, après vingt années à passer de continent en continent pour occuper de grands postes, Z.D a le sentiment légitime d’avoir tout gagné. Partout dans le monde, il s’assoit à la table des puissants, participe à la prise de décisions à forts enjeux ainsi qu’à l’élaboration de projets à fort impact. Il a un compte en banque bien garni, un impressionnant carnet d’adresses et surtout une adorable épouse et quatre magnifiques enfants. Considérant qu’il a réalisé l’essentiel de ses rêves, il vient donc de prendre une décision radicale : retourner servir son pays.

Les autorités du Niger viennent de lui proposer un poste de ministre délégué au budget. Après avoir consulté sa famille, il a accepté l’offre. En tant que technocrate, il n’est évidemment pas un professionnel de la politique. Cependant, son rôle ayant toujours été de déblayer le chemin et d’aider à la mise en œuvre des politiques publiques adaptées, il ne tombe pas dans un milieu tout à fait inconnu. Il doit juste user de sa grande capacité d’adaptation, qui a toujours été son meilleur atout professionnel, pour naviguer dans cet univers complexe. Le reste se fera au gré des circonstances.
L’affaire est donc entendue ; maintenant il ne reste plus qu’à faire ses valises et partir.

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En Afrique, la peur est un frein; en Occident, elle est un moteur. Chez nous, l’obscurité rend hésitant; chez eux, elle éveille la curiosité. Ici, on sait que le malheur fait partie intégrante du quotidien ; là-bas, il est une probabilité très faible. C’est cela la grande différence entre l’endroit où Zourkaleyni a toujours vécu et l’endroit où il va vivre désormais. Là d’où il vient - en Europe et en En Amérique donc - la mobilité professionnelle est la conséquence d’un parcours exemplaire. On accède à des postes à responsabilités après moult efforts et sacrifices. Mais au Niger, c’est souvent l’aboutissement d’un combat spirituel intense et soutenu. Même pour des positions mineures au sein de l’administration, les gens se battent bec et ongles, alors imaginez ce qu’il en est pour un portefeuille ministériel.
Zourkaleyni est rentré au pays comme le ferait un parfait étranger, c’est à dire sans aucune préparation sur le plan mystique. Il ignorait totalement un fait pourtant évident pour toute personne avertie: le fauteuil qu’il allait occuper est un danger mortel pour lui.

La passation de service s’est déroulée un mercredi matin, à 10h30 précise. Elle a consisté en une cérémonie sobre mais solennelle, ayant enregistré la présence de plusieurs personnalités civiles et militaires ainsi que des différents cadres du ministère. Le ministre sortant ne parvenait pas à cacher son amertume. Ses yeux étaient rouges et humides. Ses dents venaient, par moments, pincer sa lèvre inférieure, comme si cet acte inconscient l’aidaient à retenir ses larmes. Tout le monde avait ressenti le malaise que ses gesticulations bizarres avaient installé. Il avait eu un discours très bref, se contentant de « dire bravo à Monsieur Demba pour sa promotion à ce poste qui n’est pas simple » et surtout à « lui dire que la tâche ne sera vraiment pas du tout facile; une réalité qu’il découvrira rapidement avec le temps ».

Dans l’assistance, seul Z.D n’avait pas compris que ces formules faussement encourageantes étaient en réalité une mise en garde. S’il avait été pleinement au fait du contexte nigérien et de ses réalités, il aurait entendu les ultrasons qui lui disaient qu’il n’était pas encore t**d pour faire machine arrière. Car, seule une renonciation stratégique aurait servi de digue à l’avalanche de malheurs qui s’apprêtait à débouler sur le nouveau ministre délégué au budget.
En prenant la parole, ce dernier se dit « honoré et ravi » d’avoir été choisi pour « endosser ce rôle complexe ». Rétorquant aux mots de son prédécesseur, il ajouta : « C’est l’adversité que s’est toujours révélé le meilleur de moi-même. Mais évidemment, cher collègue, je prends vos mots comme un conseil. Je tacherai de m’en souvenir ».
Lorsque la cérémonie se termina, Zourkaleyni entra dans son bureau et regarda tout autour de lui. L’ameublement avait un charme indéniable. Il fixa longuement le fauteuil en cuir noir dont le dossier jaillissait derrière l’imposant bureau en bois massif. Il le trouva beau. Mais du haut de sa grande naïveté, il ignorait que c’était précisément dans cet objet que résidait désormais la mal qui planait au-dessus de sa tête.

