10/12/2025
Comme un lundi, 1er décembre.
Il fait un froid délicieux au soleil.
L'été a pris tout son temps, donc ma rentrée du ret**d. Les vendanges sont t**dives à sans cesse repousser. On n'était plus à une semaine près. J'ai préféré attendre une date qui me plaise. Aujourd'hui, l'avant. Pour moi, sa fin.
10 jours plus t**d, ces phrases enfin accouchées, Demain a vraiment débuté, hier. Je ne sais pas si vous me suivez.
Je suis atteint, vous savez. Du Syndrome SGG.
C'est sérieux. Le cas s'affirme grave depuis longtemps, Docteur. À force de ne rien ou trop en faire, mon état a empiré. Je vous rassure, le pronostic vital n'est pas engagé.
Les résultats ont confirmé que le foie n'est pas touché. Pour le reste, tout baigne – dans une relative souffrance. Les gencives saignent, les chicots se déchaussent, les intestins sont pourris et les poumons cendriers. Des céphalées lexicales et des vertiges aussi. Quand je parle de mal au cœur je ne fais pas dans le sentiment. L'anxiété est tenace. Il arrive que la tension frôle ce point où tout peut basculer. Je ne m'étendrai pas sur le sujet de l'esprit, tordu, qui je ne sais pour quelles raisons tend à tout compliquer.
Je m'arrête là, plus par pudeur que par déni. Un sifflement dans les oreilles me susurre ce qu'est d'être sourd à soi-même.
Je prends un traitement, bien sûr. Un spray pour les trompes d'eustache et des antidépresseurs, dilués dans des substances sans ordonnance.
Toujours trop et jamais assez. Je suis allé au bout de l’excès.
Je n'en peux plus, n'en veux plus. Les gu**les de bois calciné. Les cafés clopes chiasses. Le poison sanction ingéré pour entretenir la culpabilité. Tout le temps passé perdu aux songes écrasés. À fréquemment saluer l'aurore, encore.
Une dernière, chaque soir. La der des der – des der, et-cetera, comme si je n'étais bon qu'à ça. Nous oublions rapidement l'histoire. Du passé proche.
Il existe heureusement un remède : l'art-autothérapie, en double dose, Maintenant.
Dans l'armoire à pharmacie, derrière le miroir, regarde. T'as vu ta gu**le ?
Débarbouille-la fissa ! Avec le sourire, ça ne coûte rien. Commence par boire de l'eau, croque un fruit. Respire, c'est la base pour réapprendre à vivre normalement. Bouge, va marcher ! Dès le réveil, même s'il est midi, même s'il pleut. Il suffit de faire le premier pas, en avant. Suivi d'un second dans le présent. Une, deux – inspirer, expirer, et ainsi de suite. Au retour, une infusion et un bouquin.
Tu vois, c'est simple, c'est sain. Ce sera déjà bien.
Je laisse la prescription complète sur la table de la cuisine, à côté du bloc de benzo-dessinés.
Au fait, j'allais oublié le plus important : le bistrot-maison et la droguerie ont fermé leurs portes jusqu'à nouvel ordre. Ni seul ni en semaine, ai-je juré me mentant tout pété. Rien du tout ouais !
Faire sans. Sans trop m'en demander. Ce qui est antithétique car beaucoup m'en demander. Mais l'expérience a démontré que je n'y parviens pas sans une stricte discipline – ce terme m'emmerde rien qu'à le prononcer, moi qui tourne à l'intranquillité. Je ne sais quel cadre tracer puisque je gribouillerai forcément à côté.
Me faire violence, tout en douceur. Retrouver un rythme, instaurer de nouveaux rituels.
Remplacer, sans chercher à combler, car mon manque est intarissable.
Le vide à venir est un destin effrayant.
Je risque d'y rencontrer un énième versant de ma personne. Nous devons nous entretenir, sobre. Je suis curieux de ce que son silence va me raconter. J'ai besoin m'y confronter, de le côtoyer, en lui accordant ma sympathie. Je sais que j'en suis capable, malgré une décennie entière à me prouver le contraire.
Si j'avais en moi-même la confiance que vous me portez, mes ami-es, j'y arriverais les doigts dans le nez. Je ne me laisse plus le choix – et c'en est un. Coups de pied au cul et d'état, pour détrôner l'autre en soi.
Que c'était bon de vous revoir toustes – merci ! – mais il est désormais l'heure de m'isoler. J'hiberne, seul, avec un petit chat ronronnant auprès du poêle à bois.
Je n'ai plus de temps à perdre (sauf lundi, fous-moi la paix) ! Des projets à pourvoir plusieurs 35 heures, avec heures supp'. Un livre, mon art, et l'animation d'ateliers pour partager joie et rêves.
Pour ce faire, il me faut prioriser, organiser, planifier ; rechercher, démarcher, communiquer ; développer, exposer et me vendre – entre autres foutus verbes à l'infinitif impératif.
Je sais oui... je le mérite. Mais ma première mission consistera à prendre un tant soit peu soin de moi – l'injonction qui m'est de loin la moins naturelle.
Vous n'estimez pas le nombre de mes addictions, la puissance de mes pulsions, l'ampleur de mes peurs ni l'empire de mes monstres. La lutte sera musclée, la résistance de chaque instant. L'hiver risque d'être terrible.
Puisqu'il est inutile de lancer à autrui un appel à l'aide que moi seul peux m'apporter, considérons ce texte comme un manifeste, lu à voix haute. L'écriture est vaine et ridicule si les phrases publiées ne sont pas appliquées.
Ce serait trop facile de céder pour me détester, de me décevoir pour m'abandonner. S'il me manque de l'amour propre pour réussir, je le ferai alors pour vous, pour elle et pour lui.
Quelque part, trois étoiles prénommées et une petite pierre ensevelie me protègent, tandis qu'une mésange me rend visite quotidiennement. Avec elleux, Ali et mon collier à perles de douceur, je n'ai rien à craindre. Je ne redoute pas les nuits, traversées bien des fois sans lune. Un tournesol interieur pour m'éclairer.
Pleure tant qu'il le faut Gamin, d'autres s'en iront encore.
Quant à moi, je m'efforce à renaître. C'est parfois long et douloureux une mise au monde.
Promis Maman, un jour j'écrirai des poèmes heureux.
Je ne signerai pas Smëms, Gro ou Gouniet cette fois, ni Lulu, ni Lucien ni Léon, pas non plus Jean Rieg, mais simplement Luc. Bé, si on demande un nom.
Mon maté est prêt. Moi aussi. Étonnement, je me sens presque serein.
Ainsi commence mon nouveau carnet.
Ps : en allant jeter le verre, vous penserez à déverser mes cendres.