13/05/2026
Protéines laitières : une perte de compétitivité prévisible
Cela fait plusieurs années que la FNPL alerte sur le décrochage de la filière laitière française dans la valorisation des protéines. Les constats partagés, notamment par le président du CNIEL à l’Assemblée nationale, confirment un re**rd préoccupant sur les segments les plus dynamiques que sont les ingrédients et les protéines. À l’inverse, des concurrents européens comme l’Allemagne ont pris une avance stratégique sur ces créneaux à forte valeur ajoutée.
Depuis vingt ans, la France s’est orientée vers des débouchés traditionnels — notamment les fromages à pâte molle — aujourd’hui en recul. Cette orientation n’a pas permis de capter les relais de croissance, comme les ingrédients, la nutrition sportive ou la santé, où les investissements sont restés insuffisants.
Parallèlement, cette situation s’inscrit dans des relations commerciales durablement tendues entre transformation et grande distribution. Ce climat conflictuel a réduit les marges de manœuvre et freiné les stratégies d’investissement.
Pour les producteurs, les conséquences sont claires : des débouchés en perte de vitesse et une sous-valorisation des coproduits, notamment des protéines sériques, mieux rémunérées chez nos voisins.
Ce re**rd traduit un déficit d’anticipation et d’investissement, tant dans les outils que dans l’accès aux segments les plus porteurs.
Pour autant, la filière repose sur un cadre économique qui sécurise le revenu des producteurs et stabilise les débouchés. À rebours de logiques plus libérales, exposées à la volatilité des marchés mondiaux et à la spéculation, ce socle constitue une protection.
Mais il ne peut suffire. Il doit désormais s’accompagner d’une ambition accrue en matière de création de valeur, notamment sur les segments les plus dynamiques.
L’enjeu n’est donc pas de changer de cap, mais de renforcer cette organisation en allant chercher davantage de valeur sur les protéines et les ingrédients.
Un ajustement stratégique est aujourd’hui indispensable pour renforcer la création de valeur et assurer durablement la souveraineté alimentaire.
Frederic DAVID
Vice-Président de la FNPL, en charge des dossiers scientifiques et techniques
Éleveur laitier en Ille-et-Vilaine