25/06/2026
✍️ 🇻🇪 🇫🇷 EN FRANÇAIS:
📝 🇻🇪 Le crépitement de la terre : chroniques de notre minuscule certitude 🇻🇪
L'après-midi du mercredi vingt-quatre juin s'écoulait avec la sérénité des jours destinés à la création. Dans l'intimité de mi studio, l'air semblait suspendu dans cette calme féconde que seuls connaissent ceux qui conversent seuls avec les muses. J'étais heureux. Devant moi, les partitions digitales et les accords encore inconclus commençaient à trouver leur forme définitive. Je travaillais avec soin sur des chansons pour ma chère amie et muse, Josée Labarre, essayant d'attraper entre les notes l'élégance de sa complicité et la lumineuse profondeur de ses silences. La musique était alors un refuge inexpugnable, un pont invisible tendu entre la chaleur de mon coin à La Victoria et les horizons lointains où habitent les affections. Je me souviens d'avoir souri lorsqu'une mélodie s'est enfin emboîtée à sa place exacte, convaincu —avec cette innocente arrogance qui accompagne parfois les artistes— que cet après-midi-là, le temps m'appartenait.
Alors, la réalité a rugi.
Il n'y a eu ni annonce ni trêve. Seulement un grondement profond, ancestral, comme si les entrailles mêmes du monde avaient décidé de prononcer un avertissement longuement reporté. À six heures pile de l'après-midi, la mélodie s'est brisée sous le poids d'une force impossible à imaginer. La musique a disparu, noyée par le craquement violent des poutres, des murs et des objets. Le sol, qui une seconde auparavant représentait la plus élémentaire des certitudes, s'est transformé en un océan aveugle et furieux. J'ai vu comment mes ordinateurs —gardiens de textes, de souvenirs et de partitions— ont sauté des bureaux pour s'écraser contre le plancher. Les tableaux ont abandonné les murs comme des feuilles arrachées par un vent violent et sombre. Tout ce qui, jusqu'à cet instant, semblait solide a commencé à se comporter comme s'il avait oublié les lois de la stabilité. Dans ces quarante-cinq secondes de terreur absolue, suspendu entre l'effondrement de l'ordre et la menace de l'abîme, j'ai compris quelque chose qu'aucune lecture philosophique n'avait réussi à m'enseigner avec une telle clarté : l'art, la technologie, les projets et même nos propres mains ne sont que des filaments de paille face à l'immense puissance de la planète.
Le temps semble habituellement être une ligne docile et prévisible jusqu'à ce que le sous-sol décide de rappeler qui possède réellement la souveraineté. Ce furent quarante-cinq secondes. Une insignifiance pour l'univers. Une éternité pour ceux d'entre nous qui ont senti comment la terre cessait d'être un sol pour devenir une vague.
À l'intérieur de la maison, le tremblement de terre s'est manifesté à travers le langage du chaos : des tableaux s'effondrant, des vitres se brisant, des meubles se déplaçant et des outils de travail transformés soudain en décombres. Cependant, en tournant le regard vers l'horizon de Caracas, toute perte matérielle a pris une dimension mineure. Là se trouvaient les bâtiments blessés, les structures vaincues et le poids insupportable de l'incertitude qui accompagne toujours la tragédie. L'électricité a disparu. Les communications se sont tues. Et dans cette pénombre imposée par l'urgence, nous sommes restés face à face avec notre condition la plus essentielle : la vulnérabilité.
C'est précisément dans ces territoires du dénuement que fleurit la philosophie la plus nue. Devant l'ampleur d'un cataclysme, les orgueils humains s'effondrent avec plus de facilité que le béton. Que sommes-nous, en réalité, sinon un bref éclat perdu dans l'immensité du cosmos ? Nous nous croyons les architectes de destins définitifs, des administrateurs de certitudes, des accumulateurs de plans et de sécurités, jusqu'à ce qu'un simple mouvement de la nature nous rappelle que nous vivons sur une croûte errante, aussi fragile qu'une feuille sèche abandonnée au vent. Secousse qui résonne encore dans les murs et dans le pouls, elle nous oblige à repenser l'existence depuis ses fondations. Il ne s'agit pas uniquement de comptabiliser les dommages ni de déplorer la perte d'objets. Il s'agit de nettoyer le bruit que nous avons accumulé autour de la vie pour nous retrouver avec ce qui est véritablement essentiel.