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Trois jours après sa prise de fonction, au milieu d’une réunion avec des partenaires indiens, Z.D fut pris de violents vertiges. Il se tint la tête avec ses deux mains et demanda un verre d’eau. Il fut obligé de quitter la table pour être ausculter par son médecin. On attribua ce désagrément à la grande fatigue consécutive au voyage et aux dossiers accumulés. Le ministre fut ainsi obligé à prendre dix jours de repos pour se remettre d’aplomb, et ce, alors même qu’il venait seulement de commencer sa nouvelle mission. Ce qu’il accepta difficilement, tellement il était un bourreau de travail.
Il revint ainsi au bureau, fringant, fort comme un buffle, et reprit en main les dossiers. Mais une semaine après, il s’effondra et perdit connaissance en sortant de la do**he accolée à son bureau. Une récidive sévère de sa première crise, avait expliqué son docteur, qui exigea tout de même des examens complémentaires. Sur le plan médical, rien d’anormal ne fut détecté. A la troisième « rechute » en l’espace de seulement un mois, Z.D commença sérieusement à s’inquiéter. Il décida de demander l’avis d’un médecin en Europe. Mais quelques jours avant la date prévue pour son départ, il piqua une crise d’épilepsie dans l’ascenseur devant mener à son bureau. C’est à ce moment là que ses tantes du village décidèrent de s’intéresser de près à son cas.
Plusieurs hypothèses commencèrent à émerger :
«Ce problème est apparu pour la première fois lors d’une réunion avec des Indiens. Ces gens-là vouent un culte à des statues et pratiquent la sorcellerie. C’est de ce côté là qu’il faut regarder en priorité », expliqua sa tante Halima.

« Non, à mon avis, ce sont ses collègues de travail qui lui ont lancé un sort, qu’il est urgent de désactiver », rectifia Djamila.
« Ce peut-être aussi les vieux vautours du village qui l’attaquent aussi violemment, par pure jalousie », imagina Zoulaha.
Mais aucune de ces hypothèses n’étaient en réalité la bonne. Tout le problème se trouvait dans ce fauteuil sur lequel il s’asseyait tous les jours. Il était infesté de djinns maléfiques qui suçait son sang à chaque fois qu’il s’y asseyait. En acceptant ce poste, il avait mis un coup d’arrêt à toute une chaîne de corruption et de gabegie financière orchestrée par l’ancien ministre.

Les choses allèrent bon-en mal-en les jours suivants. Le ministre alternait entre maladie et santé relative. Mais c’est à partir du troisième mois que les choses se compliquèrent. Ce jour-là , la journée de Zourkaleyni au ministère commença sous un ciel bas et poussiéreux. L’air même semblait lourd, comme s’il refusait de circuler librement dans les couloirs du bâtiment. Les agents murmuraient plus qu’ils ne parlaient. Certains évitaient désormais le regard du ministre, d’autres faisaient semblant d’être absorbés par leurs dossiers lorsqu’il passait.

Z.D, ne dormait presque plus depuis longtemps, et cela se ressentait clairement sur son physique.
Chaque nuit, à peine fermait-il les yeux qu’un bourdonnement sourd envahissait ses tempes, semblable au frottement de milliers d’ailes invisibles. Il rêvait du fauteuil. Toujours le même rêve. Le cuir noir se craquelait lentement, laissant apparaître une chair sombre et palpitante, comme si le meuble respirait. Une vision d’horreur qui lui donnait toujours les mêmes frissons. Puis des voix. Des voix rauques, indistinctes, qui chuchotaient son nom en le déformant : Zour… Zour… kaleyni…
Un lundi matin, arrivé plus tôt que d’habitude, il entra seul dans son bureau. Le soleil n’avait pas encore dissipé les ombres, et la pièce baignait dans une pénombre étrange. Lorsqu’il posa sa sacoche et leva les yeux, son cœur manqua un battement.
Le fauteuil n’était plus exactement à sa place derrière le bureau. C’était bizarre.
Il était légèrement tourné, comme si quelqu’un — ou quelque chose — venait de s’en lever.
Z.D sentit une sueur froide couler le long de son dos. Il tenta de se raisonner. « Fatigue. Stress. Rien de plus ». Il s’approcha et posa la main sur le dossier. Le cuir était tiède. Anormalement tiède.
À l’instant même où il s’assit, les lumières vacillèrent. Un claquement sec retentit, comme un fouet frappant l’air. Puis il les vit, les véritables raisons de sa maladie récurrente.

D’abord une silhouette, floue, accroupie près de l’armoire. Puis une autre, suspendue au plafond, tête en bas, avec des yeux d’un blanc laiteux qui le fixaient sans cligner. Leurs corps semblaient faits de fumée compacte, striée de veines rougeâtres. L’une d’elles sourit, dévoilant une rangée de dents trop nombreuses pour une bouche humaine.
Zourkaleyni voulut crier, mais aucun son ne sortit. Il sentit une pression sur sa poitrine, comme si des mains invisibles l’écrasaient contre le dossier du fauteuil. Une douleur aiguë irradia dans son crâne. Il eut l’impression que quelque chose fouillait en lui, aspirant sa force, sa mémoire, sa volonté.
Quand les agents entrèrent en trombe, alertés par un bruit sourd, ils trouvèrent le ministre effondré, bavant, les yeux révulsés.

