La Baraque

La Baraque Bar associatif et culturel de l'asso Baraques Walden

Nous publions cette tribune de notre amie Sophie Daull, romancière qui fut en résidence dans notre cabane Marie Nimier d...
31/10/2024

Nous publions cette tribune de notre amie Sophie Daull, romancière qui fut en résidence dans notre cabane Marie Nimier de Jumièges avec le soutien du Seine-Maritime, le Département et du CNL - Centre national du livre.

IL FAIT GRIS SUR LE MONT NOIR
Des nouvelles de la Villa Marguerite Yourcenar/ Département du Nord
Une entreprise sournoise de disparition programmée est à l’œuvre à l’encontre de la Villa Marguerite Yourcenar. Il ne s’agit pas de démolir physiquement ce beau manoir niché sur les terres d’enfance de l’académicienne, mais d’anéantir l’essence même de ce qui la maintient en vie : en effet, elle est, depuis 1997, une résidence d’écriture, pour plus de 400 auteurs et autrices qui l’ont habitée. Cette maison est comme un fabuleux organisme vivant : au détour de ses couloirs, de la bibliothèque au grand salon, de la cuisine au bo***ir, les pensées de François-Henri Désérable ont gonflé ses poumons, les écrits de Olga Tokarczuk ont nourri ses artères, les réflexions de Alice Zeniter ont rythmé son cœur, et tant d’autres, qui, sous leur couette, devant la dernière triple Karmelitt ou ligotés à leur bureau, ont alimenté ses vaisseaux. Je pense à Sylvie Doizelet, Albin de la Simone (dont le père a été à l’origine de la création de la Villa), Christine Flament, Christine Détrez...
La Villa (la terminologie suggère une aristocratie qu’il faudrait peut-être faire évoluer), est aussi une ressource majeure pour beaucoup d’institutions partenaires. On y voit vaillamment s’opérer des actions à tous les niveaux du monde scolaire, auprès des médiathèques, des communes, des festivals, des demandeurs d’emploi, des théâtres, des librairies etc., dans le but d’encourager l’attention portée au monde des livres, de favoriser la pratique de la lecture et de l’écriture, de rendre vivant et concret le contact avec les auteurs et autrices, qui sont des gens comme tout le monde, à travers toutes leurs pratiques, de l’autobiographie au polar, en passant par le roman graphique ou la poésie. Le souci de féminiser, rajeunir et diversifier le recrutement des résident.e.s a stimulé les initiatives de la précédente (et dernière) directrice, Marianne Petit. Nous reviendrons sur les éléments qui l’ont poussée au placard, qu’elle a refusé avec panache.
Aujourd’hui, des indices majeurs font état d’une volonté non encore énoncée de réorienter les activités de la Villa, en effaçant peu à peu ce qui fait son histoire et sa destination.
Précisons à ce stade que la Villa est propriété du Conseil Départemental du Nord qui en finance totalement l’activité…
Au nombre de ces indices, on compte :
• 70 demandes de candidature déposées depuis mai 2024, qui restent sans réponse. La liste des auteurs en résidence s’arrête à la fin novembre 2024. Après nous, trois garçons et puis s’en vont.
• Il n’y a aucune visibilité pour 2025, non seulement pour les candidat.e.s, mais aussi pour les nombreux partenaires précédemment cités, qui ont l’habitude de préparer des actions avec la Villa et ses résidents dès la rentrée.
• Le poste de Marianne Petit, défini comme « directrice de la Villa Marguerite Yourcenar » a été purement et simplement supprimé après son départ, muté au profit d’un nébuleux « Responsable du Site. Pôle Départemental du Mont Noir »
• Il faut souligner ici le choix courageux de Marianne Petit, qui a opté pour un départ anticipé à la retraite plutôt qu’un vulgaire burn-out après avoir été poussée à bout par une série de décisions-girouette et d’empêchements variés.