Parce que lorsque la terre tremble, personne ne court pour sauver ses possessions les plus précieuses. La première chose que nous cherchons, ce sont les visages que nous aimons. L'urgent cesse d'être ce que nous avons pour devenir ceux qui nous attendent. Le tremblement de terre dépouille l'existence de tous ses ornements et la laisse réduite à sa structure la plus pure : les affections, les étreintes, la compagnie et la valeur irrépétible de l'instant présent. Le Venezuela pleure aujourd'hui ses absents et contemple les cicatrices ouvertes sur sa géographie. Mais parmi la poussière, la peur et le désarroi, persiste aussi la tenace dignité de ceux d'entre nous qui ont survécu pour le raconter. Nous sommes revenus à la surface avec une conscience plus profonde de notre petitesse, oui, mais aussi avec l'immense fortune d'avoir reçu une nouvelle opportunité.
Et c'est peut-être là que réside la leçon la plus précieuse de toutes.
Comprendre notre insignifiance face à l'univers ne nous rabaisses pas : cela nous illumine. Cela nous enseigne à aimer avec plus d'intensité, à écrire avec une plus grande urgence et à remercier ce que nous tenons si souvent pour acquis. Parce qu'après avoir entendu le crépitement de la terre, on découvre que la paix quotidienne n'est pas une habitude : c'est un miracle silencieux que le chaos nous prête pour un temps.
« La terre tremble pour nous rappeler que nous ne sommes pas les maîtres du temps ; à peine les hôtes reconnaissants de chaque aube qui nous est accordée. »
✍️-🇺🇾 🇻🇪 Julio César Pisón Romero 🎭 🇨🇦 🇻🇪 Josée Labarre
☕ 🇦🇷 🇻🇪 Café Mientras Tanto (Café Entre-temps)
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✍️ 🇻🇪 🇪🇸 EN ESPAÑOL:
📝 🇻🇪 El crujido de la tierra: crónicas de nuestra minúscula certeza 🇻🇪
La t**de del miércoles veinticuatro de junio transcurría con la serenidad de los días destinados a la creación. En la intimidad de mi estudio, el aire parecía suspendido en esa calma fecunda que solo conocen quienes conversan a solas con las musas. Yo era feliz. Frente a mí, las partituras digitales y los acordes aún inconclusos comenzaban a encontrar su forma definitiva. Trabajaba con esmero en unas canciones para mi querida amiga y musa, Josée Labarre, intentando atrapar entre notas la elegancia de su complicidad y la luminosa profundidad de sus silencios. La música era entonces un refugio inexpugnable, un puente invisible tendido entre la calidez de mi rincón en La Victoria y los horizontes lejanos donde habitan los afectos. Recuerdo haber sonreído cuando una melodía encajó por fin en su lugar exacto, convencido —con esa inocente arrogancia que a veces acompaña a los artistas— de que aquella t**de el tiempo me pertenecía.
Entonces, la realidad rugió.
No hubo anuncio ni tregua. Solo un estruendo profundo, ancestral, como si las entrañas mismas del mundo hubiesen decidido pronunciar una advertencia largamente postergada. A las seis en punto de la t**de, la melodía se quebró bajo el peso de una fuerza imposible de imaginar. La música desapareció ahogada por el crujido violento de vigas, paredes y objetos. El suelo, que un segundo antes representaba la más elemental de las certezas, se transformó en un océano ciego y furioso. Vi cómo mis computadoras —custodias de textos, recuerdos y partituras— saltaron de los escritorios para estrellarse contra el piso. Los cuadros abandonaron los muros como hojas arrancadas por un vendaval oscuro. Todo aquello que hasta ese instante parecía sólido comenzó a comportarse como si hubiese olvidado las leyes de la estabilidad. En aquellos cuarenta y cinco segundos de terror absoluto, suspendido entre el derrumbe del orden y la amenaza del abismo, comprendí algo que ninguna lectura filosófica había logrado enseñarme con semejante claridad: el arte, la tecnología, los proyectos y hasta nuestras propias manos son apenas filamentos de paja frente a la inmensa potencia del planeta.
