Notes d'Histoire des Origines de Masuku/Franceville

Notes d'Histoire des Origines de Masuku/Franceville Histoire des périodes précoloniale et coloniale de la province du Haut-Ogooué, des origines à 1960.

27/07/2024
10/03/2024

Notes d'Histoire de Masuku
Par Gaël Landry Ongoto
Et Serge Romuald Ongala

II/. Le Ndjobi en question

Dans notre précédente publication du 09 mars 2024, le Dialogue maheutique entre le Patriarche et le jeune Chef de village scolarisé a débouché sur la question du Ndjobi...

Il ressort des traditions orales recueillies auprès des personnes-ressources que le Ndjobi a été révélé aux hommes pour les hommes bons, afin que le monde soit meilleur. Même si ce rite initiatique dont l'adhésion volontaire est basée sur la foi et alimenté par des sceaux de secrets des secrets.

Alors, toi lecteur, connais-tu au moins ce que c'est le Ndjobi ? Où s'origine-t-il ? Dieu a-t-il aussi créé le Ndjobi .

Pour la bonne information de chacun, comme le jeune Chef inculte des considérations mystiques traditionnelles, retournons la question au Patriarche pour éclairer notre religion.

La culture est au peuple ce que la civilisation est pour un groupe. Ainsi, selon la culture des peuples Ambaama (aussi appelés mbédé), le Ndjobi est une société initiatique. Landry Gaël Ongoto, le père mien, rapporte que le Ndjobi est l'une des manifestations de la main agissante de Dieu.

En effet, Dieu a créé l'homme avec le libre arbitre. Libre naturellement, mais avec une restriction : celle notamment d'agir dans le bon sens de la morale. C'est cette restriction que l'on doit reconnaître obligatoirement lors de son adhésion au Ndjobi est le serment.

Le serment est le premier pilier du Ndjobi. Chaque postulant volontaire ou involontaire doit préalablement décliner son identité (son clan) et si possible son lignage. Le reste du rituel est guidé par le/les maître(s) initiateur(s) et son appartenance tribale ou ethnique.

Suit alors la confession sincère, presque une repentance. Car vient, ensuite, l'engagement personnel et à vie. Cette confession est sanctionnée par un serment.

En général, la suite du rituel est sujette à la confession. Si lors de cette confession le candidat a été honnête et sincère, s'il n'a pas omis volontairement quelques mauvaises actions, s'il n'est pas venu avec l'intention de confondre le Ndjobi, son serment est agréé.

De mémoire, le serment du ndjobiste ressemblerait à ceci :


Loin d'être un Grand Maître et encore moins un Maître initiateur, l'exemple du serment susmentionné élève le Ndjobi au rang des religions, puisqu'une religion qui se respecte milite dans le même sens que le serment du Ndjobi. Car, comme les autres religions, le Ndjobi œuvre pour un monde meilleur.

Le serment que ces traîtres de nos traditions ancestrales n'ont pas respecté est un acte sacré, car chez nous la parole donnée est sacrée. La Parole, c'est Dieu. Le serment prononcé au Ndjobi crée la puissance surnaturelle, puisque quand il est prononcé, il prend Dieu à témoin. Il est l'engagement que le postulant au Ndjobi prend devant les anciens initiés et les ancêtres. La Parole donnée se scelle par des codes et devient une force agissante avec des effets palpables. Et donc si tu ne respectes pas ton engagement, tu enfreins l'engagement pris, tu subiras tôt ou t**d les conséquences.

En effet, le serment du Ndjobi prend vie dès lors qu'il est prononcé. Il poursuit ceux qui n'ont pas été honnêtes et loyaux.

En fait, dès qu'une personne a manifesté son intérêt au Ndjobi auprès d'un Grand Maître, elle devient Postulante. Elle devient "nga-ndjobi" après avoir prononcé le serment et passer l'étape de la confession.