Les crises se multiplièrent encore, le sommant de se retirer de ce poste, de libérer ce fauteuil trop macabre pour une personne aussi pure. Pour la première de sa vie, la peur s’installa au plus profond de son être.
Son corps maigrit à vue d’œil. Sa peau se ternit, ses cheveux grisonnèrent en quelques semaines. Il parlait parfois seul, répondant à des interlocuteurs invisibles. Une nuit, son épouse le surprit assis sur le lit, murmurant :

— Ils disent que le fauteuil est à eux… que le sang leur est dû…
Elle en informa les tantes qui revinrent, à la rescousse, cette fois avec un marabout réputé. Lorsqu’il entra dans le bureau du ministre, l’homme s’arrêta net, recula de trois pas et refusa d’aller plus loin.
— Ce siège est ancien, dit-il d’une voix tremblante. Il a été nourri. Trop nourri. Chaque ministre y a laissé quelque chose. Certains un peu d’argent. D’autres un peu de vie. Mais celui-ci… celui-ci exige tout.
On tenta des rituels. On brûla des encens. On récita des versets. Rien n’y fit. Les djinns riaient. Les murs suintaient parfois une odeur métallique, semblable à celle du sang.

Un matin, Zourkaleyni insista pour retourner au bureau, contre l’avis de tous. Il entra seul. Ferma la porte. S’assit.

On retrouva son corps trois heures plus t**d.
Il était assis droit dans le fauteuil, les mains posées sur les accoudoirs, le visage figé dans une expression de terreur absolue. Ses yeux étaient grands ouverts, comme s’il avait vu l’indicible. Aucune blessure apparente. Le rapport médical conclut à un arrêt cardiaque brutal.
Mais ceux qui entrèrent après jurèrent avoir vu, l’espace d’une seconde, des ombres se glisser derrière le dossier du fauteuil, repues, silencieuses.
Le poste resta vacant plusieurs mois.
Et le fauteuil, lui, fut remplacé par le successeur de Zourkaleyni.

L’histoire de la fin tragique de cet homme ambitieux et amoureux de son pays dit quelque chose de profond sur notre pays. Au Niger, et en Afrique de manière globale, certains sièges ne sont pas faits pour être occupés. Ils sont faits pour être payés. En chair. En sang. Et en silence.

Partagez cette histoire pour nous encourager.

09/01/2026

Chers amis, amateurs de sensations fortes et passionnés des histoires de Paranormal 227, je vous salue.
Vous avez sans doute remarqué ma très longue absence du méta. Il y a une explication à cela.

D'abord, vous devez savoir que l'univers que je vous fais explorer a des réalités qui lui sont propres. C'est un milieu réservé aux initiés. Je suis un de ces initiés. C'est pourquoi je me suis donné la liberté de vous faire découvrir quelques unes de ses facettes, non sans prendre quelques risques. Mais en réalité, nos amis du monde de la nuit m'ont envoyé quelques signaux inquiétants, ou disons des menaces, pour être plus précis.

Je vais donc devoir vous annoncer mon retrait définitif et la fermeture de la page. À partir demain minuit, nous allons fermer boutique.

Merci à tous mes abonnés. Ce fût un honneur de vous servir. Vous allez me manquer.

Admin Chou 🩶🫏🫎🪼🪇

07/06/2025

On vient de finir de frire les tripes de lion 🦁. Il me reste un peu de foie de girafe pimenté. Intéressés inbox.
Sinon Aïd Mabrouk, Amis Paranormaux.

04/06/2025

Pour la Tabaski, je cherche 3 tigres, 2 rhinocéros et 2 buffles. Le marché sera attribué à celui qui fait la meilleure offre.
Urgence signalée.

Admin chou

02/06/2025

Coup de gu**le d'Admin: l'histoire d'hier sur ZINDER n'a pas eu le nombre de partages qu'elle mérite. Si vous ne partagez pas, je vous prive d'histoires pendant un an 👹👹👹👺👺👺

Note aux lecteurs: Merci d'être aussi nombreux à lire nos histoires. Nous avons besoin de vos partages pour faire grandi...
01/06/2025

Note aux lecteurs: Merci d'être aussi nombreux à lire nos histoires. Nous avons besoin de vos partages pour faire grandir la communauté. C'est notre SEUL ENCOURAGEMENT. Nous comptons sur vous.

Admin et sa team de démons 👹👹👹

MÉMOIRE PERDUE

"L'eau, c'est la vie". Nous connaissons tous cette phrase répétée à l'envi. A force de l'entendre, elle a figé son énoncé dans nos esprits comme une évidence, une vérité universelle, un fait qui ne se discute pas. Dans toutes les langues du monde , elle est martelée avec force et conviction. Au fond, cette phrase nous dit deux choses essentielles : la première, la plus basique, c'est que l'eau étanche la soif des Hommes et des bêtes et permet aux activités humaines de se faire. La deuxième, c'est que c'est dans l'eau que se trouve les formes les plus primitives de la vie. Par exemple, il est bon de savoir que les scientifiques qui cherchent des traces de vie extraterrestre sur la planète Mars essaient avant tout de trouver de l'eau sur les surfaces qu'ils explorent. S'ils en trouvent, alors il auront, par ricochet, trouvé de la vie, ne serait-ce qu'à l'état bactérien.

