05/11/2018
Monsieur le Ministre,
Nous nous permettons de vous solliciter au sujet de la récente décision de la Région de liquidation d’ARCADI, Établissement Public de Coopération Culturelle dont votre Ministère est un membre public fondateur, et par la présente vous demander un rendez-vous. La disparition programmée de cet établissement entraîne le bouleversement majeur de nos outils de travail et de la pratique artistique en Ile-de-France.
Porteuses et porteurs de projets, nous sommes metteurs-en-scène, chorégraphes, directeurs de structures indépendantes franciliennes, administrateurs, ou bureau de production. Notre point commun : nous avons tous été accompagnés/aidés/suivis par un dispositif d’accompagnement d’ARCADI. Ces dispositifs de professionnalisation et de mise en réseau nous ont appris à réagir aux mutations du secteur culturel et à réfléchir ensemble à l’évolution de nos métiers.
L’Île-de-France est un territoire aussi vaste et hétérogène, mais aussi la Région française la plus dense artistiquement parlant. Dès la fin des années 80, la politique régionale a su être inventive avec la création des associations Île-de-France Opéra et Ballet (Ifob), puis Théâtre et Cinéma en Île-de-France (Thécif) fusionnées ensuite dans l’EPCC ARCADI. Cet opérateur de maillage, de lien social de partage a réussi toutes ces années à créer de la cohérence, des dynamiques, du dialogue, de la pensée et de l'innovation entre professionnels. Sans cesser jamais de répondre à la nécessité de ses différents bénéficiaires.
La spécificité d’ARCADI est dans son écoute, et sa plasticité : c’est une structure en mouvement, qui a l’habilité d’évoluer avec son contexte, de questionner et remodeler ses formes d’accompagnement auprès des équipes artistiques, de comprendre les enjeux singuliers de chaque projet.
La spécificité d’ARCADI est dans son accompagnement, par la création d’espaces d'intelligence collective qui sont tout aussi rares que précieux. Cet EPCC ne finance pas seulement les projets et la structuration de jeunes équipes artistiques franciliennes indépendantes, il les accompagne sur une durée conséquente, quelque soit l’âge de ces artistes. ARCADI soutient de jeunes gestes artistiques, et non pas des jeunes gens.
La spécificité d’ARCADI est dans la création de nouveaux publics, par la mise en place d’actions culturels sur les différents territoires d’Île-de-France, par le biais de ces médiateurs. Chaque année c’est un nombre colossal d’enfants et d’adolescents, et leurs parents (indirectement) qui sont touchés par ses actions.
ARCADI existe depuis 13 ans et la Région Île-de-France la finance à hauteur de 5 millions d’euros annuels. Fermer cet établissement public revient à jeter par les fenêtres le travail accompli soit 65 millions d’euros. Nous voulons contester cet acte de gaspillage absurde dans le contexte économique précaire et vous dire qu’aujourd’hui il n’y a aucun autre organisme culturel en Île-de-France qui réfléchit et invente le geste de l’accompagnement sauf ARCADI.
La disparition d'un tel organisme n'est pas anecdotique, elle ne peut être prise à la légère. Alors que l’on fêtera en 2019 les 60 ans de vie du Ministère de la Culture, la plus grande Région de France fait le choix d’enterrer 30 ans d’un travail auprès des artistes et des publics par le biais des médiateurs, complémentaire à celui de l’Etat et qui a démontré la pertinence et l’efficacité de la décentralisation culturelle.
Notre prise de parole collective témoigne des missions d’ARCADI, qui de façon paradoxale, rejoignent les objectifs de la politique culturelle invoquée par la Région et Madame Valérie Pécresse en sa qualité de présidente : encourager l’insertion par l’autonomie, accroitre les emplois pérennes, favoriser l’éducation artistique et culturelle, développer le poids économique de la culture.
Nous vous faisons part de notre inquiétude et vous demandons d’intervenir afin d’empêcher la brutalité de cette décision en repoussant cette dissolution, si elle s’avère inéluctable à une prise d’effet au 31 décembre 2019. Nous voudrions également que les missions assurées par ARCADI ne disparaissent pas, que la Région et l’État nous assurent qu’ils continueront à répondre aux besoins du secteur du spectacle vivant.
Le Ministère tiendra un rôle central lors du prochain Conseil d’Administration, serez- vous garant de la mise en œuvre d’une procédure et d’un calendrier acceptables ? C’est du haut de notre désir d’inventer l’avenir de notre profession à la hauteur des ambitions de votre politique culturelle, que nous vous adressons cet appel.
C’est pourquoi nous souhaiterions pouvoir échanger de vive voix avec vous sur ce sujet.
Dans l’attente de vos décisions, nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, à notre forte détermination à défendre une culture de partage, de générosité, des valeurs qui placent la création artistique vivante et les emplois qu’elle génère au centre de l’économie culturelle.
Ministère de la Culture
Arcadi
Collectif Maintenant Arcadi