A ce stade de l'initiation, la personne est obligatoirement frappée par le sceau du Ndjobi au bras gauche. C'est ce qu'on appelle : " Lénkimba", qui 'est la carte d'identité du Ndjobiste. Lénkimba lui donne accès à un certain niveau des cérémonies du Ndjobi. Par exemple participer à l'oraison funèbre d'un Grand Maître. A ce niveau du Ndjobi, le serment est un engagement unilatéral. C'est juste l'engagement que le Néophyte prend pour respecter les principes éthiques et moraux de la vie en société. S'il ne respecte pas ses promesses, le Ndjobi l'attrape. C'est ce qui nous emmène généralement à l'engagement obligatoire. C'est d'ailleurs le cas des Voleurs de poules, coqs et autres petits larcins.

De ce qui précède, on peut, après examen de l'organisation de la structure de ce rite initiatique, dire que les "nga-ndjobi" représentent l'ensemble de la pyramide dont la base est constituée des " Aya-ngongo " et des "Akli-yongo". A ce stade là encore, on ne peut pas encore parler de vocation. Car de nombreux postulants viennent :

- soit pour se protéger, protéger leurs proches et leurs biens,

- soit pour des questions de santé (soins médicaux). Car certaines maladies peuvent être d'ordre mystico-spirituel. Dans ce cas de figure, les méthodes de guérison conventionnelles sont souvent inefficaces.

Nous avons aussi une troisième catégorie, ceux qui viennent trancher un litige. Il s'agit là des personnes venant pour découvrir la vérité ou s'affranchir d'une accusation fondée ou pas.

On peut alors conclure que toutes ces personnes ne s'initient pas forcément au Ndjobi de leur plein gré.

Après la classe des "nga-ndjobi", constituée des " Aya-ngongo " et des "Akli-yongo", ce sont les" Mvandi-a-ndjobi" (les grands initiés) au centre de la pyramide. Ils ont reçu une initiation spéciale : celle de la connaissance des secrets du Ndjobi et des choses cachées, sacrées et des lois coutumières.

N'oublions surtout pas que le Ndjobi est une confrérie, une société secrète et initiatique, alimentée par des secrets tabous. S'il est ouvert à tous, le risque de la fuite d'informations est grand. Le Ndjobi est donc le secret dans le secret révélé à tout le monde.

Ainsi, les "Mvandi" ou "Grands initiés" se distinguent des "nga-ndjobi" par la qualité des enseignements reçus, surtout par leurs dons naturels et leurs prédispositions.

Dans la classe des "Mvandi", on distingue aussi le "Mvandi-akini", littéralement "un Grand Danseur". Son rôle est souvent enviable, puisqu'il est toujours aux yeux du grand public, avec le chanteur, celui qui capte l'attention des gens, de l'assistance et attire les éloges ou fait rentrer de l'argent dans l'assiette.

Selon Gaël Landry Ongoto, dans "Onkoua : une histoire de ndjobi", au milieu des "Mvandi ", de ces gens qui avaient des talents naturels, AGNASSA, la légende, ne trouvait pas ses repères. Pire, de caractère belliqueux, colérique et asocial l'empêchait de s'intégrer. C'était un Mvandi inachevé et insatisfait.

Pour contourner cet handicap, il se résolut de se consacrer d'avantage à l'étude du Ndjobi afin de devenir un "nga-nkombet", Gardien du reliquaire. En fait, il hérite du "nkombet" relique sacrée du Ndjobi) de son oncle. Ce dernier eut une mort brusque et donc sans consigne particulière son nkombet allait être "poussé".

Ainsi, AGNASSA, qui savait que personne ne voudrait l'aider à constituer son nkombet, profita de celui qui n'avait plus de propriétaire. En tout cas, personne n'en voulait. Détenir la relique sacrée du Ndjobi (nkombet) lui a permis de voir les choses en grand, posséder son propre "fouoyi" (temple sacré du Ndjobi) était son projet désormais. Homme antisocial, ce projet est ambitieux. Et dans cet atmosphère malsain, il savait qu'il n'aurait pas le soutien des gens du village pour cette aventure, surtout pas de son aîné ONTSOUGOU. En effet, ONTSOUGOU ne partageait pas la même vision du Ndjobi que son cadet AGNASSA.

