05/07/2026
La grande interview du Gris Fond
Alors que débute la saison estivale, nous avons souhaité en savoir plus sur les projets de la ville de Saint-Brieuc pour la culture. C’est à l’occasion d’un dîner en gris, où nous étions logiquement invités, répétition du dîner en blanc prévu à la rentrée, que nous avons eu la chance de rencontrer un futur spécialiste de la culture à Saint-Brieuc.
Notre interlocuteur a néanmoins souhaité rester anonyme. Nous l’appellerons donc Charles, en hommage à Charles de Foucault, à Saint-Charles, à Charles de Gaulle (au box-office en ce moment) et à tant de grands hommes.
Il nous dévoile, en exclusivité, les enjeux et projets des prochains mois.
Gris Fond :
Merci de nous accorder de votre temps si précieux. Pouvez-vous nous dire en quelques mots ce qui sera la priorité des prochaines années, pour la culture, à Saint-Brieuc ?
Charles : Oui, bien sûr. La priorité devrait être donnée au 100% E.A.C.
Gris Fond : 100% EAC ? L’Education Artistique et Culturelle, c’était déjà la priorité fixée par la précédente municipalité, nous ne nous attendions pas à une telle continuité …
Charles : ne dites pas n’importe quoi, notre PROJET (il se lève et hurle en disant cela), c’est le 100% Expérience Artistique au Centre !
GF : vous pouvez nous en dire plus ?
Charles : c’est un jeu de mot, on aime bien ça nous. Ni gauche, ni droite, nous on ne fait pas de politique. C’est le Centre. Bon, c’est aussi se fixer des priorités, et une seule : le Centre-Ville. C’est une priorité absolue pour attirer des entreprises, de l’argent, des mécènes, des pépètes, des habitants qui paieront enfin des impôts, bref, pour une ville fière, une ville attractive, une ville humaine, une ville sûre …. Il faut a.t.t.i.r.e.r, il faut rayonner.
GF : donc rien à voir avec l’éducation artistique et culturelle alors ?
Charles : un petit peu : on ferait venir des artistes dans les écoles, enfin, celles du centre
GF : pas dans les quartiers ?
Charles : non, non, vous ne m'avez pas compris. Un centre-ville attractif, ce sont des écoles attractives. On mise tout sur les écoles privées, on y installe l'orchestre à l'école qui est aujourd'hui à La Vallée. Et ce qui est génial dans ce plan 100% EAC, c'est qu'on fait mieux avec moins. Nos écoles sont attractives, et donc les effectifs baissent dans les écoles publiques. On les ferme, ça coûte moins cher. On peut alors financer les nouvelles places de stationnement place de la résistance, elles sont nécessaires pour attirer, revitaliser, relancer le commerce. C'est tout bénef. Win-win. Un vrai projet global, enfin. Bien vu, non ?
GF : mais les écoles de quartiers ?
Charles : Ailleurs, on arrête. Il faudrait déjà que dans les quartiers ils sachent lire, écrire et compter.
GF : ...
Charles : entendez-moi bien : il faut attirer, attirer, attirer. Rayonner, rayonner, rayonner. Et pour ça, il faut des évènements importants, en centre-ville.
GF : il y a déjà Art Rock, Shake Art, le festival O les mouettes, … Il en faut plus ?
Charles : il en faut mieux. On va commencer avec un grand festival de street art.
GF : ça existait déjà, non ?
Charles : mais là, c’est pas pareil. Nous, nous allons créer un grand évènement street art dans le centre-ville …
GF : … et dans les quartiers.
Charles : Dans les quartiers ? Non, non, qui y va ?
GF : mais il y a déjà beaucoup de belles œuvres de street art dans les quartiers
Charles : S'il y a des œuvres dans les quartiers, c'est pas bon. Il faut attirer au centre-ville. Ne pas se disperser. Je vais voir avec le ministre de la ville – j'ai son 06 depuis qu'il est venu à st brieuc : on va lancer un grand plan de ravalement dans les quartiers. On efface les œuvres street art, elles risquent de détourner l'attention du centre-ville. On nettoie tout ça, ça ne fera pas de mal.