L'eau n'est donc pas qu'un liquide dans lequel on se baigne ou un breuvage nécessaire à l'organisme, il est un élément vital, un enjeu stratégique partout sur la terre. Elle est même source de conflits meurtriers dans les zones ou elle manque. Assurément, il y a autour de l'eau une mystique que seule certaines situations particulières peuvent permettre de saisir.

Et justement, notre histoire du jour nous mène au cœur de cette problématique, vieille comme le monde.

Zinder. Ville poussiéreuse, enchevêtrée entre modernité hésitante et traditions tenaces. À l’aube, quand le soleil perce les brumes de cette région sahélienne, les femmes se hâtent vers les rares points d’eau, seaux ou bidons vides sur la tête. Elles espèrent dénicher cette denrée précieuse dans un environnement qui ignore toute forme de clémence. Leurs pas résonnent comme une plainte ancienne, le râle pénible d’une ville qui, depuis des décennies, cherche désespérément à étancher une soif devenue sa marque de fabrique. En effet, la rareté de l'eau est pratiquement devenue l'image par laquelle Zinder se définit le mieux.

Ibrahim est un jeune journaliste d'investigation . C'est un idéaliste né qui marche avec la condescendance de ceux qui peuvent. Car, s'il est bien une chose qui puisse au mieux caractériser Ibrahim, c'est sa croyance profonde au progrès et cet excès de zèle qu'on retrouve chez la plupart des cartésiens. Depuis tout petit, il entend parler du sempiternel problème dont souffre les habitants.

"Il n'y a que dans ce put*in de pays où un problème aussi banal peut être trimballé pendant un siècle. Les gars, il va falloir se réveiller".

C'est ce qu'il avait l'habitude de répéter dans les débats sur les problèmes de la nation. Plus prudents, certains de ses interlocuteurs lui ont maintes fois remarqué que les choses n'étaient pas toujours aussi simples qu'elles n'y paraissaient. Las des discussions creuses, il avait finalement décidé de prendre le taureau par les cornes. Il avait donc entrepris de venir à Zinder pour enquêter sur ce problème décrit comme "complexe".

Armé de son enregistreur et d’un carnet usé, il sillonnait les quartiers de Zinder pour documenter le quotidien des habitants. Rapidement, sa problématique initiale, qui était la pénurie d'eau a commencé à charrier des sujets imprévus: banditisme, promesses politiques non tenues… Mais plus il écoutait les témoignages, plus il sentait qu’une ombre planait, quelque chose d’indicible, un murmure entre les lignes.

C'est dans les ruelles du quartier Kara-Kara qu'un vieux guérisseur nommé Malam Sani le mit sur une piste totalement inédite. Lors du long entretien qu'il accorda au jeune journaliste, le vieil homme lui donna une toute autre version de l’histoire. Une histoire que l’État n’évoquait jamais, que les scientifiques évitaient de commenter. Selon lui, en effet, la malédiction de l’eau ne venait pas du hasard ni de l’inefficacité politique. Elle venait du monde invisible.

« À l’époque coloniale, mon fils, les gens d’ici ont tout essayé. Fusils, révoltes, fétiches... Rien n’a pu faire fuir le colon. Alors les anciens, dans le secret d’une nuit sans lune, ont invoqué les djinns de la sécheresse. Ils ont donné le meilleur d'eux-mêmes pour réveiller les entités maléfiques avec lesquelles il leur arrivait de sceller des pactes, des entités puissantes, capricieuses et revanchardes. Ils ont sacrifié du bétail, versé du sang et fait le serment de payer n’importe quel prix, pourvu que l’ennemi parte. »

C'est donc ainsi que les colons, acculés et sans solutions, finirent par transférer la capitale à Niamey. Nous sommes alors en 1926.

« Mais ces djinns, on ne les contrôle pas, murmura le vieux. Les anciens sont morts sans transmettre le contre-sort. Ils voulaient, certes, se défendre, mais sans le savoir et probablement sans le vouloir, ils ont scellé le sort de plusieurs générations. Et le pire c'est qu'ils ont emporté leurs secrets dans leurs tombes. Depuis, toute canalisation posée finit par rouiller, tout forage se tarit, toute solution meurt dans l’œuf. Le sol lui-même rejette l’eau. »

Intrigué, Ibrahim décida d’enquêter. Il consulta des archives, interrogea des ingénieurs, des anthropologues, même un ancien ministre. Tous reconnaissaient l’échec des projets hydrauliques à Zinder. Une fatalité, disaient-ils. Un problème "structurel". Mais personne n’avait de solution. Et tous savaient qu'il y avait une explication plus touffue, plus enfouie.

Une nuit, poussé par un irrépressible désir de connaître la vérité, Ibrahim retourna voir Malam Sani et lui demanda :

« Et s’il existait un moyen de briser ce pacte ? »

Le vieux le regarda longuement.

