10/03/2024
Notes d'Histoire de Masuku
Par Gaël Landry Ongoto
Et Serge Romuald Ongala
II/. Le Ndjobi en question
Dans notre précédente publication du 09 mars 2024, le Dialogue maheutique entre le Patriarche et le jeune Chef de village scolarisé a débouché sur la question du Ndjobi...
Il ressort des traditions orales recueillies auprès des personnes-ressources que le Ndjobi a été révélé aux hommes pour les hommes bons, afin que le monde soit meilleur. Même si ce rite initiatique dont l'adhésion volontaire est basée sur la foi et alimenté par des sceaux de secrets des secrets.
Alors, toi lecteur, connais-tu au moins ce que c'est le Ndjobi ? Où s'origine-t-il ? Dieu a-t-il aussi créé le Ndjobi .
Pour la bonne information de chacun, comme le jeune Chef inculte des considérations mystiques traditionnelles, retournons la question au Patriarche pour éclairer notre religion.
La culture est au peuple ce que la civilisation est pour un groupe. Ainsi, selon la culture des peuples Ambaama (aussi appelés mbédé), le Ndjobi est une société initiatique. Landry Gaël Ongoto, le père mien, rapporte que le Ndjobi est l'une des manifestations de la main agissante de Dieu.
En effet, Dieu a créé l'homme avec le libre arbitre. Libre naturellement, mais avec une restriction : celle notamment d'agir dans le bon sens de la morale. C'est cette restriction que l'on doit reconnaître obligatoirement lors de son adhésion au Ndjobi est le serment.
Le serment est le premier pilier du Ndjobi. Chaque postulant volontaire ou involontaire doit préalablement décliner son identité (son clan) et si possible son lignage. Le reste du rituel est guidé par le/les maître(s) initiateur(s) et son appartenance tribale ou ethnique.
Suit alors la confession sincère, presque une repentance. Car vient, ensuite, l'engagement personnel et à vie. Cette confession est sanctionnée par un serment.
En général, la suite du rituel est sujette à la confession. Si lors de cette confession le candidat a été honnête et sincère, s'il n'a pas omis volontairement quelques mauvaises actions, s'il n'est pas venu avec l'intention de confondre le Ndjobi, son serment est agréé.
De mémoire, le serment du ndjobiste ressemblerait à ceci :
Loin d'être un Grand Maître et encore moins un Maître initiateur, l'exemple du serment susmentionné élève le Ndjobi au rang des religions, puisqu'une religion qui se respecte milite dans le même sens que le serment du Ndjobi. Car, comme les autres religions, le Ndjobi œuvre pour un monde meilleur.
Le serment que ces traîtres de nos traditions ancestrales n'ont pas respecté est un acte sacré, car chez nous la parole donnée est sacrée. La Parole, c'est Dieu. Le serment prononcé au Ndjobi crée la puissance surnaturelle, puisque quand il est prononcé, il prend Dieu à témoin. Il est l'engagement que le postulant au Ndjobi prend devant les anciens initiés et les ancêtres. La Parole donnée se scelle par des codes et devient une force agissante avec des effets palpables. Et donc si tu ne respectes pas ton engagement, tu enfreins l'engagement pris, tu subiras tôt ou t**d les conséquences.
En effet, le serment du Ndjobi prend vie dès lors qu'il est prononcé. Il poursuit ceux qui n'ont pas été honnêtes et loyaux.
En fait, dès qu'une personne a manifesté son intérêt au Ndjobi auprès d'un Grand Maître, elle devient Postulante. Elle devient "nga-ndjobi" après avoir prononcé le serment et passer l'étape de la confession.
A ce stade de l'initiation, la personne est obligatoirement frappée par le sceau du Ndjobi au bras gauche. C'est ce qu'on appelle : " Lénkimba", qui 'est la carte d'identité du Ndjobiste. Lénkimba lui donne accès à un certain niveau des cérémonies du Ndjobi. Par exemple participer à l'oraison funèbre d'un Grand Maître. A ce niveau du Ndjobi, le serment est un engagement unilatéral. C'est juste l'engagement que le Néophyte prend pour respecter les principes éthiques et moraux de la vie en société. S'il ne respecte pas ses promesses, le Ndjobi l'attrape. C'est ce qui nous emmène généralement à l'engagement obligatoire. C'est d'ailleurs le cas des Voleurs de poules, coqs et autres petits larcins.
