14/04/2026
★ Bien des années avant de faire naître les rendez-vous 3672 Techno, dédiés à ce courant artistique et musical qui me fait encore tant vibrer, je me trouvais, du haut de ma vingtaine, en 2001, au Teknival de Marigny, à répondre à Canal+, alors qu’avec les ami·e·s, nous faisions déjà cracher le son depuis deux jours.
Avec mes mots de jeune homme, je disais « Rock’n’Roll ». Rien ne m’était apparu plus évident que de me référer à cette musique, qui, elle aussi, avait tant souffert, bien des années auparavant, des attaques d’une mentalité puritaine, d’une bien-pensance répressive et rance.
À mesure que le politique durcit un arsenal de sanctions inédit contre la fête libre, il me semble essentiel de réaffirmer ses valeurs comme un levier du monde à venir, un espace où se fabrique la paix dans un monde en guerre.
Si des sound systems comme les Spiral Tribe venus de Grande-Bretagne dans les années 90 débarquent en France, c’est aussi avec une idée très forte, faire vivre des zones d’autonomie temporaire prônant l’autogestion, l’autonomie et le respect de l’environnement. À l’époque, en Angleterre, la naissance de la free party répond au besoin de boycotter les boîtes de nuit, les clubs, les raves, symboles de la société de consommation. La t**f c’est une voie clandestine, alternative, contestataire et radicale, pour mieux se retrouver en phase avec la nature.
Si la free party se caractérise désormais par une simple quête d’hédonisme, il n’en demeure pas moins que cette idée d’inventer des îlots libertaires, à même de fabriquer du vivre ensemble où les statuts et les rôles sociaux s’abolissent, reste une réalité. C’est dans le collectif que l’on pourra changer les choses et aller de l’avant, la free party l’a compris depuis bien longtemps. L’inclusivité a toujours été une idée forte de la t**f ! Aujourd’hui, plus de trente ans après ses débuts, de nombreux activistes s’investissent encore dans son organisation, créent leurs sound-systems, organisent des moments de vie, de partage et de communion.
Demain, encore plus qu’avant dans ce monde en crise, nous aurons besoin de contre-culture, celle qui donne de l’espoir. Lors d’un rassemblement libre, nous faisons corps, le temps d’une nuit nous participons à une idée du monde tel qu’il devrait être. C’est par le biais de fêtes culturelles que nous pouvons aussi mener un combat pacifique contre le libéralisme caractéristique de cette société moderne, en partie responsable de cette période de grand désordre mondial.
★ La fête libre doit être considérée comme d’utilité publique
Cette débrouillardise, cette horizontalité du milieu de la t**f, qui dérange tant les politiques dans la manière de construire de la culture et du partage, qui refuse la croissance destructrice, doit au contraire être un exemple. Par n’importe quel temps et sous le coup de toutes les interdictions, les t**feurs, même dans la boue, n’abandonnent jamais. Vous êtes, militant·es de la joie, sans cesse en lutte avec comme seule arme la musique. Et nous avons besoin de combattant·es pacifique comme vous contre le totalitarisme.
Plus que jamais, cette force, votre engagement doit désormais se mettre au service d’une cause globale, la liberté et d’une prise en compte de la planète et de sa fragilité. Demain, dans cette période troublée, le monde devra réfléchir à sa décroissance pour revenir à la production, comme en agriculture, à des initiatives culturelles à taille humaine et de proximité. Face aux soucis financiers que rencontrera la population, le retour à des fêtes pleines de sens, favorisant la rencontre et la gratuité, devra tout au contraire, revigorer la t**f libre.
Teufeurs, vos écosystèmes sont des exemples, exigeons désormais cette reconnaissance et non sa destruction ! L’engagement naturel de la free party, doit enfin être considéré par les politiques comme d’utilité publique, elle est maillon indispensable pour un monde durable dont elle a depuis toujours saisi les enjeux.