03/02/2026
Le peuple « KOTA »
Les Bakota sont le peuple le plus important du nord-est. Ils se trouvent sur la route de Makokou, à Mékambo, vers le sud-est (( route du Bouéni ))) sur la moitié de son trajet à partir de Makokou, sur la route qui, de Mékambo, se dirige vers le nord, en direction de Madjingo et sur la route de Lalara (au sud de Mitzic) puis à Boué. Mais ils sont aussi présents dans l’Ogooué-Lolo et le Haut-Ogooué. A Lastoursville, dans le nord de cette province de l’Ogooué-Lolo. A Okondja où ils cohabitent avec les Obamba.
Souvent, il n’est pas rare de confondre sous le nom de Bakota tous les peuples du même groupe linguistique : Shaké, Shamaï, Ndasa, Danbomo, Bawoumbou. Mieux encore, dans les régions de Zanaga et de Mossendjo (République congolaise) on désigne sous le nom de Bakota non seulement tous les peuples de ce groupe, mais en outre ceux du groupe Mbamba-Ndoumou. Ce qui n’est pas vrai au Gabon.
Nom et parentés: Bakota, pluriel; Ikota, singulier. - Kota : rassemblement.
Parents: Mahongoué, Shaké, Shamaï, Danbomo, N'dasa, Bawoumbou. Plus lointains, les Benga.
Les ancêtres des Kota occupaient le haut Ivindo, dans la région des rivières Singoué et Nona. Les Bakouélé les firent partie de là. Ce fut la « Guerre de Poupou ». Descendant les rivières, ils arrivèrent à l'Ivindo et y trouvèrent les Bichiwa, avec qui ils firent amitié. Ils continuèrent à fuir le long de l'Ivindo, les Bichiwa devant, les Bakota derrière, toujours poursuivis par les Bakouélé, eux-mêmes poussés par les Fang. En route les Bakota se dispersèrent. Les uns (Benga) s'en allèrent vers l'ouest, jusqu'à la mer. D'autres (Kota-Kola) descendirent jusqu'à 1'Ogoué. La plupart passèrent l'Ivindo en radeaux. En sûreté sur la rive gauche, ils fondèrent les villages de Seki (Mvadhi) et Botolouboumagna (la vieillesse de la pierre). Poupou était mort, mais un autre guerre, Mékomba, son égal en férocité, reprit la guerre. Les Bakota se dispersèrent à nouveau. Ils occupèrent ainsi les affluents de gauche de l'Ivindo : Djaddié, Liboumba, Mouniangui, la vallée de la Dilo et le pays d'Assawé (au nord de Lasloursville). D'autres continuèrent à descendre le long de l'Ivindo, toujours poursuivis par les Bakouélé. Arrivés à la chute de Kongwé, ils se retournèrent et engagèrent la lutte. Mékomba fut tué; beaucoup de Bakouélé furent pris et devinrent Bakota.
Alors les peuples se réconcilièrent, la paix a régné. A l'arrivée des Fang, il y eut un nouveau reflux des Bakota de Boué vers la Djaddié. D'autres sont restés isolés au milieu des Fang (région de La Lara). Les Bakola de Boué ont eu des démêlés avec les Shaké et les Bichiwa ; ils émigrèrent en partie vers Mékambo. Le long de l'Ivindo, ils n'ont pas trouvé de Pygmées (Bakola), mais ils les ont rencontrés près de la Djaddié, au sommet de la montagne Mbamba, d'où ils sont partis pour la région de Mékambo. Guerres Les guerres entre villages étaient fréquentes. Aussi les Bakota se concentraient-ils en gros villages, pour les besoins de la défense. Le point de départ le plus commun des guerres était le vol des femmes; on se vengeait en tuant quelqu'un du village de l'amant; d'où une cascade de meurtres, d'attaques, de pillages, parfois dans un même clan. On ne mangeait pas les prisonniers; les femmes étaient données aux célibataires, les hommes incorporés aux familles victorieuses. Les armes étaient : makongo (sagaie), ngougoué (épée courbée, couteau de jet à deux lames), ngouba (bouclier en lianes, rond, d'un mètre de long). Pas d'arbalètes. L'arc n'était qu'un jouet d'enfant. Techniques La chasse se faisait surtout à l'aide de filets en fibre (liosi). On utilisait aussi des pièges à fibres Yégél.
Au-dessus du passage des éléphants on plaçait un fort tronc de bois armé d'une sagaie (elongo). On pêchait à la nasse (makanga), au barrage de pieux sur les chutes (ilambi), au barrage complet de la rivière par des claies (etoubili) avec agitation de l'eau en amont, à l'empoisonnement par des fruits amers. La pêche tient encore une grande place dans ce pays aux rivières nombreuses; la saison sèche voit les vi lIages désertés pour les campements de pêche et les défrichements. Les cultures étaient les mêmes qu'aujourd'hui, mais on utilisait beaucoup les plantes de la brousse. Les forgerons tiraient le fer du sol (il y en a partout). On appelait berna un fer mêlé de cuivre dont on faisait des bracelets. Les forgerons Kota ont utilisé les premiers la montagne de fer de Boka-Boka (Mékambo). Les outils de culture étaient la hache, la matchette longue (kouala), la matchette courte (idoungou). Les soumets de forge étaient en terre cuite. Les femmes fabriquaient des marmites et des gargoulettes. « Le premier pagne était la main, puis le bois, puis l'écorce» (tradition de Lastoursville). Ailleurs on se souvient des vêtements en écorce de nina : pagne (etesi) pour les hommes, deux carrés maintenus par une ceinture pour les femmes. Les pagnes de raphia ont été fabriqués plus t**d par les rivernins des rivières. Ensuite, quand le commerce s'est installé, on les remplaça par des pagnes d'écorce; les grands chefs y ajoutaient un veston.