« Il faudrait retrouver le lieu du pacte. L’arbre où le sang a coulé. L’endroit d’où les djinns ont été appelés. Mais qui aujourd’hui pourrait supporter de telles forces ? Toi ? »

Ibrahim hésita. Il se demanda sur le champ jusqu'où sa témérité pourrait l'emmener. Il était journaliste, mais sa plume ne suffisait plus. Il voulait changer les choses. Mais comment. Il réfléchit encore plusieurs jours avant de prendre enfin une grande décision.

Commence alors pour lui un voyage initiatique à travers le Zinder mystique: il remonte les pistes ensablées menant aux villages les plus inattendus. Il consulte les plus anciens griots encore en vie, déterre des secrets du passé, qu'il assemble pièce par pièce. Ses investigations le mènent à des mages et des prêtres de cultes ancestraux, mais à chaque étape il se heurte à des résistances : certains ne veulent pas réveiller ce qui dort.

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Ibrahim persévère. C'est ainsi que sa quête du pacte originel le mène à un vieux chamane appelé Barmou. C'est un homme qui vit dans une maison en terre, entouré d'animaux sauvages. Dans sa concession, Ibrahim a vu trois grosses hyènes qui traînaient des chaines métalliques attachées à leurs cous. Leurs ricanements semblaient répondre aux sifflements des cobras qui rampaient tout autour d'un groupes de hiboux. Une panthère était aussi dans les parages, mais bien gardée dans une cage. Celle-là semblait féroce, c'est sûrement pour cela qu'elle n'était pas laissée en liberté.

"Que veux tu savoir exactement" demanda Barmou.

"Je veux tout savoir sur les origines du pacte. Je veux surtout savoir comment le briser".

"Qu'es tu prêt à faire pour y parvenir ?”

"Dis moi juste ce qu'il faut que je fasse"

Barmou se mit à rire; à ricaner plus exactement. Il était difficile de faire la différence entre ses hyènes et lui, tellement son attitude était lugubre. Il s'abaissa, ramassa une poudre noire dans la paume de la main, puis souffla fort dessus avec sa bouche. La poudre s'éparpilla et couvrit le visage d'Ibrahim qui s'écroula aussitôt.
Lorsqu'il se réveilla, il était au fond d'une forêt, un endroit qu'il ne connaissait pas. Il entendit une voix lointaine lui intimer un ordre:
"Maintenant cherche l'arbre sacré. Il est la clé pour résoudre le mystère de Zinder".

Ibrahim se mit alors à marcher sans direction précise. De temps en temps, la voix revenait pour lui donner un indice supplémentaire. Bientôt, il sut exactement ce qu'il recherchait, de telle sorte que lorsqu’enfin il retrouva l’arbre sacré, il le reconnut tout de suite. C'était un ancien acacia tordu par le temps. Il le scruta longuement, attendant que quelque chose se produise en guise de réponse aux nombreuses questions qu'il se posait. C'est sur ces entrefaites que la nuit arriva. Une nuit claire mais profonde.

L’air était lourd, chargé d’humidité et d’un silence anormal, comme si la forêt elle-même retenait son souffle. L’homme regardait toujours fixement l’arbre sacré — un arbre gigantesque qui, maintenant, semblait changer d'apparence. Son tronc noirci semblait suinter une sève sombre, presque épaisse comme du sang coagulé. Les racines, noueuses et massives, s'étendaient au sol comme des serpents figés dans un spasme d’agonie. C’était là, exactement là, que le pacte avait été scellé, cent sept (107) ans plus tôt. Il lui sembla revivre la scène dans un instant de songe. Il vit des prêtres, des calebasses, des cauris, des tam-tams, une danse, du sang, beaucoup de sang...humain.

Il s’avança, tremblant, les yeux fixés sur l’écorce marquée d’anciens symboles effacés par le temps. Son souffle devenait court. Il ne faisait ni chaud ni froid, mais la sueur coulait déjà sur ses tempes. Et puis, quelque chose changea dans l’air.

Un craquement.

Un grondement, sourd et presque animal, s’éleva du sol, comme si les entrailles de la terre murmuraient une malédiction oubliée. L’ombre de l’arbre s’étira, s’allongea, et une silhouette se forma.

Elle surgit lentement du tronc lui-même, comme si elle était née du bois pourri et de la haine pétrifiée dans le cœur de l’arbre. L’esprit apparut. Il mesurait plus de deux mètres, mais il semblait flotter légèrement au-dessus du sol. Sa forme était humanoïde, mais son corps n’était qu’un amalgame de brumes épaisses, de lambeaux d’obscurité et d’ossements suspendus dans le vide. Là où aurait dû se trouver un visage, il n’y avait qu’un crâne fendu, aux orbites rouges comme des charbons ardents. Dans un geste brusque, semblable à celui d'une araignée géante, il s'approcha puis recula, en l'espace d'un clignement de paupière.

