Dans un contexte où nos dirigeants ont décidé de rendre le vaccin obligatoire pour nos soignant.e.s, le est allé interroger une cinquantaine de professionnel.le.s et résident.e.s de l'Ehpad Saint-Jacques de Rosheim.
Des témoignages à découvrir dès la semaine prochaine ici-même et lors du lancement du site regroupant l'ensemble des témoignages collectés maintenant depuis 15 mois.
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Projet réalisé avec le soutien de Toute l'Alsace
13/12/2020
“AMOUR”
Ismail, Compagnon d’Emmaüs - Scherwiller, août 2020
"J'ai spécialement choisi ce mot parce que pendant le premier confinement j'ai tout simplement fait la connaissance d'une charmante fille c'était par pur hasard sur les réseaux sociaux on était de simple amis au début et avec le temps on s'est aperçu qu'on avait plusieurs points on communs et ça a fini par être sérieux entre nous deux. Cette relation nous a permis à nous deux d'oublier le quotidien lassant du confinement. C'est pour dire que même en quarantaine on peut trouver l'amour
Ce que cette crise sanitaire à changer en moi, je dirai bien qu'elle m’a permis d'être plus patient et reconnaissant aussi”
11/12/2020
“DEÇU”
Tibi, Compagnon d’Emmaüs - Scherwiller, août 2020
“Déçu - I think everybody feels the same when there's this word around.
But to my opinion, a person can be disappointed to his own self also.
That's why I decided to choose this word to my "Covid19" mask.
During to a too long time of the lockdown I saw many details which was "unseen" for me before. I knew about it like all of the human, but when the eyes are used to see the same sujets, things become "numb" or I can say "unseen".
For example, washing hands after each of the action during the day. We used to wash yes sure, but not in like this frequently.
As for me, I was more disappointed when I go for a walk in the forest. The same time I was happy, it was beautiful feeling, like a "freedom" to be in a nature. And I felt disappointed because until now I didn't notice how nice is the world and that it needs a care.
Let say that I got disappointment and regret feelings together, why I didn't give attention to it…
This disappointment pushed me to do and care more. It's a first time in my life when I didn't get any simple fever or la grip during the whole year.
It changed the style of my everyday activities. Like washing hands too often, using hand "solution", cleaning room double often than before and all the hygiene style.
Then, again it gave me a disappointment. I asked to myself: ,,What if the world used to be like this since before? Maybe the length of the life would be longer? Less diseases, less sickness, maybe even no black plague? I thought many things.
Finally I felt disappointed in total, but still happy because if not disappointment, maybe I still couldn't notice the most important details.”
07/12/2020
“CONFIANCE”
Mathilde, pigiste - L’Euroasis Strasbourg, août 2020
“A peine le confinement commencé, c'est un triste spectacle que j'observe depuis ma fenêtre. Si le soleil fait son retour en même temps que les annonces gouvernementales, je sais que ce printemps sera difficilement celui de l'optimisme. Aux côtés de la pandémie qui prend ses aises dans le pays, j’aperçois ceux qui s'enlacent en bas de chez moi, ceux qui continuent de recevoir chez eux, ceux qui faisant fi des mesures recommandées, remplissent le coffre de leur voiture de farine et autre papier toilette. Eux même qui sortiront applaudir le soir même des « héros » dont ils auront bien vite oublier l'existence. La confiance en mes paires, déjà abîmée par ceux que je regardais jeter mégots et sacs de fast-food dans ma rue, prend congé, s'effritant peu à peu.
Paradoxalement, la confiance en moi a, elle, décidé de se redessiner une place à mes côtés. Tandis que les jours passent, je me mets au défi de publier chaque jour trois photos de mon quotidien sur les réseaux. Des photos d'instants futiles, de détails qui nous entourent chaque jour mais qu'on ne voit plus. Pour la première fois je dévoile mes images, après des années à les garder secrètes. Je m'expose à la critique mais surtout au regard bienveillant d'inconnus qui m'encouragent à continuer. Confinement ou pas, le printemps c'est finalement la saison du renouveau. Alors celui-ci m'insufflera la confiance de changer de voie. Ou plutôt d'écouter celle, avec un x, qui me parle depuis longtemps, en faisant de mon boîtier mon meilleur allié.
Ce confinement est donc bien celui de la confiance, celle qui s'efface et celle qui s'installe.”
05/12/2020
“ESPERANCE”
Fabrice, Oasis Multikulti Mietesheim - août 2020
“L’espoir est sans doute nécessaire à l’homme pour qu’il surmonte les épreuves que la vie lui impose. Mais l’espérance, c’est autre chose…
L’espoir est de dimension humaine, relatif à son existence matérielle, émotionnelle, intellectuelle. Il est tourné vers un avenir situé dans une vie humaine et révèle une certaine confiance dans les forces bienveillantes de la vie, mais aussi dans les ressources de l’être humain. L’espoir est modeste, mais il donne une force herculéenne.