GF : Donc, finie la culture dans les quartiers ?
Charles : Comprenez bien, on ne peut pas tout avoir. Dans les quartiers, il y a déjà plein de choses. Les plateformes pour écouter de la musique à la maison, les réseaux sociaux. Il y a déjà le cinéma à Brezillet et la Maison St Yves. C'est bien. Maintenant il est important de mettre le paquet sur le centre-ville.
GF : Pensez-vous à d'autres événements pour le centre ville ?
Charles : Bon, Art Rock au centre-ville, ça c'est bien. On envisage d’ailleurs de rebaptiser la grande scène. On verra en 2027, mais on a bien une idée – la scène Edouard Arena.
La course florio aussi, c'est super. J'adore.
Mais il faut aller plus loin. On envisage donc de remonter le Mille. On garde la distance – ils sont forts les saltimbanques pour trouver des bonnes idées, pour faire de la comm percutante, c’est chouette. Donc le Mille, hop, on le remonte, au Jardin de Bellescize. Ce sera plus sympa, plus intime. On s’habillerait en blanc, et on serait juste mille, le gratin, les 1000 leaders qui font Saint-Brieuc. On y réfléchit avec une asso co-présidée par un copain.
GF : heureusement, il restera certains évènements dans les quartiers, à Robien par exemple. On a la chance d’avoir une grande salle plutôt appréciée des briochins.
Charles : non, non, il faut revoir totalement la stratégie. Le business plan n’est pas bon à Robien, ça sent le dépassé, le vieillot, la salle polyvalente de mémé. Donc la Biennale photo de janvier par exemple, hop, en centre-ville aussi.
GF : ça fait des années qu’elle s’organise à Robien et c’est plutôt sympa non ?
Charles : Ça fait des années qu'elle s'organise à Robien ? Raison de plus pour en changer. La ville subventionne l’évènement, il est normal qu'ils répondent totalement à nos valeurs et à Notre PROJET (ndlr : Charles se lève à nouveau en hurlant): revitaliser le centre-ville pour rendre son attractivité à la ville !
GF : ce sera le cas aussi pour la Biennale des Peintres et Sculpteurs ?
Charles : non, non. J'en ai parlé avec des amis. Ce n'est pas possible. Il faut un lieu assez grand, un parking. Les bénévoles maîtrisent totalement l'organisation. Ça fonctionne très bien ainsi.
GF : comme la Biennale photo ?
Charles : non, non, ça n'a rien à voir. Ce sont des peintres et des sculpteurs.
GF : pas de culture sans artistes, comment faites-vous ?
Charles : vous avez raison. Il nous faut des artistes. C'est sympa les saltimbanques, ça anime les rues, et ce sont aussi des consommateurs, c’est important. Il faudrait qu’on les voit plus en centre-ville. Ce sera le Festival A.R.T, en mai. Attractivité, Rentabilité et Traditions. La biennale photo ? Au centre, en mai. Marionnetic ? Au centre, en mai. Robien les Murs ? Au centre, en mai. De beaux Lendemains ? Ils arrêtent de jouer dans les crèches, les centres sociaux ou les lycées pro. Et puis en novembre il fait froid. Alors ce sera en mai.
GF : tout ça en mai, c’est possible dans l’agenda ?
Charles : Oui, dans notre programme on a dit qu'il fallait créer un événement en mai.
GF : il y en a déjà beaucoup
Charles : Et bien tant mieux, on pourra optimiser et baisser les subventions de tous les autres, comme Carnavalo. C'est gagnant gagnant je vous dis.
Le dessert étant servi (nous l’avons bien apprécié – un cookie tout chaud, parsemé de pépites de chocolat blanc), Charles se lève, nous tend sa carte, entame quelques pas de danse, et nous laisse songeur. Avec ce dîner, nous sentons bien que nous avons eu ce soir un échange un brin win-lose.
Photo Mélusine Farille - biennale photographique janvier 2025