AGNASSA soutenait que le Ndjobi était le mode opératoire du combat spirituel de Dieu. Il allait plus loin dans sa déduction. Pour lui, le Ndjobi était la main agissante de la justice de Dieu. Il fallait donc réactiver le Ndjobi originel. Car selon lui, certains hommes du village Onkoua sont animés par la soif du pouvoir et de profit. Pour cela, ils étaient prêts à tout pour y arriver. Mais, comme obstacles, ils trouvaient aussi des hommes dévoués à la cause du Ndjobi comme AGNASSA. Sa mission, barrer le chemin des assoiffés du pouvoir à tout prix.

L'ignominie mène parfois au chaos, mais l'instauration du Ndjobi originel, le Ndjobi ancien combattrait le mal des hommes à la racine. Ainsi, pour AGNASSA, le Ndjobi et la sorcellerie représentaient deux atmosphères aux antipodes opposées. Le premier est venu combattre le second.

Cette déclaration faite, AGNASSA s'était attiré l'antipathie de ses frères qui craignaient une chasse aux sorcières. Car le village avait trop souffert des affres de la sorcellerie. Le Ndjobi ne devrait pas venir occasionner un massacre, des crimes rituels ou une mêlée ouverte à Onkoua.

Pour l'aîné ONTSOUGOU, dans sa conception du rite, le Ndjobi était le symbole de la démocratie consensuelle des peuples du village, puisque chacun pouvait s'exprimer librement et la condamnation serait le résultat d'un procès équitable. A son entendement, le Ndjobi ne châtierait que ceux qui se cacheraient (même tapis dans l'ombre) pour agir contre la Communauté et feraient montre d'une volonté manifeste de nuire ou à servir les forces occultes du mal. Le recours aux puissances surnaturelles devait respecter les mécanismes et les codes traditionnels par les ancêtres.

En fait, ONTSOUGOU, lui, savait que les intentions de son frère Cadet était nobles mais il n'approuvait pas sa démarche et ses méthodes rustres. C'est pourquoi il avait tout fait pour que son cadet AGNASSA reste au stade de Mvandi. Mais, on ne sait pas quel stratagème OMPLAN , l'astucieux, avait réussi à obtenir le relique sacrée du Ndjobi (nkombet) de son oncle. C'est là encore une preuve que nos coutumes sont quelquefois incomprises, mal interprétées ou mal structurées. Elles ont quelques failles que des personnes futées comme OMPLAN pourraient bien exploiter. Même si c'est aussi bizarre de savoir qu'un Mvandi inachevé comme AGNASSA détienne le nkombet de son oncle et le panier du Ndjobi mais le savoir posséder un "fouoyi" (Temple sacré du Ndjobi) , avec son caractère belliqueux, colerique et associal, ce n'était pas prudent. Il se lancerait à de nouvelles expériences ésotériques sans avoir à demander l'avis ou les conseils des autres initiés de l'Ordre du village.

Sur le cas AGNASSA, le Conseil de sages du village Onkoua avait conclu en secret qu'il n'aurait pas droit à un sanctuaire sacré du Ndjobi. Et tout était fait dans le secret pour saboter ses projets d'indépendance et de libertés d'actions religieuses. Hélas, le pouvoir maléfique gagnait du terrain. Et bientôt AGNASSA gagna des alliés et des adjuvants, des mécènes qui le soutenaient et soutenaient son point de vue du Ndjobi en secret. Maintenant, AGNASSA pouvait compter sur ses amis de l'ombre et Supporters qui siégeaient aussi au Conseil de sages. Quand l'un des père fondateur sentit son courage, sa détermination, sa fougue dans le maintien et la pérennisation du Ndjobi originel, afin de ressusciter son aura dans l'esprit des enfants, petits et arrières petits-enfants ou petits-fils des fondateurs de nos traditions ancestrales, il consentit à lui accorder sa bénédiction paternelle. Ainsi, AGNASSA devint "Ngan-fouoyi", le propriétaire du temple sacré du Ndjobi. Cet ingérable était donc devenu propriétaire d'un laboratoire sacré de recherche mystico-spirituel, c'était inconcevable pour la chefferie. Pourtant c'était vrai.