De ce qui précède, on peut, après examen de l'organisation de la structure de ce rite initiatique, dire que les "nga-ndjobi" représentent l'ensemble de la pyramide dont la base est constituée des " Aya-ngongo " et des "Akli-yongo". A ce stade là encore, on ne peut pas encore parler de vocation. Car de nombreux postulants viennent :
- soit pour se protéger, protéger leurs proches et leurs biens,
- soit pour des questions de santé (soins médicaux). Car certaines maladies peuvent être d'ordre mystico-spirituel. Dans ce cas de figure, les méthodes de guérison conventionnelles sont souvent inefficaces.
Nous avons aussi une troisième catégorie, ceux qui viennent trancher un litige. Il s'agit là des personnes venant pour découvrir la vérité ou s'affranchir d'une accusation fondée ou pas.
On peut alors conclure que toutes ces personnes ne s'initient pas forcément au Ndjobi de leur plein gré.
Après la classe des "nga-ndjobi", constituée des " Aya-ngongo " et des "Akli-yongo", ce sont les" Mvandi-a-ndjobi" (les grands initiés) au centre de la pyramide. Ils ont reçu une initiation spéciale : celle de la connaissance des secrets du Ndjobi et des choses cachées, sacrées et des lois coutumières.
N'oublions surtout pas que le Ndjobi est une confrérie, une société secrète et initiatique, alimentée par des secrets tabous. S'il est ouvert à tous, le risque de la fuite d'informations est grand. Le Ndjobi est donc le secret dans le secret révélé à tout le monde.
Ainsi, les "Mvandi" ou "Grands initiés" se distinguent des "nga-ndjobi" par la qualité des enseignements reçus, surtout par leurs dons naturels et leurs prédispositions.
Dans la classe des "Mvandi", on distingue aussi le "Mvandi-akini", littéralement "un Grand Danseur". Son rôle est souvent enviable, puisqu'il est toujours aux yeux du grand public, avec le chanteur, celui qui capte l'attention des gens, de l'assistance et attire les éloges ou fait rentrer de l'argent dans l'assiette.
Selon Gaël Landry Ongoto, dans "Onkoua : une histoire de ndjobi", au milieu des "Mvandi ", de ces gens qui avaient des talents naturels, AGNASSA, la légende, ne trouvait pas ses repères. Pire, de caractère belliqueux, colérique et asocial l'empêchait de s'intégrer. C'était un Mvandi inachevé et insatisfait.
Pour contourner cet handicap, il se résolut de se consacrer d'avantage à l'étude du Ndjobi afin de devenir un "nga-nkombet", Gardien du reliquaire. En fait, il hérite du "nkombet" relique sacrée du Ndjobi) de son oncle. Ce dernier eut une mort brusque et donc sans consigne particulière son nkombet allait être "poussé".
Ainsi, AGNASSA, qui savait que personne ne voudrait l'aider à constituer son nkombet, profita de celui qui n'avait plus de propriétaire. En tout cas, personne n'en voulait. Détenir la relique sacrée du Ndjobi (nkombet) lui a permis de voir les choses en grand, posséder son propre "fouoyi" (temple sacré du Ndjobi) était son projet désormais. Homme antisocial, ce projet est ambitieux. Et dans cet atmosphère malsain, il savait qu'il n'aurait pas le soutien des gens du village pour cette aventure, surtout pas de son aîné ONTSOUGOU. En effet, ONTSOUGOU ne partageait pas la même vision du Ndjobi que son cadet AGNASSA.
AGNASSA soutenait que le Ndjobi était le mode opératoire du combat spirituel de Dieu. Il allait plus loin dans sa déduction. Pour lui, le Ndjobi était la main agissante de la justice de Dieu. Il fallait donc réactiver le Ndjobi originel. Car selon lui, certains hommes du village Onkoua sont animés par la soif du pouvoir et de profit. Pour cela, ils étaient prêts à tout pour y arriver. Mais, comme obstacles, ils trouvaient aussi des hommes dévoués à la cause du Ndjobi comme AGNASSA. Sa mission, barrer le chemin des assoiffés du pouvoir à tout prix.
L'ignominie mène parfois au chaos, mais l'instauration du Ndjobi originel, le Ndjobi ancien combattrait le mal des hommes à la racine. Ainsi, pour AGNASSA, le Ndjobi et la sorcellerie représentaient deux atmosphères aux antipodes opposées. Le premier est venu combattre le second.
