06/08/2026
Du Dandysme et de Jules Barbey d’Aurevilly - La catéchèse du dandy
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Il est difficile d'ignorer que les dandys ont bâti, autour de George Brummell, une religion monothéiste sans Église. Brummell en est le centre, le point de référence absolu, élevé au rang de maître : saint patron officieux d'une confrérie sans statuts.
On ne copie pas son allure : on en fait une relique.
Un dieu a besoin d'un prophète pour que sa parole devienne loi. Jules Barbey d'Aurevilly est ce prophète, et davantage : il est le fondateur de l'Eglise elle-même. Il rédige les Écritures à travers son essai Du dandysme et de George Brummell, première étude dans la littérature française consacrée au dandysme. Il en fixe les commandements : « paraître, c'est être pour les Dandys ». Il en trace les vertus cardinales : le tact, l'impassibilite, l'orgueil. Il en etablit surtout les péchés, et c'est la que le dogme se fait le plus intransigeant : la vulgarite, la banalite, la trivialité sont des fautes capitales et irrémissibles. Charles Baudelaire codifiera ce point de doctrine à la suite de Jules Barbey d'Aurevilly : un dandy « ne peut jamais être un homme vulgaire. S'il commettait un crime, il ne serait pas déchu peut-étre ; mais si ce crime naissait d'une source triviale, le déshonneur serait irréparable ». Voilà une hiérarchie des fautes aussi rigoureuse qu'une casuistique de séminaire, où le péché véniel de la médiocrité pèse plus lourd que le péché mortel du crime.
Cette Église a également ses rites d'initiation et sa liturgie du quotidien. La toilette en est l'office quotidien, méticuleusement réglé, où chaque geste : nouer sa cravate, choisir son gant, ajuster son col, équivaut à une génuflexion. Le miroir en est le confessionnal, devant lequel le dandy s'examine sans complaisance. La promenade, l'apparition dans un salon ou un restaurant, tiennent lieu de procession : le dandy entre comme le prêtre s'avance vers l'autel, conscient d'être regardé, tenu à l'impeccabilité du rite. Et l'insolence elle-même, cette parole tranchante lancée avec tact, fonctionne comme une homélie : elle instruit l'assemblée profane en la piquant, elle rappelle à l'ordre sans jamais rompre la communion. Rien n'est laissé au hasard dans cette liturgie de l'apparence, pas même le silence.
Charles Baudelaire lui-même, quand il en vient a décrire les dandys, ne peut se retenir de basculer dans le lexique du sacerdoce : « Pour ceux qui en sont à la fois les prêtres et les victimes, toutes les conditions matérielles compliquées auxquelles ils se soumettent, depuis la toilette irréprochable à toute heure du jour et de la nuit jusqu'aux tours les plus périlleux du sport, ne sont qu'une gymnastique propre à fortifier la volonté [...], je n'avais pas tout à fait tort de considérer le dandysme comme une espèce de religion ».
Mais Jules n'est pas seulement le théologien qui écrit de l'extérieur les Écritures d'une religion à laquelle il n'appartiendrait pas. Il en est aussi le premier apôtre, celui qui met sa propre vie en conformité avec le dogme qu'il a lui-même formulé. Fondateur et fidèle, législateur et pratiquant, theologien et croyant : Jules occupe simultanement toutes les fonctions, jusqu'à devenir lui-meme, pour la postérité, une figure de référence CF. Monsieur de Bougrelon de Jean Lorrain.
Ce n'est sans doute pas un hasard si ce même homme devient, plus t**d, le défenseur le plus intransigeant du catholicisme. Barbey n'a pas cessé de croire.
Pour aller plus loin sur cette dimension religieuse du dandysme chez Barbey d'Aurevilly Julien Sapori vient de publier un article qui prolonge notre table ronde de samedi.
À lire ici : https://blogjulesbarbeydaurevilly.eklablog.com/2026/08/la-dimension-religieuse-du-dandysme-chez-barbey-d-aurevilly.html
Crédits :
Vidéo : ©Juliette MEURIE
Texte : Juliette MEURIE