o Par exemple : suppression puis réhabilitation sans explication des Journées Collégiennes (initiatives pédagogiques en rapport avec la littérature jeunesse dont la Villa était l’un des acteurs essentiels)
o Par exemple : injonction de passer de 27 à 12 résidents pour 2024.
• Limitation des outils de communication autour des activités de la Villa.
o Frein notoire aux parutions dans la presse
o La page dédiée aux appels à candidature de résidence sur le site internet est inaccessible : message d’erreur 404. On y a pourtant bizarrement conservé en bas de page cette citation de Victor Hugo : « Car le mot, qu’on le sache, est un être vivant ». Quelle étrange confusion !
On voit ainsi clairement se mettre en place une stratégie de pourrissement, d’enlisement, de dilution de l’activité principale de la Villa en tant que résidence d’auteurs, le tout justifié par des arguments obscurs, noyé dans un grand sfumato de reports de commissions, de réunions sans objet précis, de consultations en haut lieu sans compte-rendu, de bruit qui courent…
Parmi lesquels dominerait un procès en élitisme, pour ne pas dire une attaque contre ce qui est jugé trop « intello » pour être populaire.
Ici je mentionne une contribution toute aussi énervée de ma co-résidente, Laurence Biberfeld :
« Considérer que la littérature est par essence quelque chose d'élitiste, c'est terriblement élitiste et c'est surtout n'y connaître rien. Le principe des résidences est justement que les autrices et auteurs interviennent auprès de publics qui ne sont pas forcément familiers de la littérature ou qui en ont cette idée aberrante d'un domaine réservé aux intellectuels, pour leur faire toucher du doigt que tout le monde peut écrire, par le biais d'ateliers d'écriture par exemple, que tout le monde peut lire, et que les auteurs et autrices sont des êtres humains qui n'ont rien d'exceptionnel. »
Face à ce flottement nauséeux, à cette absence de sujet, on est tenté de déduire que la Villa est très clairement invitée à diversifier ses activités, en mettant l’accent sur des animations multiculturelles, la création d’«évènements», la mise à disposition des locaux pour des manifestations variées (à quand la location ?), le tout orienté vers la question écologique, le sport, les sciences de l’environnement, la randonnée, les trails. Il s’agit de se conformer à un projet plus vaste de développement du Parc Départemental du Mont Noir, d’organiser sans relâche des ateliers, des colloques, des courses, des pique-niques, des rassemblements thématiques, un joli lot d’attractions alignées sur les tendances actuelles de diversification culturelle.
Il faut mo-der-ni-ser ! Comme si l’attachement à la mémoire de Marguerite Yourcenar et à ce Mont-Noir en tant que site historique portant tant de stigmates de la Grande Guerre, relevait d’un caprice passéiste et conservateur !
La Villa, cet écrin où les livres règnent, qui nous disent le monde sans dossards, ni audio-guide, ni paire de jumelles avec GPS intégrés, fait figure de village gaulois…
Ce brouillage permanent des supports de connaissance et d’information, cette multiplication informe des angles d’approche, cette insupportable banalisation qui vise à confondre la construction d’un stade avec la restauration d’une ruine ou l’entretien d’un square, ne produit qu’une bouillie inconsistante de savoirs artificiels, travestis sous le festif et le convivial…
Face à la fabrication de masse de produits soi-disant culturels, les personnes ne sont plus perçues que comme clients, consommateurs, dans l’architecture factice d’un feel-good généralisé et superficiel.
La vie comme un gadget tout-terrain.
Qu’a-t-on besoin de diversifier tous azimuts ?
Exige-t-on des églises qu’elles aient des équipements sportifs ? Des mosquées qu’elles répondent à une chartre graphique détaillée ? Des temples qu’ils mettent en place une mission de sensibilisation au dérèglement climatique ? Des synagogues qu’elles disposent de tables de pique-nique ?
La Villa n’est certes pas un lieu de culte, mais elle n’a pas non plus comme vocation d’être un bazar fourre-tout des fantaisies de l’actualité !