Sa voix jaillit, grinçante, comme mille ongles sur une pierre tombale :

« Toi qui marches vers l’oubli… sais-tu ce que tu fais ? Le pacte est vivant. Il se nourrit. Il réclame. Et nul ne le brise sans nourrir la terre de chair et d’âmes. »

Ibrahim recula d’un pas, le cœur battant si fort qu’il eut peur qu’il explose. Il tenta de parler, mais aucun son ne franchit ses lèvres. Sa gorge était sèche, serrée. Ses jambes faiblirent. Une odeur de cendre froide et de viande pourrie emplit ses narines. Ses yeux se remplirent de larmes incontrôlables, et une terreur viscérale, animale, le saisit.

L’esprit avança sans bouger les jambes. Il semblait glisser, un nuage de cendres et d’os traînant derrière lui. Ibrahim ne pouvait mettre de l'ordre dans ses idées et comprendre cette scène d'épouvante qui se déroulait devant lui.

« Cent ans d’offrandes. Cent ans de silence. Et tu veux briser le cycle ? Alors écoute bien, vermine. Le pacte tient par le sang. Il se défait par l’agonie. »

Des visages apparurent brièvement dans les brumes du spectre — des visages tordus par la douleur, criant sans bruit, comme figés dans l’instant de leur mort.

L’homme tomba à genoux. Une sueur glaciale coulait le long de son dos. Il haletait, secoué de spasmes, incapable de détourner les yeux du regard incandescent de l’esprit.

« Repars, ou prépare le sacrifice! » souffla la créature, avant de se dissiper lentement, comme aspirée dans le tronc de l’arbre, dans un long râle de vent fétide.

Le silence revint, mais il n’était plus vide. Il vibrait maintenant d’une menace invisible.

Ibrahim resta là, tremblant, ses doigts enfoncés dans la terre. Il savait que rien, désormais, ne serait jamais plus pareil.

C'est à se moment là qu'une pensée vint à son esprit, avec la clarté d'une révélation prophétique.

«Ce n’est pas seulement l’eau qui manque à Zinder. C’est la mémoire. C’est la vérité enfouie sous les couches de silence et de peur.»

Et puis, apeuré mais pas résigné, il laissa se former une deuxième pensée :

«Et peut-être, en redonnant vie à cette mémoire, en racontant cette histoire, en brisant les non-dits, un premier filet d’eau jaillira. Non pas par magie, mais par libération.»

01/06/2025

Amis Paranormaux,

Que celui qui veut une histoire ce soir lève la main ✋🏿. Si vous êtes nombreux je vais publier.

MAÏ BABBAN IDO : L’ŒIL DU DÉSERTLe Sahara est une terre de mystères sur laquelle vous n'avez pas intérêt à vous égarer. ...
30/05/2025

MAÏ BABBAN IDO : L’ŒIL DU DÉSERT

Le Sahara est une terre de mystères sur laquelle vous n'avez pas intérêt à vous égarer. C'est un désert grand comme l'Australie, une terre inhospitalière, refuge idéal pour les insectes et les reptiles les plus vénimeux. Ces bêtes là surgissent d'un trou insoupçonné, creusé dans la terre sèche par on ne sait qui ni comment, ou de la fente d'un rocher aux formes irrégulières. Ils vous mordent ou vous terrifient, puis vous laissent poursuivre votre combat contre la soif avant l'arrivée probable de la mort. Mais les récits de voyageurs ayant survécu à ces vastes étendues de sables et de pierres décrivent aussi un lieu habité par des forces surnaturelles, des forces qui s'éveillent à la nuit tombée, faisant de ce désert un endroit aussi fascinant qu'effrayant.

L'histoire d'aujourd'hui est celle d'un esprit né dans les dunes du Sahara et qui, depuis des lustres, se promène dans certaines partie du Niger.

Tout part d'une légende bien connue dans les cercles de la sorcellerie.On raconte qu’il y a très longtemps, bien avant la colonisation, avant même les royaumes haoussa, il y avait dans le désert un temple sans porte, enfoui sous les dunes rouges du Koutous. D'après les quelques descriptions disponibles, il s'agissait d'une bâtisse épaisse qui se confondait à l'environnement sableux. Les rares caravanes qui passaient à proximité ne tentaient jamais de s'aventurer à l'intérieur car tout dans la structure architecturale du lieu les en dissuadait. Mais en plus de son aspect physique lugubre, le temple vous tenait également en respect par les bruits glaçants qui s'en dégageaient. Les caravaniers disaient entendre un cri sourd, presque un gémissement dans le sable, comme une plainte d’enfant géant. Aucun d'entre eux ne céda à l'envie d'aller voir ce qui s'y déroulait.

Et pourtant, là où les uns hésitent, d'autres font preuve de témérité. C'est comme ça avec les humains.

