13/05/2026
Voici, comme autre illustration artistique de cette fête de l'Ascension, quelques éléments d'analyse d'une miniature byzantine.
L'Ascension, miniature de l'Évangéliaire syriaque de Rabula (ou Rabbula), conservé à la Biblioteca Laurenziana de Florence, copié en Mésopotamie, 586, folio 13v.
Pour comparaison : Traditio legis, vers 380, Palais Bonifacio VIII à Anagni.
👉🏻 Tout d'abord, pour donner quelques éléments de contexte, cette miniature est réalisée dans l'Empire romain d'Orient pendant le VIe siècle, surnommé "siècle de Justinien", âge d'or de l'art byzantin.
Elle se rattache à la tradition monumentale, marqué par un goût de l'ornementation élégante et un style monumental imitant les mosaïques (comme celles bien connues de Ravenne). L'Évangéliaire syriaque de Rabula dont elle est tirée présente des compositions évoquant directement les représentations monumentales des absides, qui certes commémorent la fête et l'événement historique, mais surtout mettent en valeur sa signification théologique.
👉🏻 Une iconographie complexe : cette miniature, par ses choix iconographiques, propose des liens entre l'Ascension et la Parousie, retour glorieux du Christ à la fin des temps, et aussi entre l'Ascension et le rôle missionnaire des apôtres.
✨ Deux registres céleste & terrestre, lien avec la Parousie : les deux registres de l'illustration représentent de façon claire les deux niveaux terrestre & céleste de la scène.
Au niveau terrestre, deux anges s'adressent aux apôtres avec les paroles de l'introït de l'Ascension : "Hommes de Galilée, pourquoi vous étonnez-vous en regardant le ciel ? De la même manière que vous l’avez vu monter au ciel, il reviendra."
S'élevant au-dessus de la Vierge et des apôtres, le Christ est entouré d'une mandorle, mais celle-ci est portée par le char de feu d'Ézéchiel, sur lequel on distingue les symboles des Quatre Vivants : allusion à la seconde venue du Christ (Ezéchiel I 4-11).
✨ Les apôtres Pierre & Paul, luminaires de l'Eglise : dans les coins supérieurs, on aperçoit le Soleil & la Lune, ce qui peut faire penser à un Sermon sur l’Ascension (SC 522, p 216) où Grégoire le Grand commente ce verset du prophète Habacuc « Le soleil s’est élevé, et la lune s’est arrêtée à son rang » (Habacuc III, 1) en interprétant le soleil comme le Christ qui monte au ciel, et la lune comme l’Église qui « une fois fortifiée par son ascension, prêcha ouvertement ce qu’elle avait cru en secret ».
Dans le groupe d'apôtres sous la Lune, saint Paul est caractérisé par son livre ; dans le groupe sous le Soleil, saint Pierre est reconnaissable à ses clés et à sa croix de procession. On lit dans un Sermon de Saint Léon, vers 440-460, une comparaison entre les deux apôtres majeurs et « deux grands luminaires que Dieu a institué dans le corps de l’Eglise, tels la double lumière des yeux ». Il est donc tout à fait possible que l’artiste de Rabula ait intégré la Lune et le Soleil dans son Ascension, en général pour évoquer la mission universelle des apôtres, en particulier celle des « deux grands luminaires » que sont, parmi eux, Paul et Pierre.
✨ Lien avec l'iconographie de la Traditio legis : début de la mission apostolique.
Enfin, dans l'iconographie traditionnelle des apôtres Pierre & Paul, le premier, en tant que chef de l’Eglise, est placé à la place d’honneur à la droite du Christ (donc à gauche par rapport au spectateur). C’est seulement dans l’iconographie très particulière de la Traditio legis (transmission de la Loi, le moment où le Christ institue Pierre comme chef de l'Eglise avec ces mots : "Pierre, tu es pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise...") que les positions s’inversent. Ici, la présence de Paul élevant le bras droit, et de Pierre tenant la croix et abaissant ses bras du côté du rouleau du Christ, constitue une « traditio legis » dans laquelle le Christ se trouve simplement plus haut que le monticule habituel. C’est l’idée commune de transmission de l’autorité aux Apôtres qui justifie théologiquement cette fusion graphique entre l’Ascension du Christ et la Traditio legis.