17/07/2026
👀 L'ARTICLE complet !
Chronique de Frédéric Potet dans " Le Monde - La France Buissonnière " du 13 juillet 2026
( Un peu de lecture 😉)
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DANS LE CHER, L'ART DU CLOWN CONTRE LE FLÉAU DE LA MORT SOCIALE
Deux artistes, Léontine et Octavio, se rendent chez les plus fragiles pour briser leur isolement d’un rire salvateur et résilient.
Tout, absolument tout se livre désormais à domicile : des livres (à lire), des livres (de pommes de terre), des vilebrequins, des tables de ping-pong, des ratons laveurs (en peluche)… Alors pourquoi pas des tranches de rire ?, se sont demandé Léontine et Octavio, deux clowns sans cirque installés à Saint-Amand-Montrond (Cher), avant de lancer leur projet : rendre visite à leurs spectateurs dans le propre salon de ces derniers, au fil de « tournées » dans des communes du sud du département.
Leur public ? Trié sur le volet : peu d’enfants le composent, mais beaucoup de retraités en perte d’autonomie, de handicapés, de déficients mentaux légers, de malades chroniques et de familles précarisées qui ont en commun de se trouver dans une situation d’isolement.
Les deux membres de la compagnie "La Quincaillerie" font œuvre humoristico-sociale, en collaboration avec les aidants familiaux et les professionnelles de l’accompagnement déjà présentes sur le terrain – auxiliaires de vie, infirmières, assistantes sociales.
L’idée a pris forme dans l’esprit de Béa Védrine alias Léontine, pendant la pandémie de Covid-19. « Nous étions très frustrés de ne pas pouvoir exercer notre métier, raconte la comédienne. Et très inquiets de voir toutes ces personnes isolées qui risquaient de le devenir encore plus avec le confinement. » Une visite à une proche, elle-même isolée, l’a convaincue que l’art du clown avait peut-être un rôle à jouer face au fléau de la « mort sociale ».
"LE CLOWN ANÉANTIT TOUTE BARRIÈRE SOCIALE
Béatrice Védrine n’a pas eu de mal à embarquer dans l’aventure son collègue auguste, Cédric Guignard, par ailleurs moniteur éducateur dans un institut médico-éducatif. Le tandem Léontine et Octavio est né ainsi, sur la promesse d’un rire salvateur et résilient.
Encore fallait-il convaincre les structures en place – associations d’aide à domicile, regroupements d’infirmières, Maison départementale d’action sociale… – que leurs interventions ne viendraient pas parasiter le suivi des bénéficiaires. Et trouver de l’argent, ce qui fut fait notamment auprès du Conseil départemental du Cher, qui a labellisé le projet « pilote », avant que la Fondation de France ne décerne un soutien financier dans le cadre de son opération « Renforcer les liens de proximité en ruralité ».
Depuis leur première intervention, en octobre 2024, les deux amuseurs en goguette ont livré plus de 100 « moments clownesques à domicile, sur-mesure, interactifs et personnalisés », entièrement gratuits de surcroît.
L’improvisation est le fil conducteur de leurs mini-shows, comme ce matin de la fin du mois de juin chez Corinne et Patrice Letertre, 67 ans et 70 ans. Tous deux ont travaillé en établissement et service d’accompagnement par le travail – elle dans la confection de produits de nettoyage, lui dans le cartonnage. La visite des duettistes à nez rouge dans leur petite maison de Saint-Amand est la troisième en six mois.
Fragilisés par des problèmes de santé (œdème pour Corinne, triple pontage pour Patrice), les hôtes exultent et participent au spectacle. On projette de se marier (Corinne avec Octavio, Léontine avec Patrice), d’acheter des bermudas léopard pour l’occasion et de manger des pissenlits – désinhibition à tous les étages ! « Parce qu’il branche son inconscient sur celui de son interlocuteur, le clown anéantit toute barrière sociale. Il n’est pas dans la position dominante d’un sachant, mais dans celle de quelqu’un qui veut simplement créer une relation, ce qui va valoriser l’autre », analyse Isabelle Bazin, une clowne venue du Rhône pour « coacher » les hurluberlus berrichons.
Ces derniers regorgent d’anecdotes illustrant les effets que provoquent leurs numéros sur un public aussi vulnérable. Ainsi cet ancien militaire qui fit entrer ses visiteurs dans une pièce secrète ornée de souvenirs rapportés de sa mobilisation à Tahiti ; ce malade atteint d’Alzheimer qui se mit à déclamer des « phrases magnifiques, alors qu’il ne parlait plus depuis un an et demi » ; cette dame qui simula un exercice de natation sur une table de la cuisine ; cette autre qui ressortit son violoncelle pour jouer Le Cygne, de Camille Saint-Saëns.
« La puissance du sensible n’a pas de limite. On a parfois l’impression d’avoir devant nous des fleurs qui s’ouvrent après les avoir arrosées », s’émerveille Béatrice-Léontine. Afin de poursuivre leurs livraisons de facéties réparatrices, les deux bouffons vont prochainement s’équiper d’un véhicule adapté : un « clown truck », acheté grâce à une campagne de financement participatif.
Frédéric Potet
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Un grand merci à Isabelle Bazin notre merveilleuse coach sur cette session.
Avec Béa Védrine, Ced Rick, Cécile de Wang, Véro Chabarot
CLOWN TRUCK est soutenu par Région Centre-Val de Loire, Département du Cher, Fondation de France, , AG2R LA MONDIALE - Mes questions pour demain , Pays Berry St-Amandois
En collaboration avec Asef, Afado 18 , La Maison des Solidarités du Cher, Théâtre de la Carrosserie Mesnier