Arpente

Arpente Art pictural, scriptural, dramatique et photographique

14/12/2021

Le bonheur, pour toi, qu’est-ce que c’est ? / Que c’est bon de respirer l’air pur de la forêt / Je me demandais bien quelle était la signification de tout ça / Aujourd’hui il fait beau / Je m’étais égaré dans le bois, et j’ai rencontré la hutte de la sorcière

Le bonheur, pour toi, qu’est-ce que c’est ? Est-ce que c’est la fortune, est-ce que c’est le printemps, est-ce que c’est l’aventure, est-ce que c’est le voyage en des contrées lointaines, est-ce que c’est puiser l’eau à la source de ton jardin, est-ce que c’est l’amour dans les yeux de ta belle, est-ce que c’est vagabonder en des zones inconnues, est-ce que c’est manger une tartine de beurre salé et de confiture trempé dans du lait frais, est-ce que c’est boire une pinte à la petite taverne, est-ce que c’est apprendre une langue étrangère, est-ce que c’est lire t**d dans la nuit au chevet de la lune, est-ce que c’est compter les étoiles par une nuit du quinze août, est-ce que c’est brûler un cierge et prier, est-ce que c’est jurer et cracher, est-ce que c’est l’oubli, est-ce que c’est la mémoire, est-ce que c’est déchiffrer une énigme, est-ce que c’est prendre la mesure de l’infini, est-ce que c’est contempler le mystère, est-ce que c’est la réponse, est-ce que c’est la question ?

Que c’est bon de respirer l’air pur de la forêt, par un matin d’automne, en chassant les champignons, avec ce parfum d’humus et de feuilles mortes, quand la terre reprend en elle les énergies qui s’étaient élancées vers les cieux, quand elle nous accueille, nous et nos blessures, pour le repos, pour laisser aller les énergies, les bonnes comme les mauvaises, c’est se recueillir, c’est se rassembler, c’est bénir la terre de ses pleurs.

Je me demandais bien quelle était la signification de tout ça. S’agit-il d’être, envers et contre tout, heureux ? S’agit-il d’aller bon an mal an, couçi-couça, grosso modo, de faire contre mauvaise fortune bon cœur, d’aller au p’tit bonheur la chance, pourquoi est-ce que je n’ai pas le droit de tout envoyer valser, de cogner du poing sur la table, d’exiger mon dû, ma redevance, ne suis-je pas la victime d’une destinée fatale qui m’a mené par les aléas de la vie vers un cul-de-sac ? Un jour je leur dirai leurs quatre vérités en face, à tous ces empaffés qui prétendent me dire que dire et que faire, comment m’y prendre, quelle est la méthode que je n’ai pas su employer pour être heureux.

Aujourd’hui il fait beau. Je pense que cela me suffit. Je n’ai pas besoin de davantage. Un brin de soleil, un brin de vent, le pépiement des oiseaux, le chien qui aboie, la vache qui meugle, le chat qui miaule, le loup, le renard et la belette qui dansent dans la clairière, et ce soir c’est nuit de Sabbat.

Je m’étais égaré dans le bois, et j’ai rencontré la hutte de la sorcière. Alors j’ai toqué à la port, et j’ai entendu une vieille voix chevrotante me demander : « Quel est le toqué qui toque ? » Ma tactique fût de me taire. J’entendais le tic-tac de l’horloge qui comptait mes secondes. Alors j’ai demandé d’une voix forte : « C’est quoi, pour vous, le bonheur ? » Elle m’a dit qu’elle avait pour cela breuvages et philtres, pour ceux qui s’illusionnent à le chercher. « Le bonheur ? Il est ici, à cet endroit précis, en ce moment précis. » J’ai poussé la porte de la hutte, elle m’a accueilli avec un grand sourire, elle était jeune, elle était belle, elle était nue et couverte de terre, et je ne l’ai plus jamais quittée.

08/12/2021

Tous les mercredis, un épisode d'Anawega, récit au long cours... et ça commence avec l'Incipit