Observant les faits, le jeune Chef du dialogue maheutique hésite à dire au Patriarche qu'il comprend mieux l'existence de deux Ndjobi : celui des anciens ( le Ndjobi d'avant) et le nouveau Ndjobi (celui d'aujourd'hui). Le jeune Chef déduit bet s'interroge si le patriarche a en lui trois entités : celle d'hier, d'aujourd'hui et de demain. Mais l'ancien lui fait comprendre que c'est toujours en lui les trois dimensions, mais à des niveaux d'évolution différentes.

Ainsi, pour conclure le Patriarche indique au jeune Chef inculte qu'il n' a jamais fréquenté la ville comme lui. Car en ville là-bas, à l'école, c'est l'apprentissage forcé de la culture occidentale. Et dit-il : " Quand la poule croise la pintade au bout du village et qu'elle l'identifie comme étant de sa lignée alors qu'elles ne sont justes que des volailles, elle a tort de croire qu'elle pourra vivre en forêt ".

En réalité, la poule reste la poule et elle ne peut vivre qu'au village. Beaucoup de jeunes africains, Ambaama et donc altogoveens ou Gabonais sont devenus des hybrides. La question aujourd'hui est de savoir si, vous jeunes déracinés, êtes de bonne ou de mauvaise qualité. Il es écrit quelque part que :

"

09/03/2024

Note d'histoire Masuku
Par Gaël Landry Ongoto
et Serge Romuald Ongala

I/. Le ndjobi et sa révélation aux hommes

Le Patrimoine culturel immatériel du Haut -Ogooué a un sérieux problème de sauvegarde, de reconnaissance et surtout de transmission aux générations actuelles et futures.

Les Patriaches et/ou dignitaires du village Onkoua, terre de nos ancêtres, ont certainement beaucoup à dire sur l'histoire du Ndjobi.

Aux fins de pérenniser son existence et informer la postérité et les lecteurs sur son rôle, son fonctionnement, Mon père, Gaël Landry Ongoto, dans son Roman intitulé "Onkoua, une Histoire de ndjobi", collecte de précieuses informations sur ce rite, cette association où religion traditionnelle locale des peuples du sud-est Gabon.

Absolument, "Onkoua, une Histoire de ndjobi" est un roman promotionnel de la culture traditionnelle des peuples du Sud -Est Gabon et, partant, du Gabon tout entier, même si le ndjobi s'origine de la culture des Ambaama.

Dans l'un de ces récits, le Patriarche, tout en esquissant un sourire de satisfaction entre deux toux, rapporté que "le ndjobi a été révélé aux hommes pour les hommes bons, afin que le monde soit meilleur. Même si, comme les autres rites et sociétés secrètes ou initiatiques le ndjobi est alimenté par des secrets tabous. Il est très différent des autres confréries des peuples du Sud -Est Gabon.

A la différence du Ndjobi, l'Onkani et l'Omfùmu, par exemple, pratiquent une initiation ou une intronisation sélective et discriminatoire.

La particularité du Ndjobi, rapporte le Patriarche, c'est que l'adhésion volontaire est basée sur la foi. Ainsi, le ndjobi est ouvert à tous.

Mais, de quelle foi s'agit-il parlant du Ndjobi ?

Est-ce la même foi prêchée par le prélat, s'interroge l'auteur ?