L’espérance est d’ordre transcendantal, voire religieux, proche de la foi, mais elle n’est pas seulement d’ordre divin. C’est une relation avec les forces qui nous dépassent, celles de la Vie avec un grand V. L’espérance est plus profonde que l’espoir, et plus ancrée et constante car non liée aux évènements, contrairement à l’espoir auquel on a recours quand c’est nécessaire.
J’ai choisi ce mot car cette période, même si difficile à vivre, a révélée en moi non pas de l’espoir mais véritablement quelque chose de plus profond : l’espérance. Je dis révéler car ce sentiment était déjà bien présent mais il a pu se révéler en moi grâce à ce confinement qui a été une réelle introspection au plus profond de moi. J’ai pu avec cette période me détacher encore un peu plus des choses matériel et découvrir ou redécouvrir ce qui est vraiment essentiel à notre vie comme les relations familiales ou amicales, la spiritualité et l’écoute de soi.
Je voulais un mot positif car pour moi, même si on entend ici ou là des choses alarmistes, je crois en la nature humaine et en l’adaptation de l’humain à beaucoup de chose avec le temps. J’étais malgré tout content que cette mascarade capitaliste non respectueuse de l’humain s’arrête et soit à genoux. Chose pour laquelle je lutte depuis de nombreuses années avec d’autres mais qu'un petit virus venu de notre ami le pangolin a réussi à faire. Pangolin power!
Je sais que cette pandémie va nous coûter en vies humaines (d’où cette tache de sang sur l’accent de espérance) et mes mots ne sont pas un irrespect pour les victimes. Mais « la révolution n’est pas un dîner de gala » (Ludwig von 88) et donc bien sûr il y aura un prix à payer… mais j’ai l’espérance que nous en sortions gagnant pour la vie et la vrai, pas aliéné par qui ou quoi que ce soit! Aussi pour notre chère planète et notre Terre nourricière.”
03/12/2020
“RAGE”
Laetitia, soignante - août 2020
“Le mot rage est intéressant pour parler de mon ressenti face à cette période « COVID »
La référence à cette maladie contagieuse et mortelle qui se transmet par la salive me paraît clairement adéquate.
La rage, où le sujet atteint présente une agressivité impressionnante, est bien représentatif de mon état de colère traversé pendant cette période.
Cette rage ressentie à travers mon statut de soignante m’a permis de trouver la force suffisante pour continuer mon « job » .
Elle m’a permis de rester en accord avec mon identité professionnelle
De pouvoir ainsi défendre mes valeurs et mon intégrité qui me sont indispensables.
C’est une colère intense ressentie face aux dysfonctionnements d'organisation du « système » et en particulier du système de santé, cette désagréable sensation d'avoir été à un moment amené à un état sacrificiel.
"on ne sait pas gérer cette situation, allez au front pendant que nous on se retire et on réfléchit »
Devoir faire face à cette réalité d’inaptitude générale, à cette situation de crise en rajoutant une atmosphère d’affolement nationale.
Devoir faire face aux angoisses des patients, des collègues, à ses propres angoisses…
C’est violent !
Je me souviens de cette sensation de travailler à l'aveugle et de réfléchir dans l’urgence à comment réutiliser par exemple du matériel à usage unique pour tenter de protéger au mieux nos patients du risque infectieux
Je me souviens également de l'arrivée d'étudiants infirmiers sortis des IFSI pour renforcer les équipes soignantes en manques d'effectif.
Je me souviens de ses visages apeurés, angoissés venus en masse dans des services où ils devaient occuper un poste d’infirmier sans y être préparé.
Je me vois leur dire avec désarroi alors que la COVID circulait dans le service que:
" la consigne ici c’est de ne pas porter de masque, pas parce que ce n'est pas nécessaire mais parce que nous n'en avons pas"
Je me rappelle également très bien avoir eu dans mon service suffisamment de masques le jour où les supermarchés ont commencé à les vendre à la population.
Et puis il a fallu dans un second temps appliquer des procédures écrites en urgence dans des bureaux. Sans suffisamment considérer et prendre en compte l’expérience des professionnelles de terrains. J’invite tous les bureaucrates à se déplacer auprès des équipes de terrain.
A prendre du temps dans leurs heures de travail pour parler avec nous afin de mieux comprendre les enjeux qui se jouent ici sur le terrain. Il faut repenser cette relation professionnelle de manière plus égalitaire et plus juste pour être plus efficients.