Routes parsemées de fleurs
Arbres embaumés d’odeurs
Chant de l’oiseau à l’éveil du soleil
Papillon qui virevolte dans le pollen
L’abeille butine son miel
Et l’ours pêche une truite
Dans le torrent tumultueux
La terre lourde des fruits qu’elle porte en elle
Le ciel qui tourne à l’orage pour lui reprendre sa puissance électrique
Et soudain tout pivote sous la pluie
Floc et floc et froc trempé
Mes cheveux mouillés qui dégoulinent sur mon visage
Je cours vers le village
Et reprends mon souffle éperdu devant une tasse de café
Je m’ébroue les cheveux et sèche mon visage sur la serviette de corps
Et j’allume une cigarette en écoutant le tonnerre gronder
Et c’est alors qu’une carriole s’arrête devant la maison
C’est mon voisin Nash qui vit à trois miles d’ici
Accompagné de Sam son fils
Tous deux abrités dessous leurs manteaux
Je les fais entrer et leur sert le café
Ils étaient partis voir le bois dessous la colline des près
Et se sont fait surprendre par l’orage
Celui ci ne s’est pas annoncé
Du bon temps pour les maïs qui demandaient un peu d’eau depuis belle lurette
Il a failli sécher sur place à attendre la pluie
Et le reste à l’avenant
Mais le tabac demande moins d’eau
Ashwaë a donné à Nash cette année une ancienne variété
Cultivée par les Kawaïs depuis des lustres
Et parfumée comme un pain d’épices
On s’en sert une tranche avec le café avec un peu de beurre
Tom raconte qu’il a levé un lièvre l’autre jour avec sa chienne Yehou
Et Nash l’a tiré d’un seul coup de carabine
Je t’apporterais de la terrine
C’est quand même malheureux qu’un homme comme toi vive sans femme
Tu n’es pas idiot et pas plus fainéant qu’un autre
Passe nous rendre visite à l’occasion
La pluie a cessée, les nuages se sont écartés
Quelques uns s’effilochent et s’égratignent sur le soleil
Étalant sur leur coton des teintes orangées et pourpres
Je les regarde s’éloigner sur le chemin au pas de la porte
Je nettoie la table et range les reliefs du casse-croûte
Puis je m’assieds, la tête vide
À regarder le soleil décliner
Et à goûter cette amère solitude qui ne m’a plus lâchée depuis ma dix-septième année
Mais je suis bien ainsi
Enfin, mieux qu’autrement
J’aime le silence
Le pépiement des oiseaux
La tranche de pain, la tranche de lard
Et le verre de vin
Le soleil a fini de s’éteindre
Il avait des couleurs magnifiques après la pluie
De gris, de roses, d’oranges et de rouges
Il est descendu derrière la terre éclairer d’autres peuples
Je n’ai pas sommeil
Je fais un petit feu
Ce n’est pas réellement que j’aie froid
Mais il me tient compagnie
Je m’assieds sur le rocking-chair
Dans le bercement je repense à ma mère
Que je n’ai pas connue
Mais dont mon père parlait tellement souvent qu’elle m’est familière
Morte en me donnant la vie
Éteinte quelques heures après mon éveil
Éteints à jamais son sourire ses cheveux blonds et sa jeunesse
Elle avait suivi mon père ici en quittant sa famille
Pour s’installer sur les nouvelles terres arrachées aux indiens
Il y avait des opportunités
Ils s’étaient connus à la foire de Nashville
Mon père cherchait un reproducteur
Et elle vendait le lait crémeux de leurs vaches
Les foins pourront encore attendre
Son père avait toujours gardé un air triste et fermé
Ne s’était jamais remis de la disparition de son amour
Et avait trop de travail avec la ferme
Et d’ennuis avec cette terre qu’il n’était pas sûr de garder
Réclamée par les indiens
Il s’était battu pour la conserver
Solidaire avec les autres paysans
Et ils y étaient parvenus
Après des luttes de tribunal
Les indiens ne pouvaient produire aucun titre de propriété
Cela restait simple à part quelques échauffourées
Et quelques hectares avaient étés attribuées aux Kawaïs
Ainsi qu’un droit de chasse sur les terres qui posait problème à quelques radicaux
Mais mon père leur avait permis de poser leurs pièges sur ses terres
Et leur vendait du lait et du miel contre quelques gibiers
Et une bonne entente s’était installée
Cordiale de la part de mon père
Distante de la part des indiens
Qui conservaient une grande rancune contre les blancs
Après la longue marche des larmes
Qui les avaient déportés d’est en ouest
Et sur la longue route beaucoup de vieillards, de femmes et d’enfants étaient morts d’épuisement
Si bien que d’un millier que comptaient leur tribu
Ils sont arrivé à peine trois cents ici
Et des cent cinquante hectares attribués d’abord il leur en restèrent à peine cinquante
Le feu craque et jette une flamme bleue
Et envoie une braise sur le tapis
Déjà troué de tant d’autres braises
Mon père s’était installé sur leurs anciennes terres
Sans connaître leur histoire
Un bureau de Nashville attribuait des lopins
Il en avait acheté un avec les économies familiales
Andréas avait trente ans et Siloë à peine vingt quand elle est morte en couches
Elle était d’origine scandinave et lui d’origine italienne
Troisième génération sur les terres américaines
Il était mort pendant la guerre de sécession
A quarante sept ans
Dans ma dix septième année
Je m’endors lourdement sur le rocking-chair
Dans mon rêve le soleil brûle comme un feu
Jetant des flammèches désordonnées
Bleues, oranges et rouges
Et tout à coup il craque comme un tonnerre
Et jette une braise qui tombe à quelques pas de ma ferme
Et enflamme la prairie