Un roi sorcier, du nom d’Adar Tama, chercha à maîtriser le vent et la mort. Il invoqua une entité de l’autre monde, un djinn sans forme, sans voix, sans nom. Une créature des abysses, qui ne s'adresse aux humains que par son souffle et qui n'accepte en offrande que du sang humain. En échange du cœur battant d'un de ses fils préférés, le roi Adar reçut un pouvoir interdit : celui de lire dans les êtres, de connaître leur futur et d'assombrir leurs étoiles quand bon lui semblait . C'était un œil unique qui voit dans l’âme des hommes, sonde leurs secrets et consume leur volonté.

Mais une fois devenu un grand roi, puissant et craint par ses adversaires, Adar trahit l’entité. Il cessa d'abord de lui offrir le sang des membres de sa famille. Ensuite, il se mit sous la tutelle d'un autre Djinn. Ce comportement réveilla la colère de l'esprit sans nom.

Alors, l'œil se retourna contre le roi, le dévora de l’intérieur, et prit forme dans le monde des vivants. Il se matérialisa en un esprit horrible et vagabond. Le désert l’a baptisé Maï babban ido, celui à la grosse tête et à l'œil unique. Il ne parle pas. Il regarde, et ceux qui le regardent en retour se détruisent de l’intérieur.

Depuis ce temps, chaque début d’hivernage, quand la terre se craquelle et que les premières pluies résonnent, Maï babban ido sort. Il cherche les solitaires. Il aime les âmes brisées, les insomniaques, les enfants battus, les hommes maudits. Il les regarde. Puis, il les dévore.

Les vieillards de la région racontent parfois des histoires qui mettent en scène Maï babban ido. Mais cela n'a jamais été autre chose que des récits sans preuves ressemblant davantage à des contes. Mais depuis quelques semaines, une rumeur est en train de courir dans les rues poussiéreuses, dans les fadas les mieux informées. Maï babban ido serait de retour...

Août 2023. Zinder. Quartier Birni.

Sidiane, 32 ans, revient d’Europe. Documentariste, passionné par les mythes africains, il revient filmer un projet sur les esprits du Sahel. C'est un homme heureux de fouler une nouvelle fois sa terre natale après plusieurs années passées dans le froid du nord.

Il retrouve sa famille élargie, les oncles qui lui avaient toujours accordé leurs bénédictions, les cousines, toujours promptes à lui soutirer de l'argent, mais surtout sa tante Hadiza, guérisseuse aveugle. Une fois dans sa case, elle lui tient la main et lui dit à voix basse :

“Tu es revenu au mauvais moment. L'œil est ouvert.”
Sidiane frissonna. Il n'avait jamais vu la vieille Hadiza aussi préoccupée. Il partit de sa maison un peu dérouté. Mais tous les capteurs de sa curiosité étaient en alerte.

Dans les jours qui suivirent, les faits étranges commencèrent.

D'abord, un jeune berger est retrouvé mort près d'un puits de Karkara. Son visage est figé dans un rictus d’horreur. Ses deux yeux ont fondu, liquéfié comme du fromage au soleil. Ensuite, on apprend que dans plusieurs parties de la ville, à 3h du matin, des enfants de plusieurs quartiers hurlent en plein rêve. Bizarrement, leurs cris résonnent au même moment. Et lorsqu'on les questionne, ils racontent les mêmes cauchemars alors qu'ils ne se connaissent pas. Plus loin encore, dans les faubourgs de Mirriah, une famille entière disparaît sans laisser de traces. Leur chien et les quelques moutons parqués dans la maison sont tous morts, avec un œil éclaté.

Ayant appris ces faits, Sidiane décide d'enquêter dessus. Flanqué de sa caméra, de son dictaphone et des son calepin, il se met à questionner les anciens de la zone.

C'est ainsi qu'il découvre que dans les années 1980, cinq hommes de Mirriah avaient affronté Maï babban ido. Seul l’un d’eux avait survécu : Boubakar Djibo, ancien chef de poste devenu fou, interné dans un centre psychiatrique, puis abandonné par tous ses proches. Il apprend qu'il vit seul dans une maison abandonnée, à la sortie sud de la ville.

Sidiane, curieux, brave l’endroit. Il y trouve Boubakar en train de gratter le mur avec ses ongles. Il murmure :

“Tu veux filmer l’œil ? Tu veux voir l’œil ? Quand il te voit, tu disparais par morceaux. Il commence par tes rêves, puis ton visage. Tu regardes un jour dans l’eau, et tu n’y es plus.”

Devant ces propos incohérents, ces phrases décousues et incompréhensibles, le jeune homme posa une première question pour tenter d'établir un fil logique dans la discussion.

"Il paraît que vous êtes allés à sa rencontre. Qu'avez-vous vu, au juste?"

Les yeux de Boubakar s'écarquillèrent, comme s'ils allaient sortir de leur orbite.

"Ton projet est suicidaire, petit... Tu ferais mieux de laisser tomber".

Puis il continua à gratter son mur.

Sidiane se retira discrètement. Il devait d'abord affiner sa méthode d'approche avant de revenir. Cette fois là, il avait été trop abrupte, trop direct. Il lui fallait agir avec plus de tact. Et puis, il avait bien vu la peur dans les yeux de son interlocuteur.

