24/03/2023
Extrait du premier chapitre de mon nouveau roman : "Centre d'appels".
" À vrai dire, mettre ce trésor dans un lieu public était, peut être, une grave erreur. Mais, que puis-je faire ? Ici, je ne peux pas m'en occuper comme il faut, je dois la quitter pour ramener de quoi vivre dans cette grande ville. D'une part, je suis heureuse qu'elle soit partie là-bas, car ils lui présenteront le soin nécessaire, et d'autre part, je sens une tristesse légère, mais dominante d'avoir à en être séparée. Au moins, je serai capable désormais d'inviter mes amis à ma maison pour passer un bon moment. Mais, quand mes amis ne sont pas là, je sentirai certainement l'ennui de toutes ces absences. Malheureuse dans tous les cas entre les murs de cet immeuble qui défie la gravité et moi-même, je cherche un air frais à respirer, et je trouve que les fumées nocturnes de la ville d'Agadir. Devant moi, la chaise où s'est toujours assise ma mère, m'inspire par sa couleur sombre un air funeste. Elle me parle de cette créature humaine qui souriait tout le temps, malgré ses mille tragédies. Ma mère m'a toujours semblé choisir l'oubli du monde. Son visage et ses yeux m'ont toujours raconté ses douleurs, mais sa langue était toujours abstinente. Son foulard blanc pendu sur cette chaise est la dernière innocence dans cet appartement, la dernière odeur paysane de terre, le dernier lien maternel que j'ai avec cette femme mystérieuse. Au-delà de mon téléphone portable, le seul objet qui puisse retenir mes regards est cette chaise. Je la vois comme la tombe d'une mère que je viens d'enterrer dans le cimetière d'oubli, appelé communément, un hospice. Je n'ai pas de regrets, ni de remords, car dans ce lieu aussi morne qu'il soit, elle trouvera des sens, des yeux et des oreilles qui la conforteront. "