A cette préoccupation soulevée, brusquement le Patriarche affiche une certaine sérénité à l'écoute du seul mot '' Prélat " et son visage se crispa. Puis, il crache par terre et s'interroge à son tour à mi-voix :

- Quel Prélat ?
Votre homme de Dieu qui passe son temps à critiquer les autres ? Tu parles de celui qui vient de la ville chaque dimanche déranger tout le monde et perturbe les habitudes du village en voyant le mal partout et dans tout ? Satan par ci, Satan par là et qui donne l'impression que c'est l'apologie des méfaits des démons...ce Dieu proclame la terreur. Et, a cette allure, tout le monde est coupable. Pourtant, ce sont les mêmes qui confessent tous les jours. C'est à croire qu'ils passent leur temps à braver leurs propres interdits. Je t avoue qu'il s'est trompé d'audience et dauditoire à Onkoua.

Le Patriarche bat, ensuite, trois fois les mains et dit :

- Je regrette presque l'ancien temps. L'époque où le ndjobi était tout puissant et s'imposait à tous. En ce temps-là, les méfaits n'attendaient pas deux mille ans pour être jugé et leurs auteurs châtiés sans délai. Tu mentais, tu tuais, tu voulais et le lendemain ta langue pendait.

En fait, le Prêtre nous avait raconté une anecdote que leur Dieu là, il foudroyait aussi les transgresseurs. Est-ce vrai ? Pourquoi il ne le fait plus ?

A cette question se construit le dialogue maheutique suivant entre le Patriarche et un chef de village scolarisé jusqu' en classe de troisième :

- oui, c'est vrai, leur Dieu foudroyait ! C'est écrit dans l'ancien testament au premier livre de Samuel. Les hommes ont trouvé cela injuste. Ils se sont plaints à Dieu.

- ils se sont plaints auprès de qui ?

- auprès de Dieu. Car, Dieu étant Omniscient, Omnipotent et Omniprésent, les hommes ne pouvaient pas échapper à sa justice.

- donc c'est lui qui autorise aujourd'hui le Prêtre et ses fidèles à commettre les péchés délibérément et revenir demander pardon à chaque messe ?

- ils sont punis.

- quand seront -ils punis ?

- ils seront punis à la fin de temps.

- Mon fils, à la fin de temps nous serons tous morts. Il n y aura plus rien, même pas le temps, puisque c'est la fin de temps.

- il paraît que Dieu va nous ressusciter pour nous juger et nous condamner.

- pourquoi ressusciter les Hommes pour les juger et les punir s'il peut directement le faire ? Ou le faire le jour de leur mort ? Ce n'est pas logique. Leur Dieu doit être sadique.

- non ! Il paraît qu'il est clément et miséricordieux. Il va pardonner à ceux qui ont la foi et qui respectent la loi.

- une chose est sûre, tous ceux qui prient en face là iront tout droit en enfer. Je ne vois pas comment on peut racheter un Pasteur menteur dans une église de transgresseurs. Pire, la plupart de ceux qui remplissent l'église les dimanches sont des déserteurs qui ont trahi leur serment. Comme on dit, qui a trahi trahira encore.

- Dieu est Amour, il peut les pardonner, car ses voies sont insondables, impénétrables dit-on.

- Ah ! Ne m'énerve pas mon petit, sinon ce soir même, je lui lance un fusil nocturne, lui et ses déserteurs, comme ça je verrais s'ils vont au paradis.

- si tu les rues cette nuit, il faut attendre le jugement dernier pour voir son sort.

- je te dis que le jugement dernier pour lui et ses semblables, c'est quand je vais en finir. Parce que Dieu a créé le ndjobi pour punir les gens comme lui et bien d'autres.

- Dieu dit que tu ne tueras point, sinon tu iras brûler dans les flammes éternelles.

- Ce n'est pas moi qui le tue. C'est le fusil nocturne que Dieu nous a révélé pour rendre justice.

