13/11/2023
Jean-René Douçot (1934 -2023)
C’est avec beaucoup d’émotion que je m’adresse à vous, pour témoigner de tout ce que Jean-René Douçot nous a transmis par son amitié fidèle, sa droiture, sa probité, sa discrète intelligence, sa naturelle humilité et sa bienveillance sans faille.
C’était un jour d’automne en 1983, lorsque Jean-René s’est présenté dans notre atelier de facture d’orgues, à Carpentras, pour simplement nous demander si nous l’accepterions au sein de notre équipe. Il nous disait être passionné par notre métier qu’il aurait aimé apprendre et cela depuis son plus jeune âge.
Il avait 45 ans et venait du monde « Industriel » des laboratoires pharmaceutiques dans lesquels il avait exercé d’importantes responsabilités. Sa décision de rompre avec sa vie professionnelle pour laquelle il était particulièrement apprécié et celle de venir apprendre un nouveau métier était plus que réfléchie, elle émanait d’un homme franc, direct, sans calculs dissimulés, qui nous exposait simplement son désir de nous être utile. J’ai été personnellement immédiatement séduit et convaincu par cette étonnante requête. Son intégration parmi nous s’est faite naturellement, nous l’avons tous immédiatement estimé et cela modifia nos propres habitudes, et surtout les mauvaises ! Apprendre un nouveau métier à 45 ans n’est pas chose facile, mais Jean-René Douçot était d’une intelligence vive et l’acquisition des usages et des gestes propres à la facture d’orgues s’est rapidement démontrée, précise, soigneuse et efficace. Par son discernement particulièrement affûté il est peu à peu devenu indispensable à la bonne gestion financière de l’entreprise. Par sa grande culture générale et musicale, il contribua considérablement à forger l’image et la réputation de notre atelier auquel il avait été confié d’importantes restaurations d’orgues classés monuments historiques.
C’est justement à l’occasion de la grande reconstruction de l’orgue de l’ancienne abbaye de Sainte Croix de Bordeaux construit par le moine Bénédictin, facteur d’orgues Dom-Bedos de Celle, que Jean- René Douçot s’est révélé être un artisan, je dirais plus précisément un « Oeuvrier » exceptionnel. Il s’était investi sans réserve dans ce travail de restauration lequel s’étala durant 11 années et nécessita environs 35 000 heures de travail, instrument mythique, l’un des témoins de ce qu’il s’est édifié de plus beau au 18e siècle en matière de facture d’orgues.
Pour cette tâche hors de toutes mesures, il fallait des capacités d’analyse indispensable pour la compréhension du matériel ancien, en déduire des pistes de réflexion afin de prendre les décisions les plus pertinentes, décrypter aussi tous les documents d’archives pour parvenir à une restitution authentique. Toutes ces qualités, Jean-René Douçot les avait, Il était devenu naturellement, « la tête pensante » de notre atelier. Les liens qu’il avait su créer entre nous rendaient tous ceux qui travaillaient avec lui particulièrement performants. L’achèvement de cette grande restauration fut un immense succès et cet instrument dont la réputation mondiale ne cesse encore de s’amplifier représente aujourd’hui l’une des plus belles pièces de notre patrimoine. Ce fut, sans aucun doute pour Jean-René, essentiellement l’œuvre de sa vie.
Jean-René Douçot n’est plus là maintenant, mais il reste éminemment et toujours présent dans nos esprits. Tout ce qu’il nous a transmis, nous le conserverons précieusement pour le léguer à notre tour, à tous nos élèves, tous nos apprentis. Son humanité reste en ce qui me concerne, un modèle de loyauté, d’honnêteté, de sagesse et de fidélité. Nous ne l’oublierons jamais.
Pascal Quoirin-facteur d’orgues