El tiempo suele parecer una línea dócil y predecible hasta que el subsuelo decide recordar quién posee realmente la soberanía. Fueron cuarenta y cinco segundos. Una insignificancia para el universo. Una eternidad para quienes sentimos cómo la tierra dejaba de ser suelo para convertirse en oleaje.
Dentro del hogar, el terremoto se manifestó mediante el lenguaje del caos: cuadros desplomándose, cristales quebrándose, muebles desplazándose y herramientas de trabajo convertidas de pronto en escombros. Sin embargo, al dirigir la mirada hacia el horizonte de Caracas, toda pérdida material adquirió una dimensión menor. Allí estaban los edificios heridos, las estructuras vencidas y el peso insoportable de la incertidumbre que siempre acompaña a la tragedia. La electricidad desapareció. Las comunicaciones enmudecieron. Y en aquella penumbra impuesta por la emergencia quedamos frente a frente con nuestra condición más esencial: la vulnerabilidad.
Es precisamente en esos territorios del desamparo donde florece la filosofía más desnuda. Ante la magnitud de un cataclismo, las soberbias humanas se derrumban con mayor facilidad que el hormigón. ¿Qué somos, en realidad, sino un breve destello perdido en la inmensidad del cosmos? Nos creemos arquitectos de destinos definitivos, administradores de certezas, acumuladores de planes y seguridades, hasta que un simple movimiento de la naturaleza nos recuerda que vivimos sobre una corteza errante, tan frágil como una hoja seca abandonada al viento. Este sacudón, que aún resuena en las paredes y en el pulso, nos obliga a replantear la existencia desde sus cimientos. No se trata únicamente de contabilizar daños ni de lamentar la pérdida de objetos. Se trata de limpiar el ruido que hemos acumulado alrededor de la vida para reencontrarnos con lo verdaderamente esencial.
Porque cuando la tierra se mueve, nadie corre a salvar sus posesiones más preciadas. Lo primero que buscamos son los rostros que amamos. Lo urgente deja de ser lo que tenemos para convertirse en quienes nos esperan. El terremoto despoja a la existencia de todos sus adornos y la deja reducida a su estructura más pura: los afectos, los abrazos, la compañía y el valor irrepetible del instante presente. Venezuela llora hoy a sus ausentes y contempla las cicatrices abiertas sobre su geografía. Pero entre el polvo, el miedo y el desconcierto persiste también la obstinada dignidad de quienes sobrevivimos para contarlo. Hemos regresado a la superficie con una conciencia más profunda de nuestra pequeñez, sí, pero también con la inmensa fortuna de haber recibido una nueva oportunidad.
Y quizá allí resida la lección más valiosa de todas.
Comprender nuestra insignificancia frente al universo no nos empequeñece: nos ilumina. Nos enseña a amar con más intensidad, a escribir con mayor urgencia y a agradecer aquello que tantas veces damos por sentado. Porque después de escuchar el crujido de la tierra, uno descubre que la paz cotidiana no es una costumbre: es un milagro silencioso que el caos nos presta por un tiempo.
“La tierra tiembla para recordarnos que no somos dueños del tiempo; apenas huéspedes agradecidos de cada amanecer que se nos concede.”
✍️-🇺🇾 🇻🇪 Julio César Pisón Romero 🎭 🇨🇦 🇻🇪 Josée Labarre
☕ 🇦🇷 🇻🇪 Café Mientras Tanto 🇻