- Dieu a dit que la façon dont tu mesures on te mesurera. La justice est sienne.

- Toi qui parles là, et ce que tu connais leur Dieu ?

- non ! Car il est écrit qu'il faut avoir une fois. Et la foi est l'attente assurée de choses qu'on espère, la démonstration évidente de la réalité que pourtant on ne voit pas. C'est par la foi que nous connaissons Dieu.

- je vois bien que tu ne sais même pas de quoi tu parles, puisqu'il faut être apparemment aveugle pour connaître leur Dieu, qui est devenu aveugle aux péchés de ses disciples.

- Vieux, il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre, car tout cela est spirituel et n'est pas à la portée de la compréhension de n'importe qui.

- Dans ce cas, mon petit, emmène-moi l'illuminé qui saura le faire comprendre pourquoi un Dieu Omniprésent, Omnipotent et Omniscient est absent, silencieux et incapable de se faire comprendre. Surtout que moi d'ici je vois les sorciers aux premiers Banc jouer les saints alors que la veille ils étaient à un concert maléfique.

- il faut lire le livre de Dieu.

- Mon fils, je ne sais pas lire. Je n'étais pas au collège comme toi et ceux qui veillent sur ton sacré livre apparemment ne comprennent pas plus que moi, vu que leurs fidèles ont des actes blâmables.

- Tu parles du livre de Dieu.

- s'il était véritablement le livre de Dieu, il serait tombé du Ciel et écrit dans le langage du coeur pour que les illettrés comme moi le comprennent sans interprète.

- Va leur dire tout ça. Ils sauront sûrement te répondre.

- Et toi, tu n'es pas de leur ? Tu parles si bien de leur Dieu.

- j ai retenu de mes cours de catéchisme.

- Donc tu parles de choses que tu ne maîtrise pas. Tu es comme moi. A la fin tu crois en quoi ?

- je crois qu'il y a un Dieu qui a créé le ciel et la terre . Il a créé le monde avec tous ce qu'il renferme.

- donc, je peux dire que ton Dieu a aussi créé le ndjobi que le pasteur diabolise à longueur des journées et à tout bout de champs ?

- je suppose que Oui..

- Toi, qui a vu Dieu créer le monde, peux-tu me dire où est la place du Ndjobi dans mon village ??

- je ne sais pas.

- Tu connais au moins ce que c'est le ndjobi ?

- selon la pensée courante, le ndjobi est une pratique diabolique.

- connais - tu au moins qui est le diable et d'où il vient ?

- Oui, le diable, c'est le chef des anges déchus et précipités sur la terre.

- excuses mon ignorance mon enfant...c'est quoi un ange?

- un ange est une entité céleste qui magnifiait et servait Dieu au paradis.

- alors, lui qui était avec Dieu et qui a vu sa magnificence, la grandeur, la puissance, comment a-t-il été déchu et pourquoi Dieu ne l'a pas tué tout simplement ? Parce qu'il cause du tort à tout le monde ..

- c'est le plan de Dieu et lui seul connait.

- Donc, le ndjobi n'est pas dans le plan de Dieu ? Peut-être que tu veux dire que le ndjobi est dans le plan du diable. Dans quel cas, je suis tenté de dire que le diable a contribué à la création.

- je ne crois pas.

- Mais, tu crois que le ndjobi est l'œuvre du diable. Cela parce que un Dieu importé de je ne sais d'où et que tu ne connais même pas te laisse supposer. Tu tournes le dos à ce qui est à toi pour tenter d'expliquer ce que tu as appris par les gens que tu ne connais qu'à travers des livres que tu ne comprends même pas. Et quand tu es conscient que tu ne comprends pas un point, on te demande de croire sans trop poser de questions.

- Vieux père, tu as réussi a m'embouer. Tout ça, c'est pour me dire que c'est Dieu qui a créé le Ndjobi et que c'est bien.