Hélas, Boubakar mourut dans la nuit. On retrouva son corps entièrement vidé. Tous ses organes avaient disparu, et sa tête éclatée... de l’intérieur.
Sidiane fut très triste et choqué d'apprendre ce décès. Il s'en voulut car se sentant responsable de la mort du pauvre homme. Mais il se promit de poursuivre son enquête, par respect pour la mémoire du vieux Boubakar.

Mais apparemment, il s'agissait d'un avertissement que Sidiane n'avait pas su interpréter.

En effet, la même nuit, le jeune homme commença à avoir des visions. Il rêva de dunes mouvantes, de silhouettes sans yeux, de chants dans une langue qu’il ne connaissait pas. Ces songes continuèrent à se multiplier les jours suivants. Mais un en particulier devint répétitif: Il aperçoit un homme à genoux dans le sable, tenant sa propre tête. Une voix féminine lui dit :

“Ne regarde jamais dans l’œil. Il te donne ce que tu veux. Mais te prend ce que tu es.”

La phase était très puissante. Et répétée à plusieurs reprises en rêve, elle lui était restée dans la tête.

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De nombreuses questions taraudaient Sidiane, mais il n'avait plus le vieux Aboubakar Djibo pour l'aider à trouver des réponses. Il se tourna alors une nouvelle fois vers sa vieille tante Hadiza, qui lui donna le nom d'un homme.

"Puisque tu tiens absolument à en savoir plus sur Maï babban ido, vas le voir. Mais sache, mon fils, que tu t'aventures sur un terrain très dangereux"

C'est ainsi que Sidiane part à la recherche de Malam Ayari, l'homme en question, l'homme de la situation selon la vieille Hadiza. Probablement le dernier prêtre d'un rite ancien appelé “Karfe da zahi”, il mène une vie d'hermite dans un village très reculé. En effet, avec l'islamisation globale du pays, le culte secret du centre-nord nigérien auquel il se rattache a pratiquement disparu.

"Je connais Maï babban ido. C'est un djinn très puissant. En général, les gens le fuient. Mais toi, tu veux le croiser. C'est très courageux de ta part. Prends ce talisman (il lui tendit un grigri ). Il est fait de corne de buffle, de sel noir et du sang de celui qui a vu sans être vu."

"Qui est celui qui a vu sans être vu?” demanda Sidiane.

"Ne pose pas trop de questions si tu veux que je t'apporte mon aide".

Sidiane se tut. Malam Ayari poursuivit:

”Tu verras le Djinn et le talisman te protègera. Mais pour l’activer, tu dois regarder le djinn sans ciller, et ne pas accepter ses propositions et promesses.

@@@@@@@@@@@@@@@@@@@@

Pendant sept jours et sept nuits, Sidiane effectua une série de rituels que lui avait prescrits Malama Ayari. Ils avaient pour but d'appeler Maï babban ido et de le sortir de sa cachette.

Une nuit d’orage, Sidiane entendit des voix qui appelaient son nom. C'était des chuchotements dans la nuit, qui se faisaient entendre entre deux coups de vent ou deux grondements de tonnerre. Sidiane se leva et suivit les voix. Il marchait tel un funambule cherchant son équilibre, guidé par une force invisible. Bientôt, il arriva dans une sorte de temple abandonné. A peine entré à l'intérieur, il entend des gémissements, des pas multiples, des voix appelant son nom. Difficilement, il parvient à garder son calme.
Mais d'un coup, un horrible cri déchira l'endroit. D'un bond, Sidiane se retourna. Il vit alors une masse informe, sombre. On ne saurait dire ce que c'était, tellement un tel être ne fait pas partie de ce qu'un humain voit d'habitude. Flanqué au milieu de cette chose innommable, un œil. Un très grand oeil plus large qu’une porte. Il cligne lentement. Autour de lui, des silhouettes de ses anciennes victimes rampent, enchaînées, répétant :

“Rejoins-nous. Il t’aime. Il te libère.”

Mais Sidiane ne cligne pas. Il serre le talisman contre sa peau. Comme le lui demandé Malama Ayari, il s'ouvre une veine, verse son sang dessus.

L’œil hurle. Le temple tremble. Les morts s’effondrent.

Maï babban ido se replie dans lui-même, déformé, aspiré, mais pas détruit. Il disparaît du champ de vision de Sidiane.
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Lorsque Sidiane rentra chez lui, il était exténué. Physiquement et mentalement. Il était conscient d'avoir survécu à une épreuve que, de mémoire de Zinderois, personne n'avait pu traverser. Il se savait radicalement changé.

Quelques jours plus t**d, il rendit une dernière visite à sa tante avant de regagner l'Europe. Elle lui dit une chose qui le marqua à jamais:

“Maï babban ido est un esprit très tenace et très revanchard. Le pire, ce n’est pas de le voir. C’est de le revoir.”

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Avenue De Niamey
Niamey

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