Paysage abstrait n°2
04/12/2021

Paysage abstrait n°2

Paysage abstrait n°1
04/12/2021

Paysage abstrait n°1

04/12/2021

Parallélépipède / La cigale et la fourmi / Lumière / C’est tellement bien / Maman / Frère

Faisant mes devoirs de géométrie, je construisais sur ma feuille à petits carreaux un parallélépipède rectangle. La lumière du jour allait en déclinant, le jour finissait déjà en ce dimanche de novembre. Puis je révisais la Cigale et la Fourmi, pensant à mon argent de poche que je gardais précieusement jusqu’à la prochaine échéance d’achats de friandises. Mon frère faisait son anglais, et j’aurais voulu comprendre cette langue inconnue. Maman préparait un chocolat chaud avec le lait, la crème et le cacao. Do you speak English ? Qu’est-ce qu’il dit, maman ? Je ne sais pas, je ne comprends pas l’anglais. Pourquoi tout le monde ne parle-t’il pas la même langue ? Justement, l’anglais, tout le monde le parle. Ben non, pas nous justement. Maman a servi le chocolat, la nuit est tombée, et la mousse du cacao nous restait sur les babines. C’est tellement bien les dimanche de Novembre, quand il fait nuit, que les devoirs sont faits et qu’on pense à Noël. En première langue, je prendrai Espagnol. Personne ne parle Espagnol à la maison, et je pourrais avoir un journal intime que personne ne pourra comprendre. Ce sera mon jardin secret. Je pourrais y parler librement de Victor et de Stéphane, qui m’embêtent à l’école, de Mat et de Toto qui sont mes meilleurs amis,et surtout de Charlotte, que j’aime sans oser le lui dire, et qui rougis quand je lui fais la bise. J’espère que pour Noël j’aurai un vélo pour aller faire du cross en forêt avec Toto et Mat. L’amitié compte plus que tout. L’amour, ça me chiffonne toujours, ça laisse un goût amer, l’attente me fait souffrir. C’est compliqué les filles… Mais si je vais acheter des friandises, j’en offrirai bien sûr à Charlotte. Ce qu’elle préfère, ce sont les caramels au beurre salé. Je lui en achèterai, et des roudoudous pour moi. Je suis trop timide, je ne sais vraiment pas comment lui dire que je voudrais faire une promenade avec elle. Peut-être au printemps. En attendant les beaux jours, on tapera dans l’ballon. La pluie m’ennuie.

25/11/2021

L'herbe tendre

Sous le soleil d’avril, je m’étais couvert d’un fil et flânait dans la campagne à travers près. Les moutons paissaient l’herbe tendre et l terre fumait. Les exhalaisons des vapeurs humides faisaient monter la brume le long de la colline. J’étais en pleine ascension pour atteindre le surplomb rocheux au dessus de la vallée. J’y arrivais vers les onze heures, et me sentais perché bien au-dessus des problèmes du quotidien. Le soleil était éclatant, quelques nuages en ret**d traversaient nonchalamment le ciel, et les oiseaux chantaient et se répondaient pour former les couples d’une saison pour une nichée éphémère. Une buse tournoyait, encore plus haut perchée que moi, elle planait dans le ciel et scrutait le sol à la recherche d’une proie. J’étais ivre de nature et inhalait l’oxygène à pleins poumons, apercevant des tapis de fleurs de toutes les couleurs qui dansaient dans les herbes. Un rat des champs parcourait toute l’étendue de son domaine en compagnie d’un rat des villes halluciné par tant de beauté, de fraîcheur et d’innocence. Maître Corbeau, sur son arbre perché, tenait dans son bec un fromage. Maître Renard, par l’odeur alléché, lui tint à peu près ce langage : « Si, dans le port d’Amsterdam, y’a des marins qui boivent, et qui boivent et reboivent, et qui reboivent encore, nul ne saurait oublier que la Hollande est l’autre pays du fromage. Aussi, je consommerais volontiers le votre fumé. » Confortablement installé dans un nuage de coton, je sentais les parfums de l’haleine du Créateur. Buvant un peu d’eau fraîche, je ressentais beaucoup d’amour et vivait intensément ce parfait bonheur. Certes, certains de mes rêves sont partis en fumée, et sans doute connaîtrai-je encore quelques désillusions, mais nul ne m’empêchera de rêver encore, de voler dans le ciel des supermarchés et d’abandonner des velléités de consommateur au profit d’une voltige aérienne.

