16/06/2026
Sur cette photo se trouvent les outils indispensables à la gravure de sceaux :
pierre à graver,
étau de bois,
burin de métal,
crayon de papier,
gomme,
encre de Chine,
pinceau chinois aux poils de martre,
pierre à encre,
support pour pinceau,
papier Xuan,
pâte à estamper.
Et pourtant, lorsque je les regarde...
ils cessent d’être de simples objets.
Ils deviennent des présences.
Je me souviens d’une après-midi à Pékin, dans le quartier de Liulichang, avec mon professeur de gravure de sceaux et un étudiant suisse devenu un ami.
À Liulichang : achat de pinceaux, de papier de calligraphie Xuan, de burins, d’encre de Chine liquide et de pierres à encre.
Mais ce que je garde en moi n’est pas la liste de ces matières.
C’est une atmosphère.
La lenteur des gestes dans les boutiques.
La familiarité entre mon professeur et les commerçants.
Les regards qui se reconnaissent.
Les échanges qui ne commencent jamais vraiment, parce qu’ils se prolongent depuis longtemps déjà.
Chaque lieu semblait être un point vivant dans un réseau d’amitiés tissé autour de l’art.
À cette époque, je croyais apprendre un savoir-faire.
Je ne voyais pas encore ce qui se transmettait en silence.
Aujourd’hui, je comprends.
On n’apprend pas seulement à graver.
On apprend à entrer en relation.
Avec une matière.
Avec une tradition.
Avec des êtres.
Et lorsque je grave un sceau, quelque chose s’ouvre en moi.
Une sensation discrète, presque ancienne...
Comme si mes mains retrouvaient une mémoire plus large que moi.
Le bois de l’étau, les poils de martre du pinceau, la pierre à graver, la pierre à encre, l’encre issue du végétal…
Tout cela ne sont plus des outils.
Ce sont des formes du vivant.
Et dans ce dialogue silencieux avec la matière, je me sens à la fois profondément ancrée… et reliée à quelque chose de plus vaste.