16/06/2026
Depuis plusieurs mois, BLUE HERON de la réalisatrice canado-hongroise Sophy Romvari collectionne les prix en festivals Prix du premier long métrage au Festival de Locarno, Prix de la meilleure découverte canadienne au Festival de Toronto… Un accueil mérité pour ce drame subtil, éblouissant formellement, sur les liens familiaux, la santé mentale et les souvenirs. Dans la lignée de Charlotte Wells (Aftersun), un film rempli d’émotion, de grâce et de poésie à découvrir au cinéma le 27 mai.
À la fin des années 1990, Sasha, huit ans, s'installe avec ses parents et ses frères sur l'île de Vancouver, située sur la côte Pacifique du Canada. Sous une lumière resplendissante, les membres de la famille agencent leur espace dans ce qui s’annonce comme un été calme et détendu. Pourtant, leur nouvelle vie est troublée par le comportement de plus en plus imprévisible de l'aîné, Jeremy. Blond et taiseux, ce dernier est aux antipodes de ses frères et sœurs, bruns et volubiles. Bientôt, au fil que s’égrènent les informations sur cette famille d’origine hongroise, on comprend qu’elle ne cesse de déménager pour fuir les jugements des voisins sur un fils qu’on devine ingérable…
Avec ce film à teneur autobiographique, Sophy Romvari impose un climat singulier et d’emblée fascinant, d’où jaillissent de saisissants fragments de souvenirs. À travers les yeux de la jeune Sasha – son double de fiction - elle excelle à retranscrire la tension lancinante autour du comportement erratique, parfois dangereux, de Jeremy. Interprété par un comédien étonnant (Edik Beddoes), ce personnage de « désaxé » est bouleversant tant il est secret, jusqu’à la souffrance absolue. C’est ce que Sacha éprouvera rétrospectivement, devenue adulte.
Entre eux deux, si proches et si séparés, le film fait vibrer un lien d’une grande délicatesse. Adepte de l’approche sensorielle, la cinéaste enregistre des instants volatiles avec maestria et croise avec grâce le regard de la gamine et celui de la femme adulte qui fouille ses images et sa mémoire… En restant au plus près de l’indicible des sentiments, elle livre une puissante réflexion sur la complexité de la compréhension de nos proches.
Au-delà du récit d’une souffrance qui, peu à peu, a gangréné toute une famille, BLUE HERON s’illustre par sa critique de la prise en charge médicale et sociale de la maladie mentale, notamment l’abandon ressenti par les parents, faute d’avoir pu être entendus et aidés par les pouvoirs publics.
BLUE HERON de Sophy Romvari, le 24 juin au cinéma !