20/02/2024
Les coups fumants de la dream team
Dans les années 90, ce gang a multiplié les hold-up à haut risque.?Next a retrouvé quatre de ces braqueurs de fourgons. Alors qu’un film se prépare, ils évoquent les « tirelires » de la Brink’s, le casse du siècle et leur passion pour les bons restaurants. Les tontons flingueurs se mettent à table.
De gauche à droite, Karim Maloum dit le Gros et Daniel Bellanger dit Babar, à Lyon dans
le quartier de l’ancienne gare des Brotteaux.
Chez Bocuse à Lyon, deux anciens bandits supposés de la Dream Team, des as de la fourchette et de l'attaque de fourgons, trinquent. Karim Maloum, au gabarit d'ex-pilier de rugby dit « le Gros », et Daniel Bellanger – alias « Babar » pour sa mémoire d'éléphant –, lèvent leur verre de saumur-champigny. Pour célébrer le film qui racontera bientôt les coups fumants de ce gang des années 90. Puis les deux colosses lancent la devise guerrière de la Dream Team : « Force, courage et détermination (FCD) ».
Next a retrouvé quatre mousquetaires de cette « équipe de rêve » qui a donné des cauchemars aux policiers de la répression du grand banditisme, jusqu'à sa chute en décembre 2000, au lendemain de Noël. C'est la police espagnole qui l'a baptisée Dream Team, à l'instar des basketteurs américains vainqueurs aux JO de Barcelone. Suspectés de multiples braquages, les gangsters n'ont été condamnés à ce jour que pour deux vols à main armée et association de malfaiteurs. Et encore, pas tous. Partis à l'assaut des « tirelires » [les convois de fonds, ndlr] à une dizaine, ils ont perdu dans leur équipée cinq cavaliers tombés sous les balles de rivaux, ainsi que le vieux « Citron », encore en prison à 66 ans. Des quatre rescapés de l'aventure, c'est le sportif Karim Maloum, deux fois tombé pour des affaires de la Dream Team, qui prépare, avec le producteur Emmanuel Prévost, le film qui retracera leurs frasques.
Le guide Michelin pour complice
Daniel Bellanger, éternel innocent qui collectionne les non-lieux et les acquittements, ne participe pas à l'écriture du scénario. « A 53 ans, j'ai un casier judiciaire vierge », fanfaronne Babar, qui jure de sa voix tonitruante : « La Dream Team, j'en suis pas ! Mais je les connaissais tous, pour des raisons festives… » explique cet ancien cuistot. Chez Bocuse, il passe commande : gambas, foie de veau, gaufres à la chantilly. Karim Maloum opte pour le foie gras et fonds d'artichauts. Ces deux fins gourmets sont les « gamelleurs » de la bande, ceux qui apprécient le mieux la bonne chère.
Jonglant avec Tatoos, puis téléphones mobiles, codes d'espions et livres secrets, la Dream Team utilisait le Guide Michelin pour « fixer les lieux de séminaires ou de préparation des "matchs" [les braquages, ndlr], explique Maloum. Au téléphone, on disait " Ouvre ta carte, jeudi 13 heures, page 22, ligne 13". On se retrouvait au restaurant indiqué à cet endroit du guide, mais un jour plus tôt ». Les ripailleurs ont ainsi fait le tour des fourchettes du Michelin des régions lyonnaise, marseillaise, et du sud-ouest. Ils mettaient sur la table les différents plans et les « cahiers de repérages ». Maloum, toujours : « Les flics ont cru qu'on était renseignés de l'intérieur. Faux. On faisait un vrai travail policier, filoches, surveillances. On avait un préposé à chaque tâche. S'il y avait quinze camions de la Brink's, on notait les heures et jours de sortie vers la Banque de France, les trajets, puis on faisait des déductions. »
A ses côtés, Daniel Bellanger prend l'air dégagé de celui qui n'est pas au courant. Pourtant, les flics les ont surpris, Maloum et lui, en plein repérage à l'aéroport d'Orly. A peu près au même moment, raconte Bellanger/Babar qui en rigole encore, ils ont tendu un piège à des policiers français « déprimés » de ne pouvoir les coincer : « Ayant été avertis que nos lignes étaient branchées, on a réservé exprès par téléphone des places pour un match de foot à Barcelone, puis on a pris en photo les flics français dans le stade Camp Nou du Barça en train de nous chercher. » Il fulmine contre leurs accusations « gratuites » : « Ils ont essayé de me faire passer pour le patron de la Dream Team, l'équipe à Bellanger qu'ils disaient ! Moi, j'ai jamais été que le patron d'un garage automobile à Barcelone ! »
A ses débuts, Bellanger a été soupçonné par la police d'avoir participé au « casse du siècle » de la Banque de France de Saint-Nazaire, le 3 juillet 1986, qui a rapporté 88 millions de francs (13,4 millions d'euros) à ses auteurs. Ces rigolos envoyèrent alors à Libération 20 000 francs en billets troués, promis au pilon, avec cette signature : « Les braqueurs funambules ». Cinq personnes furent arrêtées. Mais pas Daniel Bellanger, introuvable, parti en Espagne : « C'était la belle époque, quand les portables n'existaient pas », se contente de lâcher Babar.
À suivre...
Photo : De gauche à droite, Karim Maloum dit le Gros et Daniel Bellanger dit Babar, à Lyon dans le quartier de l’ancienne gare des Brotteaux. (Mathieu Zazzo)