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02/08/2026
27/03/2026

CONNAISSEZ-VOUS LE CHRISTOFASCISME ?
MOI NON PLUS… JUSQU’IL Y A PEU

FAUT-IL RALLUMER LES BÛCHERS POUR LES FEMMES ?

Extrait d’une émission :
« Nous devons recommencer à brûler des femmes vives davantage. Quand elles sont reconnues coupables de crimes, évidemment.
Pas des actes de violence aléatoires, mais…
Rappelez-vous qu’au Moyen Âge, je l’ai déjà dit dans l’émission, quand des femmes étaient considérées comme des sorcières, que leur arrivait-il ?
Elles étaient brûlées vives.
C’était un phénomène bien réel. »

(Source : https://www.fascism.link/p/maga-nazis-want-to-ban-women-from?utm_source=substack&utm_medium=email
allez voir à la minute 7:30)

Ahurissant, non ?

LE RETOUR D’UN IMAGINAIRE PUNITIF

Eh oui, il y a bien des mots qui nous semblaient inhumés dans les marais de la honte humaine. Que nenni. Ils ressurgissent tels des spectres dans l’espace public. Ils ne surgissent pas du néant. Rien d’un simple excès de langage. Ces mots trahissent un déplacement plus profond des repères. La « sorcière » en fait partie. Cette sorcière qu’on croyait reléguée dans les bas-fonds de l’histoire, dans ces siècles où la peur tenait lieu d’ordre. On la pensait reléguée aux nuits de l’histoire, à ces temps où la peur faisait loi. La voilà qui revient, non comme réalité, mais comme accusation, comme arme, désignant à nouveau celles qu’il faut contenir, celles qu’il faut faire taire.

Je n’en croyais ni mes oreilles ni mes yeux en découvrant une vidéo relayant des propos tenus dans certains cercles politiques ou médiatiques américains. Il faudrait « recommencer à brûler des femmes ». Je n’ajoute rien. Le verbatim est là. Brut. Vous ne me croyez pas ? Découvrez par vous-même.

DE LA SORCIÈRE À L’ORDRE SOCIAL

Mon premier réflexe serait de classer cette assertion immonde parmi les outrances que personne n’écoute et sans portée autre que métaphorique. Ce serait rassurant. Ce serait aussi une erreur. Car la sorcière, historiquement, n’était pas une fantaisie. Elle désignait celles qui excédaient la place qui leur était assignée. La violence exercée contre elles ne visait pas à juger un crime, elle cherchait à rétablir une hiérarchie.
Comme l’a montré Silvia Federici, théoricienne du travail reproductif, les bûchers n’étaient pas une folie collective, mais un instrument politique au service d’un ordre social en recomposition.

Ce mécanisme n’a pas disparu. Il a changé de forme. Il s’est déplacé, s’est installé dans le langage, ce qui reste souvent une manière plus efficace de durer.
Mona Chollet, qui a contribué à réhabiliter la figure contemporaine de la sorcière, le rappelle : celle-ci continue aujourd’hui de désigner celles qui dérangent, celles qui pensent, qui parlent, qui échappent.

UNE IDÉOLOGIE QUI REVIENT PAR DÉTOUR

On peut y voir, pour reprendre les termes de Curtis Yarvin, une résurgence de ces « lumières sombres » qui contestent l’égalité au nom d’un ordre jugé plus stable. On peut aussi y lire la montée d’un masculinisme qui ne se cache plus.

Dans cette reconfiguration, certaines figures jouent un rôle charnière. Peter Thiel, dont l’influence sur une partie du conservatisme américain est considérable, écrivait dès 2009 qu’il ne croyait plus à la compatibilité entre liberté et démocratie, ajoutant que l’extension du suffrage, notamment aux femmes, en compliquait l’équilibre.

Rien de tonitruant. Une phrase posée. Et pourtant, une idée redoutable : l’égalité politique comme problème.

Dans un registre plus direct, on entend désormais, dans certaines émissions, cette question qui n’en est plus vraiment une : « How is it that we allow women to vote? »
La forme diffère. Le fond demeure.

LA NATURALISATION DE L’INÉGALITÉ

Les milieux évangélistes les plus influents apportent à cette vision une structure morale. On sait à quel point ces milieux pèsent sous Trump. Ces évangélistes n’appellent pas frontalement à l’inégalité, ils réinstallent les rôles dans un ordre présenté comme naturel. L’homme guide. La femme soutient. Elle doit soutenir.

L’asymétrie hiérarchique est bien là, constante, solidement ancrée.
Comme l’a montré Geneviève Fraisse, spécialiste de la pensée de l’égalité entre les sexes, cette « naturalisation » est précisément ce qui rend l’inégalité difficilement contestable.

QUAND LE MASQUE TOMBE

Dans les courants les plus radicaux, qui ne sont pas les moins suivis, le ton dépasse tout entendement.

Dans la vidéo déjà citée, à la minute 6:50, il est dit :
« C’est l’ère du nationalisme chrétien. Le nationalisme chrétien est en plein essor, et les gens en ont soif. Ils en sont avides. Et nous sommes les talibans chrétiens. Et nous ne nous arrêterons pas tant que La Servante écarlate ne sera pas une réalité. Et même pire que cela, pour être honnête… Oui, nous devons commencer à revenir en arrière. »

Retourner en arrière, au bon vieux temps, marqueur de droites identitaires adossées aux religions.

NOMMER : LE CHRISTOFASCISME

C’est ici que l’expression de christofascisme prend sens. Le terme n’est pas une invective improvisée, il a une histoire intellectuelle et théologique, notamment chez Dorothee Sölle, figure d’un christianisme critique du pouvoir, qui l’employait pour désigner l’alliance entre religion instrumentalisée et logique autoritaire.

