10/11/2025
J’ai vu récemment 2 spectacles, à une semaine d’intervalle. Le premier c'était une conférence gesticulée de Maelle Bulle sur le sujet de la grosso phobie dans un café bistro de Lanloup, le «kabellig ruz ». Le second c'était dans une très grande salle à Lannion avec 1800 spectateurs, un spectacle époustouflant, humour décapant de Laura Laune. Je ne m'attendais pas du tout à ce que chacune des artistes parle de la violence conjugale, ni à ce qu'elles remercient les artistes qui ont témoignées. Ni à ce que cette humoriste témoigne dans le cœur même du spectacle, avec ses mots, son art, de son expérience personnelle, et pourtant c'est ce qui s'est passé.
Je me suis demandé pourquoi une artiste si connue se dévoilait, là sur sa tournée, car elle pouvait traiter le sujet sans parler d'elle et pourtant c'est ce qu'elle a fait. Et elle l'a expliqué, elle a dit qu'elle témoignait parce que c'est le témoignage d'autres femmes qui lui ont permis de comprendre ce qu'elle vivait à cette époque-là, et de là la possibilité de s’en sortir... Et en fait c'est vraiment cela, c’est cette chaîne de de témoignages qui permet l'émergence de la compréhension de ce qui se vit dans le huis clos du drame de la violence conjugale. Et ce n’est pas rien, parce que la violence conjugale puise sa force dans ce huis clos, ses non-dits, ses interdits, conséquence de l'emprise d'une personne sur une autre.
Il faut dire que dans ce drame le fait souvent le moins bien comprise par « la société » est souvent celui-ci : pourquoi la femme (ou l’homme) sous emprise ne part-elle pas ???
Est- ce que vous partiriez vous si facilement, si, en conséquence de cet acte qui semble si simple, l’on menaçait de brûler votre maison, de jeter vos animaux par la fenêtre, de démolir votre réputation professionnelle, de vous tuer, d’attenter aux êtres qui vous sont chers ?...Et la liste est bien longue ! Et avant cette étape ultime où il est de toute évidence question de vie ou de mort, est-ce que vous partiriez sans vous être rendue compte encore de la toile d’araignée entrain de se tisser autour de vous, sabotant lentement votre confiance en vous, votre discernement, vous écartant de vos amis, vous rendant petit à petit totalement vulnérable et à la portée de la personne qui partageant votre vie, devient votre agresseur, au cœur même de votre foyer, lieu de ressourcement, d’intimité, de construction, de sécurité ? Bien souvent la victime ne se rend pas compte du piège dans lequel elle est en train de tomber, et parfois c’est malheureusement irréversible… Alors oui il est important d’en parler, car statistiquement, sur la partie visible de cela, 1 femme sur dix est concernée, et les enfants sont impactés, la famille est impactée, la société est impactée. Les violences conjugales créent un climat de peur, voire de terreur, et les enfants qui vivent cela dans leur foyer sont touchés à leur tour, violemment, insidieusement, avec des conséquences sur leur développement affectif, leurs capacités d’apprentissages, leur santé qui peuvent être catastrophiques.
Le sujet n’est pas « léger ». Ce ne n’est pas « juste une dispute » … c’est sérieux.
J’ai créé le spectacle de marionnettes PAS SEUL pour parler de cela, parce qu’on me l’a demandé, en juin 2017, dans le cadre des ateliers thérapeutique de groupe que je proposais à ce moment-là avec l’outil marionnettique, en tant qu’art-thérapeute. C’était un « hasard » cette demande du centre socio culturel de Paimpol, à l’aube d’un mois de novembre, pour proposer une action de prévention des violences intrafamiliales vers les enfants en scolaire. Finalement la demande s’est précisée : prévention des violences conjugales. Ok, oui je leur ai dit que le sujet me parlait, j’y étais sensibilisée… Pour la création j’ai recueilli nombre de témoignages, regroupé des statistiques, confronté le scénario avec des personnes qui ont été concernées… »
J’ai souhaité apporter un récit de famille le plus limpide possible, sans tricher, pour que les enfants dès 7 ans puissent comprendre l’histoire, pour que les adultes puissent se saisir des passages dans l’accompagnement des enfants.
Je n’avais pas imaginé à quel point les adultes seraient touchés par ce spectacle. Ni les levées d’amnésie sur des violences sexuelles anciennes que cela provoquerait pour certains. Ni la mise en route de procédures de dépôts de plaintes pour d’autres. Ni la gratitude ou le soulagement pour avoir cette possibilité de parler du sujet, de le confronter entre amis, en famille, en milieu scolaire. Ni ces nombreux MERCI des enfants, souvent ceux qui sont concernés, pour avoir amené ce sujet à eux, en public, en dehors du huit clos, de la peine, de la culpabilité, de la peur, de la solitude. Ni la crainte de nombreux adultes de ne pas savoir quoi faire, de ne pas savoir bien faire quand une situation est détectée. Assurément je ne savais pas cela avant.
Dans ce spectacle de 45 minutes sont abordés le cycle de la violence et actés les différentes étapes de l’emprise. Et sont intégrés aussi les sujets de l’alcool, de l’intervention de la police, de l’importance de la personne ressource, de la manipulation, du chantage, de la place de l’enfant … avec une fin en espérance, car oui c’est possible de s’en sortir !
« TOUT Y EST » m’ont dit les professionnelles de la prévention, à ce moment où je soumettais une dernière fois ce scénario à leurs avis expérimenté sur ce sujet. J’ai « juste » mis de côté l’allusion ‘indirecte’ au sujet des violences sexuelles, cela commençait à faire beaucoup pour un seul spectacle
Aujourd’hui j’ai fait un chemin, j’ai confiance en moi, en mes capacités, je sais qui je suis, je sais que je peux accompagner d’autres femmes ou hommes qui ont vécu cela, je le fais déjà, en tant que thérapeute, en tant qu’amie, en tant qu’artiste, en tant que femme.
Et l’écho de ces deux artistes continuent de résonner en moi, comme un appel : Géraldine allez, ton expérience peut aider les autres, tu as les outils pour accompagner des personnes sur le chemin de la guérison, de la liberté et de l’espérance. Va s’y. Fais tourner ce spectacle, plus que ça , en tout public aussi, là où il sera utile, là où il fera parler, réfléchir, se réparer… Invente une autre forme autour de ces sujets, continue…Laisse ta créativité se déployer, propose des ateliers…t’arrête pas ….. Merci Maelle , merci Laura, pour cette belle synchronicité !
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