20/04/2026
𝐌𝐄𝐍𝐃𝐈𝐂𝐈𝐓𝐄́ 𝐀𝐔 𝐌𝐀𝐋𝐈 : 𝐋𝐄𝐒 𝐋𝐀𝐑𝐌𝐄𝐒 𝐒𝐈𝐋𝐄𝐍𝐂𝐈𝐄𝐔𝐒𝐄𝐒 𝐃𝐄𝐒 𝐎𝐔𝐁𝐋𝐈𝐄́𝐒 𝐃𝐄 𝐋𝐀 𝐑𝐔𝐄.
Dans les artères poussiéreuses de Bamako comme dans les ruelles plus discrètes des villes de l’intérieur, la mendicité s’impose comme un décor quotidien, presque banalisé. Pourtant, derrière chaque main tendue, il y a une histoire, souvent marquée par la précarité, l’abandon ou l’absence d’alternatives.
À chaque carrefour, des enfants aux regards fatigués se faufilent entre les véhicules, récitant mécaniquement des formules apprises. Beaucoup d’entre eux sont des talibés, confiés à des maîtres coraniques censés leur offrir une éducation religieuse, mais qui, dans certains cas, les exposent à la rue pour subvenir à leurs propres besoins. Une réalité dérangeante que peu osent dénoncer ouvertement. Les adultes, eux, ne sont pas en reste. Femmes âgées, personnes en situation de handicap, hommes sans emploi : tous partagent le même trottoir, le même espoir fragile d’un geste de compassion. Mais ce geste, aussi généreux soit-il, entretient parfois un cercle vicieux dont il est difficile de s’extraire. La mendicité au Mali ne peut être réduite à une simple question de charité. Elle révèle des failles profondes : chômage massif, insuffisance des politiques sociales, exode rural incontrôlé, et fragilité des structures familiales. Dans un pays où la solidarité est une valeur fondamentale, voir autant de citoyens contraints de tendre la main interroge.
Les autorités ont, à plusieurs reprises, annoncé des mesures pour encadrer ou réduire la mendicité. Mais sur le terrain, les résultats peinent à se matérialiser. Les centres d’accueil sont rares, les programmes de réinsertion insuffisants, et la coordination entre acteurs reste limitée. Face à cette réalité, la société malienne se trouve à la croisée des chemins. Faut-il continuer à donner sans condition, au risque de perpétuer le phénomène ?
Ou repenser en profondeur les mécanismes d’aide pour offrir des solutions durables ?
La mendicité n’est pas qu’une image de pauvreté. Elle est le reflet d’un système à bout de souffle, où les plus vulnérables deviennent invisibles à force d’être omniprésents. Ignorer leur situation, c’est accepter que la rue devienne leur seul horizon.
Et pourtant, derrière chaque regard croisé au feu rouge, une question persiste : combien de temps encore ?
Harber Touré