Il ne s’agit pas de viser les croyants. Il s’agit de nommer un phénomène précis : la fusion entre un projet autoritaire et une justification religieuse, où la hiérarchie devient indiscutable parce qu’elle est présentée comme voulue.
Christine Delphy, cofondatrice du Mouvement de libération des femmes, l’avait formulé clairement : ce qui se présente comme naturel est presque toujours politique.

Dans ce cadre, la religion cesse d’être un espace intime pour devenir un outil d’organisation du pouvoir.

L’ACCÉLÉRATEUR : TRUMP

Donald Trump n’est pas le théoricien de cet ensemble. Il en est l’accélérateur. Là où d’autres écrivent, il agit. En banalisant la disqualification publique des femmes, « on les prend par la ch**te », « tais-toi, truie », il installe une norme. Il rend acceptable ce qui ne l’était plus.
Comme le souligne Valérie Rey-Robert, qui analyse les mécanismes contemporains de la violence sexiste, cette brutalité verbale n’est pas un dérapage, elle fonctionne comme une pédagogie sociale.

Il ne construit pas un système. Il le rend visible. Il le rend surtout praticable.

LA CONTAMINATION DU RÉEL

Ces mots, au-delà de leur vulgarité, ne restent pas suspendus dans l’air. Ils entrent dans nos vies. Ils ouvrent une porte, comme ces démarcheurs insistants qui finissent toujours par trouver une faille.

Ce processus ne reste pas confiné aux États-Unis. L’entretien accordé au Monde par Francis Dupuis-Déri, spécialiste des mouvements masculinistes, le montre avec une clarté presque désarmante. Il observe que « les garçons sont plus misogynes qu’ils ne l’étaient » et que « les premières à en pâtir, ce sont leur mère et leurs sœurs ».

On n’est plus dans la théorie. On est dans le quotidien.

Dans certaines classes, des élèves expliquent désormais à leurs enseignantes qu’elles seraient mieux « à la maison ». Ils contestent l’égalité. Ils citent des figures comme Trump ou des influenceurs masculinistes. Ils ont surtout le sentiment d’être du côté des puissants.

UNE DYNAMIQUE QUI DÉBORDE

C’est peut-être cela, le point le plus préoccupant.

Le lien n’est pas mécanique. Trump ne dicte pas ces comportements. Il les rend pensables. Il leur donne une forme de légitimité. Il incarne une manière d’être au monde où la domination devient un signe de force.

Ce qui se joue ici dépasse la seule question des femmes. La misogynie sert de terrain d’essai. Elle teste la capacité d’une société à accepter l’inégalité, la disqualification, la mise à l’écart. Ce qui est admis là peut ensuite s’étendre ailleurs.
Wendy Brown, qui a étudié la fragilisation contemporaine des démocraties, avait déjà montré comment l’érosion des normes ouvre la voie à ce type de basculement.

UNE DÉRIVE QUI S’INSTALLE

C’est en cela que le christofascisme ne relève pas d’une simple dérive. Il constitue un mode de recomposition politique. Il ne surgit pas brutalement. Il s’installe lentement, par glissements successifs.

On parle souvent de la « fenêtre d’Overton ». Plus le propos extrême est exprimé, plus ce qui l’était un peu moins devient acceptable. Et ce mouvement ne s’arrête pas de lui-même.

ET L’EUROPE ?

On aurait tort de croire que l’Europe est à l’abri. Les idées circulent. Les modèles aussi. Les démocraties, même anciennes, ne sont jamais immunisées contre ce type d’érosion.

Le plus inquiétant ne tient pas à la violence des discours les plus radicaux. C’est leur banalisation. Leur capacité à redessiner, sans bruit, les limites de ce que nous jugeons acceptable.

LE MURMURE QUI FAIT BASCULER

On pense parfois que l’histoire change dans le fracas. En réalité, elle bascule souvent dans le murmure. Une phrase répétée. Une idée tolérée. Une fatigue qui s’installe. Des mots outranciers que l’on croit lancés aux vents et qui finissent par embraser.

Et souvent proférés par des personnes aux profils apparemment « respectables », au costume bien taillé.

Pourtant, un jour, sans que l’on sache très bien quand cela a commencé, ce qui était impensable devient discutable.

UNE CONTRE-RÉVOLUTION EN MARCHE

Telle est l’extrême droite, tel est le fascisme, tels sont les courants néoréactionnaires, telle est la contre-révolution culturelle en marche. En France, en Belgique, au Canada. Partout. Hideux.

Rudy

QUELQUES SOURCES

Brown, W. (2019). In the ruins of neoliberalism: The rRudy Demotteof antidemocratic politics in the West. Columbia University Press.

Chollet, M. (2018). Sorcières : La puissance invaincue des femmes. Zones.

Delphy, C. (2001). L’ennemi principal. 1 : Économie politique du patriarcat. Syllepse.

Dupuis-Déri, F. (2018). La crise de la masculinité : Autopsie d’un mythe tenace. Remue-ménage.

Federici, S. (2004). Caliban and the witch: Women, the body and primitive accumulation. Autonomedia.

Rey-Robert, V. (2019). Le sexisme, une affaire d’hommes. Libertalia.

Sölle, D. (1981). Beyond mere obedience: Reflections on a Christian ethic for the future. Pilgrim Press.

Thiel, P. (2009). The education of a libertarian. Cato Unbound.

Yarvin, C. (2007–2014). Unqualified reservations [Blog].

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