- Petit, en tant que fils du village Onkoua, as-tu seulement pris la peine de t'interroger sur le ndjobi ? Non ! Car on t'a appris que c'est diabolique et que le ndjobi tue les gens. En quoi est-ce diabolique donc ?

- parce qu'on tue les gens. La preuve, tu voulais tuer le prêtre.

- Comment l'aurais - je fait ? Tu peux me le dire ? Et quand leurs Prophètes noient les gens par la puissance de Dieu, tu trouves ça spectaculaire et normal ? Ces morts noyés est- ce le ndjobi qui les a tués ? Je pense plutôt que c'est de la barbarie.

- je ne sais plus.

- mon fils, tu es ce que tu es. Dieu t'aurait créé tel que tu es ou que tu es par hasard ? Il t'a créé avec tes us et coutumes, pour que tu sois ce grain de sable qui compose le béton solidifie l'édifice de sa création. Là-bas le Mungala (Ongala), ailleurs Bwiti, Muiri, etc. Mais, ici le Ndjobi. Surtout ne devient pas comme ces lâcheurs. Hier ndjobiste, aujourd'hui croyant d'un Dieu importé dont ils font mauvais témoignage par leurs viles actions.

- Alors, je te retourne la question. Le ndjobi, qu'est ce que c'est ?

Le vieux, visiblement agacé par tant d'ignorance de la part d'un chef de village qui pourtant a été au collège jusqu'en troisième, décide de revenir au ndjobi.

- Fils, aujourd'hui nombreux sont ceux qui pensent qu'Onkoua est un village de sorciers, parce qu'on y pratique le vrai ndjobi. Cela n'a pas toujours été le cas.

En effet, il y avait plein d'autres sociétés secrètes et initiatiques, telles que le Nvini, l'Ondouka, le mueri, le ngo (ngoyi), le mawanda, le Mungala, etc. Et chaque cercle mystique avait ses principes, ses règles et ses exceptions ou particularités et particularismes. Toutes ces sociétés secrètes se choquaient et s'entrechoquaient. Chacune d'elle voulait montrer qu'elle avait l'ascendance sur l'autre.

Ainsi, on assistait à des dérives. Résultat : le village était divisé en groupe d'adeptes, qui se cherchaient les noises quand cela ne finissait pas en différends, conflits rangés ou en combats mystiques.

La prochaine communication reviendra sur la réponse à la question : le ndjobi, qu'est-ce ?

A priori, le ndjobi est une société initiatique. Il est l'une de manifestations de la main agissante de Dieu. En effet, Dieu a créé l'homme avec le libre arbitre. Libre mais avec une restriction : celle d'agir dans le bon sens de la morale. C'est cette restriction que l'on doit reconnaître obligatoirement lors de son adhésion au ndjobi est le serment. Et le serment est le premier palier du Ndjobi.

Nous y reviendrons.

05/03/2024

👌Notes d'histoire de Masuku :

2. *Sociétés secrètes et rites initiatiques* :
bases du pouvoir politique chez nous dans le sud - est du Gabon.

L'essence de la liberté naturelle est incompatible avec la cohésion sociale. Et, pour bien accomplir sa mission, l'Etat se doit d'être fort, c'est-à-dire doté d'un pouvoir. Mais, d'où lui vient ce pouvoir selon vous ????

Analysons brièvement l'origine et la nature du pouvoir politique puis ses formes selon la conception de ceux qui ignorent notre organisation sociale traditionnelle.

2.1. *Origine et Nature du pouvoir politique*

Le pouvoir politique n'est pas attribution naturelle. Tout homme possède un pouvoir naturel qui réside dans sa liberté de faire ce qu'il veut, quand il veut et comme il veut.

Seulement, ce pouvoir naturel devient gênant dès lors que l'individu est emmené à vivre en société ou dans une organisation normée.

Pour assurer l'harmonie et l'équilibre sociale, les hommes se débarrassent volontairement de leur pouvoir naturel pour en confier la gestion à un individu ou à un groupe d'individus, avec pour objectif la coordination des actes de chacun.