Non, il n’est pas satisfaisant de nous balancer des tonnes de procédures difficilement lisible, qui changent toute les semaines, et de considérer que cela suffit comme participation et que vous avez fait votre job.
Il est d’un sentiment plus que détestable par exemple de se voir reprocher par la hiérarchie des temps de relecture des procédures lorsqu’une situation demande son application.
Ce qui a changé dans ma réflexion:
Une envie de prendre plus soin de moi.
De me protéger contre cette violence que suscite cette crise sanitaire.
De redéfinir mes projets professionnels.”
01/12/2020
“SOUVENIR”
Cléo, habitante de Weislingen - L’Epicentre
Portrait du 16 juillet 2020, texte: novembre 2020
“J’ai choisi le mot ´ souvenir ´ lors du premier confinement, car on se souviendra de cette période pendant longtemps...
C’est une période qui nous a tous marqué d’une façon différente pour chacun. Moi, en mai dernier, j’utilisais ce mot positivement parce que malgré les inconvénients, c’était une période où il fallait être soudé, où on a ouvert les yeux sur beaucoup de choses, ça m’a appris à être autonome et où j’ai pu passer plus de temps avec ma soeur et avec ma famille, il fallait s’adapter et je pense que j’ai réussi, enfin bref je n’ai pas un mauvais souvenir de cette période.
Maintenant, je prends ce mot avec un autre angle, moi qui suis lycéenne, je me souviendrais de cette période comme celle qui a gâchée « mes plus belles années ». Je me souviendrais du stress par rapport au cours, à la transmission du virus et tout ça que cela a engendré chez moi.
La crise sanitaire a changé beaucoup de chose sur ma réflexion, suite à la mauvaise organisation du lycée pendant cette période (1er confinement ) j’ai décidé de m’inscrire en tant que représentante du lycée pour avoir mon mot à dire. J’ai aussi pris le temps de m’informer sur plusieurs sujets comme l’environnement, le climat, etc.. Et enfin j’ai vu que dans les moments difficiles, très rapidement les gens sont soudés, il y aura tout le temps quelqu'un là pour t’aider et qu’on est pas tout seul !”
29/11/2020
“FACILITE”
Florian, étudiant à l'École Brassart Strasbourg - octobre 2020
Photographie par Julien R.
“J'ai choisi le mot facilité car c'est le ressenti que j'ai eu pendant cette crise sanitaire. Avant le confinement j'avais déjà l'habitude de rester chez moi pour dessiner et parler à des amis qui habitent très loin de moi. C'est avec facilité que j'ai pu donc garder contact avec eux, la nouvelle Zélande c'est loin et le décalage horaire rend d'autant plus compliqué la communication. J'ai également eu mon bac avec beaucoup de facilité. Pas de stress d'épreuve. J'avais déjà bien anticipé en travaillant en cours, le contrôle continu n'a donc pas créé de problème pour moi.
Le confinement n'a pas changé grand chose dans ma réflexion. Cependant je me suis rendu compte que lorsque c'est vraiment nécessaire, le gouvernement est capable de changer les choses. Mais il a fallu une crise sanitaire mondiale pour s'en rendre compte.”
28/11/2020
“INTROSPECTION”
Axelle, étudiante à l'École Brassart Strasbourg - octobre 2020
Photographie par Hortense
“J’ai choisi le mot introspection car pour moi, le confinement a été l’occasion de me concentrer sur moi-même. J’ai pu découvrir de nouvelles passions, des choses que j’aurais voulu essayer bien avant mais je ne m’étais jamais laissé le temps.”
27/11/2020
“PRESSION”
Louise, étudiante à l'École Brassart Strasbourg - octobre 2020
Photographie par Marylou J.
“On peut dire que grâce au confinement et à la pandémie j'ai appris à gérer le travail demandé dans un temps imparti, ainsi que les informations déversées sur différents médias. Depuis, j'essaie de prendre le positif de tous ses évènements, et à ne pas hésiter à demander de l'aide.
J'ai choisi ce mot car il résume bien les premières semaines de mon confinement. Cette pression est due au travail que j'ai dû fournir pour mon lycée et le conservatoire où je devais préparer un examen.”
26/11/2020
“LIBERTE”
Djibril
Photographie et texte par Eno de l'École Brassart - octobre 2020
“Qui dit confinement peut sous-entendre l’isolement, la solitude voire même l’ennui. Des sentiments qu’on a tous, ou du moins une bonne partie de la société senti et ressenti à partir de ce 15 mars 2020. Pour la première fois notre vie quotidienne s’est vu mise sur pause. Et ce invariablement de notre fonction, appartenance ou autre.