La voix des auteurs ne porte-t-elle pas, au sein même de leur œuvre, ces problématiques sociétales, ces inquiétudes civilisationnelles ? Marguerite Yourcenar elle-même n’a-t-elle pas fait savoir dans ses écrits son engament précoce et visionnaire en faveur d’une maîtrise urgente de la pollution et du maintien impératif de la biodiversité, faune et flore confondues ? Et les récents succès de librairie ne signalent-ils pas l’intérêt des auteurs de fiction pour les grands enjeux de l’époque ?
Il est connu de toute éternité que la solitude, la durée, le calme sont nécessaires à l’élaboration d’une pensée et à sa traduction en récit, dans les plis de l’épaisseur du Temps.
Alors pourquoi priver la Villa de sa spécificité, qui par ailleurs, cohabite depuis toujours et sans heurts avec les activités touristiques et forestières du Parc, dans une harmonie vivante et complémentaire ? La Villa n’a rien d’une tour d’ivoire ni d’une cage dorée : il a déjà été fait mention des nombreuses initiatives qui traduisent une démarche inattaquable d’ouverture aux publics selon cette focale singulière qu’est le livre.
Et ça, le « public » en question, (joggeurs, visiteurs, pique-niqueurs, amoureux, réfugiés hasardeux de l’inlassable pluie, invités d’un soir…) l’a bien compris ! et l’apprécie !
A l’heure du tout-écran, des prises de position à 40 signes, de l’intelligence artificielle, de la disparition de la nuance et du débat de fond, ne peut-on pas laisser un espace à l’expression écrite, à la durée qu’elle nécessite, à la réflexion qu’elle offre ?
Qui est-ce que ça dérange exactement ?
En quoi cela porterait-il préjudice ?
Ceux et celles qui soutiennent la Villa comme résidence d’auteurs ne s’arc-boutent pas sur des « privilèges » d’un autre temps, ne cherchent pas à j***r de leur suspension hors-sol dans un quelconque sanctuaire ! Au contraire ! Ni musée ni conservatoire, ce lieu peut insuffler un autre axe de réflexion, une autre temporalité, à l’écart des discours dominants et des solutions simplificatrices.
Ici, il convient impérativement de citer une autre prise de parole de ma co-résidente :
« La littérature n'est pas que de lettres, et nous sommes tous faits de langage. L'inconscient est structuré comme un langage, nous sommes des machines à fabriquer des liens de causalité. La littérature est essentielle non seulement à la culture, mais pour apprendre à s'emparer de son propre récit. Elle permet de ne pas laisser les autres, quels qu'ils soient, raconter notre histoire à notre place. Et pour cela, comme outil d'émancipation, au contraire de toute idée élitiste, il est précieux que tout le monde puisse avoir accès à ses cuisines, pour constater que les ingrédients en sont universels et que tout le monde les a, justement, dans sa propre cuisine. »
Rien à dire...
Pour finir, j'ajouterai qu’il n’est pas superflu de préciser que ce dispositif permet encore (mais jusqu’à quand ?) à de nombreux écrivains et écrivaines de bénéficier d’une rémunération, modeste mais bienvenue, et de conditions de travail rares, propres à favoriser la poursuite de leur projet littéraire.
Alors cessons cette mascarade ! Que les choses soient clairement dites !
Voilà deux ans que le flou fait la loi, mettant les agents de la Villa dans une position intenable, dans l’impossibilité d’élaborer des projets, de répondre aux sollicitations des auteurs, des écoles, des librairies... Ce manque de transparence rend fou (folles en l’occurrence) !
Démotiver des agents en les privant de toute perspective est une stratégie connue pour justifier une « restructuration ».
Il est impératif que le Conseil départemental clarifie nettement ses intentions ; il est urgent que l’équipe qui travaille à la Villa connaisse clairement sa mission et son sort, et dès lors, se positionne, comme citoyen, comme salarié, comme habitant du territoire.
Il fallait que ces choses-là soient sues.
« A chaque époque il y a des gens qui ne pensent pas comme tout le monde, c’est à dire qui ne pensent pas comme ceux qui ne pensent pas. »
Marguerite YOURCENAR
NN