Son rôle est alors de formuler les lois auxquelles chacun doit se soumettre.

Le pouvoir se définit alors, selon Georges Bourdeau, comme " une forme de pouvoir qui ennoblit l'obéissance ", car il vient de tous et de chacun.

Mais, il existe plusieurs formes de pouvoirs politiques et certains échappent même à la volonté du peuple.

2.2. *les formes du pouvoir politique*

Les rapports entre Gouvernants et Gouvernés ont donné lieu à plusieurs formes de pouvoirs politiques variant, selon l'entendement des Européens ou Occidentaux (l'école des Blancs), entre l'absolutisme, la monarchie et l'Anarchie en passant par la démocratie.

Dans les sociétés du Sud-est Gabon, le pouvoir politique communément appelé : l'Onfumu, Befumu, Vefumu et l'Onkani, est une chose complexe.

Ce sont des choses compliquées, liées au sacré, qui ont beaucoup de conceptions, beaucoup de "difficultés", beaucoup de tournures, trop de choses. Ce qui n'est pas souvent accessible au citoyen lambda. Il faut vraiment s'initier pour le comprendre au fond.

Dans la région de Franceville, nous saisissons les origines du pouvoir politique à travers le mythe d'origine de l'Onfumu rapporté par notre informateur Philippe Endelet, à propos de l'abattage (la chasse) de l'Antilope et de la Panthère.

En effet, il nous faisait observer que pour tout bon chasseurs les techniques de prise de ces deux animaux n'étaient pas similaires.

Pour abattre l'Antilope, le chasseur a moins de difficultés. Tandis que pour abattre la Panthère, dit-il, le chasseur doit faire preuve de courage, de ruse, de souplesse et de prudence, qui sont les attributs de cet animal.

En effet, la panthère, à en croire Philippe Endelet, incarne la force, l'autorité, la beauté et le courage, la détermination.

Croyant donc fermement aux forces totemiques de leurs clans, de leurs familles (au sens anthropologique), les hommes se sont inspirés de ces attributs pour diriger leur société. Dès lors, la Panthère, dans certains cas, devient l'ancêtre de l'autorité cheffale, magnifiée par le biais des sociétés secrètes et rites initiatiques masculins de gouvernements telles que le Ngo ou Ngoyi, le Mungala ou Ongala, etc.

D'après toutes les informations qui nous ont été fournies par la tradition orale, les plus probantes et les plus structurées ont été celles recueillies sur le pouvoir politique chez les Ambaama, chez les Bewumvu, chez les Ateghe, chez les Bakanigui et Awandji.

C est surtout chez les Ambaama et chez les Bewumvu que nous allons, pour la suite de notre développement, étudier le cas bien précis du gouvernement chez les Ambaama (les Mbédé).

Il faut déjà signaler qu' avec la cohabitation millénaire avec d autres peuples voisins des ressemblances, conséquence des brassages, ont été relevées avec d 'autres ethnies du Sud-est Gabon.

D'emblée, nous excluons le pouvoir centraliste car les populations énoncées, selon notre contexte historique, étaient encore en pleine migration.

Or, le pouvoir centraliste exige la sédentarisation des peuples avec des institutions évoluées par des structures traitement élaborées, comme l'indique le Pr. Martin Alihanga.

En fait, les Mbédé ou Ambaama n'avaient connu ni empire, ni royaume et, d'ailleurs ces institutions ne répondaient pas leur tempérament qui plutôt favorisait un épanouissement sans contrainte.

Prochainement nous reviendrons sur le pouvoir politique mbédé (Ambaama), basé sur l'Onkani qui est une institution applicable au système patriarcal.

Mais, qu'est ce que l'Onkani ??????

Nous y reviendrons.

Merci pour la lecture. Vos commentaires et contributions constructives sont attendus.

Kà bà fùlà

Par Ongala - Onsero

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