Aujourd'hui tout le monde (comme dans le reste du Gabon) est vêtu à l'européenne. Les maisons, petites, avaient des murs en écorce, des toits en feuilles. Les villages, comme ceux des Fang, comportaient deux rangées de maisons jointives avec, entre elles, une avenue coupée de corps de garde. Une barrière de bois formait rempart. Société Patrilinéaire et patrilocale. Le clan (ikaka, pluriel makaka), exogame, avait un chef (neni) choisi pour ses aptitudes. Parfois un chef de village puissant jugeait les palabres entre clans. Les clans étaient nombreux. Certains s'étendaient à plusieurs peuples. Ainsi les Bousandou et les Mohaza existent à la fois chez les Bakota et les Mahongoué ; les Masaka chez les Bakota et les Bongom ; les Sakounda chez les Bongom et les Mahongoué ; les Isèkè bakota ont un clan correspondant (Esokè) chez les Fang.
Les interdits de clans sont particulièrement nets et bien connus chez les peuples du nord-est. En voici quelques-uns chez les Bakota : le clan Boungoualé a pour interdit le crocodile, le clan I1ali : la panthère, le clan Mboungou : le buflle. Chez les Shamaï, proches parents des Bakota, le clan Bouala ne mangeait pas de gorilles, ses morts se transformant en gorilles. Il n'y avait pas d'esclaves proprement ùits, mais un système de clientèle et d'annexion familiale. Le jeune amant de la femme d'un riche polygame devenait son fils. Un orphelin pauvre pouvait aussi se mettre sous sa protection. Si un jeune homme se montrait constamment pervers, il était jugé par les gens du clan et exécuté. Les prisonniers de guerre pouvaient être donnés en dol. Commerce et Européens Les tissus de raphia, les moutons, les haches, les matchelles faisaient l'objet d'un trafic intérieur.
Les bracelets de fer et de cuivre servaient de monnaie. A Makokou le premier blanc est « sorti du côté du frère » (venu du Gabon), le second « du côté de la sœur» (du Congo). La SHO s'établit à l'embouchure de l'Ivindo, d'où les marchandises étaient transportées par pirogues jusqu'à la chute Kongwé. C'étaient des fusils à poudre, des haches, rles matchettes, des couteaux, des neptunes, des pagnes. Les Bakota vendaient en échange de l'ivoire, du caoutchouc, des cabris, des poules. Puis vinrent les militaires (capitaine Faubert) le centre du commerce se déplaça à Boué et il fallut des porteurs.
A Mékambo, village créé par un chef Kota, Kambou, les échanges s'étaient d'abord faits avec Makokou. Mais bientôt vinrent s'installer les compagnies Ngoko-Sangha el CFHBC orientées vers le Congo (Etoumbi), et la SHü (venue du Gabon avec des pirogues remontant la Djaddié). Puis il ne resta que la CFHBC (Tréchaud) à Etoumbi. Les militaires étaient installés à Ouesso, Ngouala, Sembé (Congo), à Mvadhi, Sakamotou, Mékambo, Kemùoma (Gabon). L'impôt était payé en bracelets de cuivre, caoutchouc, moutons, cabris, neptunes, ivoire. En 1937 prit fin le régime militaire, la monnaie circulait. Le café avait commencé en 1936 avec le lieutenant Thomas qui concentra les villages sur les routes. Le cacao acheva cette concentration pour faciliter l'écoulement de la production. Entre les routes, de vastes zones de forêt, autrefois territoires des villages, restent vides. Religion On gardait certains os des grands personnages (crâne, vertèbres du bassin, mâchoire inférieure) dans une corbeille d'écorce cylindrique (nsetsi). Ces reliques, appelées pembè, étaient placées dans la case du chef de clan ou du chef de famille. Les plus importantes étaient surmontées d'un masque de bois recouvert de cuivre. Il existait aussi des masques pour danser, sans cuivre. La forme, concave ou convexe, « dépendait de la fabrication» et n'indiquait pas le sexe. On invoquait les pembè dans différenLes circonstances, notamment pour la chasse: un poulet était sacrifié, de la poudre rouge passée sur le crâne; un repas était offert aux ancêtres, à base de poulet et de bananes. Des missionnaires ont condamné ces rites; puis est venu (vers 1957) le « culte de Mademoiselle» qui a fai t détruire tous les ossements et les masques. « Depuis nous sommes devenus pauvres». La circoncision avait lieu remarquablement t**d, après 25 et même parfois 40 ans. Elle consacrait l'état d'adulte véritable, travaillant et ayant femme et enfants. Aujourd'hui l'opération est pratiquée beaucoup plus tôt, vers la puberté. La cérémonie est individuelle; l'assistance est convoquée par le père de famille. La réunion a lieu au lever du soleil. Le patient a mâché des herbes qui lui donnent le courage et l'insensibilité nécessaires; on le frotte d'huiles mélangées de poisson (itono), son visage est blanchi. 11 ne doit pas ciller pendant l'opération. Désormais « il n'est plus sale », il est vraiment un homme. La naissance des jumeaux était marquée par des danses et des cadeaux.
Il existait des sociétés secrètes: le youmbi (fraternité du sang) et le ngoye, la confrérie des « hommes panthère H, disparue il y a une vingtaine d'années.
Kota illustres : ………à compléter
Sources : Hubert Deschamps (1962)