Sophie DAULL
Octobre 2024
Avec l’apport majeur de Laurence Biberfeld,
Nous deux, dernières autrices en résidence chez Marguerite, chanteuses du cygne, Mohicanes , combattantes.

Appel à textes pour la scène ouverte jeudi 31 octobre, 19h, La Baraque, 59 rue du Pré de la Bataille Rouen :LA JOIEVenez...
28/10/2024

Appel à textes pour la scène ouverte jeudi 31 octobre, 19h, La Baraque, 59 rue du Pré de la Bataille Rouen :

LA JOIE

Venez lire vos textes ou ceux des autres…

Et ça continue encore et encore…Voici le programme de La Baraque (59 rue du Pré de la Bataille, Rouen) pour la semaine d...
27/10/2024

Et ça continue encore et encore…
Voici le programme de La Baraque (59 rue du Pré de la Bataille, Rouen) pour la semaine des jeudi, vendredi et samedi 31 octobre, 1er et 2 novembre.
Jeudi 31, 19h: Scène (très) ouverte… (vous mettrez ce que vous voudrez dans l'adverbe superlatif absolu: venez lire ou dire ou jouer des textes très…)
Vendredi 1er novembre, 19h: vernissage (+conférence débraillée) de l'expo "From K2-18B with love" du duo Kügel & Renhart. SF érotique.
Samedi 2 novembre 16h: La Baraque a le plaisir immense d'accueillir Nathanaëlle-Éléonore Haugel du groupe ELLAH A. THAUN dans le cadre du Festival Chants d'Elles.
Entrée libre.

25/10/2024

Ce soir 25 oct. 19 h concert Rap à La Baraque.
59 rue du Pré de la Bataille Rouen

19/10/2024

Et samedi 2 novembre, 16h, à La Baraque (59 rue du Pré de la Bataille, Rouen), ELLAH A. THAUN avec le Festival Chants d'Elles…

Au programme de La Baraque (59 rue du Pré de la Bataille, Rouen) jeudi 24 et vendredi 25 octobre, à partir de 19h.Jeudi ...
19/10/2024

Au programme de La Baraque (59 rue du Pré de la Bataille, Rouen) jeudi 24 et vendredi 25 octobre, à partir de 19h.

Jeudi 24: soirée jeux précédée d'une mini-conférence gesticulée "Une brève histoire du jeu: d'Aristote à Asmodée" animée par le talentueux et séduisant Cédric David.

Vendredi 25: Scène ouverte!

On vous aura prévenu.e.s !

18/10/2024

Ce soir 18 oct. 19h
ICI ON SOIGNE GRATIS
(scène ouverte)
La Baraque.

Un temps à rester sous la couette.Ou à venir lire vos textes (ou ceux des autres) à La Baraque ce soir pour notreOBSCÈNE...
17/10/2024

Un temps à rester sous la couette.
Ou à venir lire vos textes (ou ceux des autres) à La Baraque ce soir pour notre

OBSCÈNE OUVERTE!

Interdit aux moins de 18 ans.

Jeudi 17 octobre, 19h, La Baraque, 59 rue du Pré de la Bataille, Rouen.

Jeudi 17 octobre, 19h, même les mouches rougiront.Interdit aux moins de 18 ans!La Baraque, 59 rue du Pré de la Bataille,...
16/10/2024

Jeudi 17 octobre, 19h, même les mouches rougiront.
Interdit aux moins de 18 ans!
La Baraque, 59 rue du Pré de la Bataille, Rouen.

16/10/2024

Jeudi 17 oct. 19h OBSCÈNE OUVERTE!
La Baraque 59 Pré de la Bataille Rouen

Autrices! Auteurs! La semaine prochaine (jeudi & vendredi 17 et 18 octobre) sera dédiée aux scènes ouvertes "thématiques...
11/10/2024

Autrices! Auteurs! La semaine prochaine (jeudi & vendredi 17 et 18 octobre) sera dédiée aux scènes ouvertes "thématiques"… d'un genre assez spécial…
Jeudi 17 octobre : «Obscène ouverte» (interdit au moins e 18 ans), venez lire des textes (les vôtres ou ceux des ôtres) obscènes au sens littéral du terme (ce que l'on doit cacher, ce qui révolte la pudeur).
Vendredi 18 octobre : appel à textes sur la Maladie (au sens de ce qui est en mauvais état ou encore au sens hyperbolique de passion excessive).
Donc la semaine prochaine, le corps déborde, il choque, il dysfonctionne mais il crie à La Baraque.

11/10/2024

Ce soir on dévernit à La Baraque.
59 rue du Pré de la Bataille Rouen

Adresse

59 Rue Du Pré De La Bataille
Rouen
76000

Heures d'ouverture

Jeudi 18:00 - 22:00
Vendredi 18:00 - 22:00

Téléphone

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