Obligés de rester chez nous pour le bien de tous, on a su adapter nos routines hebdomadaires à la mesure en vigueur. Ainsi pour moi, paradoxalement « confinement » rime aussi bien avec « liberté ». Car, d’un point de vue étudiant, pendant le confinement j’ai pu trouver du temps pour faire des activités que je ne songerais pas de pratiquer avec mon rythme habituel. De plus, j’ai pu me reposer et passer des bons moments de famille. De ce fait, je peux dire que le confinement était donc libérant de mes routines.
Par ailleurs, ce que j’ai retenu de cette crise sanitaire, c’est qu’il faut être prêts pour des scénarios les plus inattendus voire de l’ordre du monde du cinéma. Pas dans le sens des théories de fin du monde avec des zombies (à l’image de la série américaine « the Walking Dead »), mais plutôt dans le sens où il faudrait travailler et prévoir une certaine indépendance financière (essentiellement) au-dessus de la marge. Pour ne pas être surpris à contre-pied face à des éventuelles crises pouvant ralentir l’économie à l’échelle mondiale.”
25/11/2020
“SPIRITUEL”
Jade, étudiante à l'École Brassart Strasbourg - octobre 2020
Photographie par Julien R.
“Pendant ce confinement, j’ai pu (difficilement) faire la paix avec moi-même, me découvrir, et comprendre qui j’étais grâce à la spiritualité.
J’étais dans un moment (plutôt long de 4ans) de dépression, et la spiritualité m’a énormément aidé.
Je n’ai rien changé dans ma réflexion, parce que je voyais déjà le monde de cette manière, c’est à dire bancal, avec énormément de défauts.”
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[Photographie] “écrire avec la lumière”.
Garder une trace de cet événement sans précédent, en guise de mémoire, surtout en tirer les enseignements, pour ne pas oublier.
“Les filtres utilisés en photographie permettent d'ajuster la température de couleur et de compenser l'exposition, destinée à absorber certaines radiations du spectre en laissant passer les autres.” (source: Larousse)
En situation de crise, chacun·e ses filtres pour rendre la réalité plus supportable, la photographie en est un parmi d’autres.
Se mettre et savoir ses proches en sécurité - Confinement
Ouverture d’Afocalypse now - groupe Facebook - au day 0 du confinement en guise de journal de bord à destination des amis, puis des amis des amis. Chaque image porte toujours un message, le groupe virtuel ainsi rassemblé est un thermomètre social polarisé.
Dès la première semaine, la température monte. Entre comptage des morts, annonces gouvernementales et solitudes collectives, les associations, les initiatives individuelles et solidaires éclosent pour pallier à l’absurde étrangeté de l’évènement.
Dans cette lumière contrastée véridique qui fait briller l’humanisme et marque les ombres, il est essentiel de diriger la colère et rationaliser la culpabilité.
“C’est devient uniquement réel quand ça cogne”: cette nouvelle lumière est crue et brûlante pour les plus précaires, mais c’est également en elle que l’on reconnaît les siens.
Au dernier jour du confinement, les contributeur.trices d’ Afocalypse now ont été interrogé·es sur un mot qui représente pour elleux le contexte actuel et sur ce que cette période leur a apporté comme réflexion personnelle.
Rapidement, la solidarité s’organise - Déconfinement
Un collectif citoyen naît spontanément et prend ses quartiers dans un atelier d’artiste entre la Meinau et Plaine des bouchers. De sa partie émergée, le collectif fait office de groupe de ressources et informations collaborative. De façon plus souterraine, le lieu devient une plateforme logistique et ateliers de couture, une base arrière où se fournissent les associations et collectifs en produits de première nécessité. Ces acteurs pallient à l’urgence et apportent un soutien social aux plus démuni·es, les, “oublié·es”, les “hors-case”.
Premières lignes, veilleurs sociaux, artistes, restaurateur·trices, ou simples citoyen·nes, tou·te·s ces bénévoles passent par ce lieu.
Ils ont eu aussi été interrogés sur le choix d’un mot qui représente pour eux le contexte actuel et sur ce que cette période leur a apporté comme réflexion personnelle. Ils ont placé ce mot sur un masque - issu des chutes des ateliers couture - couvrant leurs visages. Toutes et tous avec l’engagement que ce masque ne devienne pas un bâillon.
Mémento - Ne pas oublier
L’urgence et la stupeur se dissipent peu à peu, laissant place aux discours de l’après, à l’invention de la suite. Comment prendre un élan sans traiter le pendant, comment ne pas interroger l’étrangeté de ce confinement, comment rêver un après si l'événement n’est pas digéré, discuté, débattu, rendu public ? La réponse du projet Mémento est d’être un passeur, d’image et de vécus, un endroit de rencontre et de discussion, un catalyseur des expériences individuelles de cet événement qu’est le confinement. Pour en faire un objet commun, collectif, partagé et partageable.