Atelier Chichorro
25/11/2021

Atelier Chichorro

Art pictural, scriptural, dramatique,photographique & philosophie

Autoportrait à poil - couleurs
24/11/2021

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Autoportrait à poil (Noir et blanc)
15/11/2021

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Autoportrait aux poêles
07/11/2021

Autoportrait aux poêles

07/11/2021

Mon aventure avec...
Encore une fois je m’ennuyais, et m’en plaignais à ma mère. Elle me dit « Va jouer avec ta sœur », et ma sœur me vit arriver vers elle l’air tout penaud. Elle me proposa : « Viens, on va jouer aux légos ! » Moue boudeuse. « Aux playmobils ? » Dénégation de la tête. Avec un petit sourire amusé « Tu veux jouer à la poupée ? » Je la regardais, l’air incrédule, mais visiblement intéressé. « Allez, viens, on va jouer à la poupée ! ».
– « Mais je sais pas y jouer, moi, à la poupée !
– C’est pas grave, c’est pas compliqué, viens je vais t’apprendre. Si tu veux je fais la maman, et toi le papa.
– Mais je sais pas, moi, faire le papa !
– Mais si, tu n’as qu’à faire comme papa. C’est facile !
– Ah bon ? Alors en fait je fais papa ?
– Oui.
– Bon d’accord. Alors on dirait que c’est le repas du soir.

– « Franck, amène ton Auge !
– Non mais j’en veux pas de la soupe…
– Tu manges ce qu’on te donne, sinon il n’y a rien d’autre. Tu veux aller au lit sans souper ?
– Bon, d’accord alors, de la soupe, mais juste une cuillère…
– Celui-là alors, j’te jure ! »
Ma sœur :
– « Jean-Claude !
– Ben quoi, c’est vrai, heureusement qu’on a cassé le moule !
– Si t’existais pas, faudrait t’inventer ! »

Ainsi donc mon aventure avec la poupée, ainsi donc commença mon aventure avec le théâtre…

29/10/2021

L'étranger
Les lieux nous habitent autant que nous les habitons. D’ailleurs c’est quand je suis de passage, quand j’habite temporairement un lieu que je le comprends davantage. C’est quand je suis à l’étranger que tout me paraît délicieusement familier. C’est quand je ne suis pas chez moi que les lieux m’habitent le plus. J’ai choisi pour domicile un lieu qui m’habite peu, un lieu à la campagne, en silence, avec des cloches, quelques cris d’enfants, des chants d’oiseaux, des hululements de chouette, des paysans, des chasseurs et des ouvriers, des routiers en transit, pour ceux qui m’intéressent. Depuis, quand je reviens dans le quartier de la Fontaine d’Ouche que j’ai habité avant, je n’y suis que de passage et n’y suis plus oppressé par le bruit des moteurs, des travaux, des voix fortes. Habiter un lieu et y être étranger, c’est le sentiment que j’avais quand j’habitais ce quartier, où tout m’oppressait, me dirigeait vers la sortie. Désormais, il n’est plus si violent, il est exotique. Cela me rappelle ce temps où je travaillais dans les vignes et revenait parfois en ville. Cette fois là, c’est moi qui était exotique, le teint hâlé par un soleil du mois de février, le corps fort et souple, et ma présence, la présence de ce corps occupé toute la journée au dehors à brûler les vieux bois, à se réchauffer à son brûlot, son odeur de fumée, attirait à moi des regards, les regards de ceux qui voulaient s’échapper de la ville. Aujourd’hui je ne suis de nulle part, toujours en voyage, toujours en exil, même sur une zone géographique resserrée. Vitteaux, Venarey, l’Auxois, Barbirey-sur-Ouche, Bligny-sur-Ouche, la vallée de l’Ouche, Fontaine d’Ouche, Dijon, le grand Dijon et Dijon métropole sont des lieux que je traverse, qui m’habitent profondément, et où, toujours et partout, je suis étranger, où je salue avec la politesse et l’humilité de l’étranger, m’excusant presque de n’être pas chez moi. J’ai perdu ma demeure, je suis en location de locaux transitoires, j’ai décoré les murs avec mes peintures, je l’envahis de musique, et j’y médite pour que toujours, partout, mon corps soit l’unique lieu de ma présence. A partir de là, je suis partout chez moi.

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