Cette déclaration faite, AGNASSA s'était attiré l'antipathie de ses frères qui craignaient une chasse aux sorcières. Car le village avait trop souffert des affres de la sorcellerie. Le Ndjobi ne devrait pas venir occasionner un massacre, des crimes rituels ou une mêlée ouverte à Onkoua.
Pour l'aîné ONTSOUGOU, dans sa conception du rite, le Ndjobi était le symbole de la démocratie consensuelle des peuples du village, puisque chacun pouvait s'exprimer librement et la condamnation serait le résultat d'un procès équitable. A son entendement, le Ndjobi ne châtierait que ceux qui se cacheraient (même tapis dans l'ombre) pour agir contre la Communauté et feraient montre d'une volonté manifeste de nuire ou à servir les forces occultes du mal. Le recours aux puissances surnaturelles devait respecter les mécanismes et les codes traditionnels par les ancêtres.
En fait, ONTSOUGOU, lui, savait que les intentions de son frère Cadet était nobles mais il n'approuvait pas sa démarche et ses méthodes rustres. C'est pourquoi il avait tout fait pour que son cadet AGNASSA reste au stade de Mvandi. Mais, on ne sait pas quel stratagème OMPLAN , l'astucieux, avait réussi à obtenir le relique sacrée du Ndjobi (nkombet) de son oncle. C'est là encore une preuve que nos coutumes sont quelquefois incomprises, mal interprétées ou mal structurées. Elles ont quelques failles que des personnes futées comme OMPLAN pourraient bien exploiter. Même si c'est aussi bizarre de savoir qu'un Mvandi inachevé comme AGNASSA détienne le nkombet de son oncle et le panier du Ndjobi mais le savoir posséder un "fouoyi" (Temple sacré du Ndjobi) , avec son caractère belliqueux, colerique et associal, ce n'était pas prudent. Il se lancerait à de nouvelles expériences ésotériques sans avoir à demander l'avis ou les conseils des autres initiés de l'Ordre du village.
Sur le cas AGNASSA, le Conseil de sages du village Onkoua avait conclu en secret qu'il n'aurait pas droit à un sanctuaire sacré du Ndjobi. Et tout était fait dans le secret pour saboter ses projets d'indépendance et de libertés d'actions religieuses. Hélas, le pouvoir maléfique gagnait du terrain. Et bientôt AGNASSA gagna des alliés et des adjuvants, des mécènes qui le soutenaient et soutenaient son point de vue du Ndjobi en secret. Maintenant, AGNASSA pouvait compter sur ses amis de l'ombre et Supporters qui siégeaient aussi au Conseil de sages. Quand l'un des père fondateur sentit son courage, sa détermination, sa fougue dans le maintien et la pérennisation du Ndjobi originel, afin de ressusciter son aura dans l'esprit des enfants, petits et arrières petits-enfants ou petits-fils des fondateurs de nos traditions ancestrales, il consentit à lui accorder sa bénédiction paternelle. Ainsi, AGNASSA devint "Ngan-fouoyi", le propriétaire du temple sacré du Ndjobi. Cet ingérable était donc devenu propriétaire d'un laboratoire sacré de recherche mystico-spirituel, c'était inconcevable pour la chefferie. Pourtant c'était vrai.
Observant les faits, le jeune Chef du dialogue maheutique hésite à dire au Patriarche qu'il comprend mieux l'existence de deux Ndjobi : celui des anciens ( le Ndjobi d'avant) et le nouveau Ndjobi (celui d'aujourd'hui). Le jeune Chef déduit bet s'interroge si le patriarche a en lui trois entités : celle d'hier, d'aujourd'hui et de demain. Mais l'ancien lui fait comprendre que c'est toujours en lui les trois dimensions, mais à des niveaux d'évolution différentes.
Ainsi, pour conclure le Patriarche indique au jeune Chef inculte qu'il n' a jamais fréquenté la ville comme lui. Car en ville là-bas, à l'école, c'est l'apprentissage forcé de la culture occidentale. Et dit-il : " Quand la poule croise la pintade au bout du village et qu'elle l'identifie comme étant de sa lignée alors qu'elles ne sont justes que des volailles, elle a tort de croire qu'elle pourra vivre en forêt ".
En réalité, la poule reste la poule et elle ne peut vivre qu'au village. Beaucoup de jeunes africains, Ambaama et donc altogoveens ou Gabonais sont devenus des hybrides. La question aujourd'hui est de savoir si, vous jeunes déracinés, êtes de bonne ou de mauvaise qualité. Il es écrit quelque part que :
"