Croquis_litteraires

Croquis_litteraires Le jour : Médecin & architecte👨🏻‍⚕️🧑🏼‍🎨
Illustratrice & écrivain la nuit
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Elle est là, le dos droit. Cancer, et le sourire, et cette force dans l’attitude. L’insubmersible.— De toute façon, depu...
10/04/2026

Elle est là, le dos droit. Cancer, et le sourire, et cette force dans l’attitude. L’insubmersible.

— De toute façon, depuis que je suis seule, je n’ai plus le choix.
— Qu’est-ce qui l’a emporté ?
— Il était médecin comme vous. Il a fait une crise cardiaque devant moi. J’ai essayé de le réanimer. Je n’ai rien pu faire.

Fracas dans la salle de consultation. Silence.
Je la laisse finir. Je lui dis que ça a dû être terrible.

— Oui. Mais je ne me suis jamais laissé abattre. Les morts nous en voudraient de ne pas vivre. De vivre à moitié, de vivre la mort alors que nous ne le sommes pas. Ce serait les faire mourir deux fois.

Je m’enfonce dans les sillons de ses yeux, dans les remparts de son courage.

On appelle ça la résilience. Je ne sais pas si c’est un mot juste. Ce que je voyais devant moi ressemblait à autre chose. À quelqu’un qui avait décidé, une fois pour toutes, que la douleur n’aurait pas le dernier geste.

On croit que cette force-là protège de la souffrance. C’est faux. Elle ne protège de rien. Elle décide simplement de ce qu’on en fait. Du côté où on tombe.

Je ne sais pas si ça s’apprend. Je ne sais pas si c’est une décision ou une constitution. Ce que je sais, c’est que cette femme portait son deuil comme on porte un organe. Quelque chose à l’intérieur, qui fait partie du corps, qui ne se voit pas, qui ne s’enlève pas, et avec lequel on continue à vivre.

Tomber n’est pas une faiblesse. Tenir debout n’est pas un mérite. C’est le même vent. Ce ne sont pas les mêmes racines.

#🩺

J’ai fait quelque chose d’inattendu en rentrant chez moi.Le silence était partout. Vanessa m’a dit qu’ils dormaient sûre...
24/03/2026

J’ai fait quelque chose d’inattendu en rentrant chez moi.
Le silence était partout. Vanessa m’a dit qu’ils dormaient sûrement. Qu’avec un peu de chance je pouvais encore leur faire un bisou.
Je suis entré dans la chambre. Il était là, les yeux mi-clos. Il m’a souri. Ce sourire qui contient plus de sens que la grande majorité des mots.
Alors je me suis surpris. Je me suis dirigé vers lui, je lui ai fait un bisou sur le front, puis j’ai posé ma tête sur son torse.
Entendre son cœur. Sa respiration.
Il a mis son bras autour de ma tête. On est restés plusieurs minutes comme ça tous les deux.
Quand j’ai relevé la tête, il me souriait encore. Je lui ai dit que je l’aimais. Il sait le dire. Il ne l’a pas dit. Il l’a mis dans ses yeux.
J’ai quitté la pièce. Il s’est endormi.
Et moi j’étais heureux.

l y a quelque chose de profondément indécent dans notre manière de parler des soignants. On les érige en héros le temps ...
17/03/2026

l y a quelque chose de profondément indécent dans notre manière de parler des soignants. On les érige en héros le temps d’une pandémie, on leur accorde des médailles, on applaudit à vingt heures. Puis on referme la porte. On leur laisse des services en sous-effectif, des gardes interminables, des patients qu’on empile, des mots qu’on n’ose plus dire. Et quand l’un d’eux tombe, on murmure qu’il était « sans doute fragile ».

Mais qui, au juste, ne le serait pas ?

Qui peut rester indemne après avoir annoncé à une mère que son enfant ne reviendra pas ? Qui peut enchaîner les nuits blanches, les gestes techniques à bout de souffle, les couloirs froids où l’on meurt en silence, sans vaciller un jour ?

Nous devrions réapprendre à nommer les choses. Ce ne sont pas des fragilités. Ce sont des blessures. Des blessures profondes, réelles, infligées par un système qui exige toujours plus sans offrir plus d’écoute, de reconnaissance, de soin pour ceux qui soignent.

Ce jeune interne n’était pas fragile. Il était humain. Et il a porté seul ce que personne ne devrait porter seul.

Il est temps de regarder cette réalité en face. De cesser de pathologiser ceux qui tombent. D’ouvrir enfin des espaces où la parole soit possible, où le chagrin ne soit pas vu comme un défaut professionnel, où l’effondrement d’un interne ne soit pas un épiphénomène mais un signal d’alarme.

Les soignants ne demandent pas à être admirés. Ils demandent à être entendus.

Et si la société dans son ensemble ne sait pas faire cela, alors ce ne sont pas ces jeunes en formation qui sont fragiles. C’est nous qui le sommes.


Je ne suis pas arrivé dans une famille sans personne. Ma sœur était là. Quinze mois avant moi. Le monde avait déjà sa vo...
15/03/2026

Je ne suis pas arrivé dans une famille sans personne. Ma sœur était là. Quinze mois avant moi. Le monde avait déjà sa voix quand j’ai ouvert les yeux.

Je n’arrive pas à mesurer ce que cette rencontre a fait de moi. Aucun de mes souvenirs n’existe sans elle.

Je le vois aujourd’hui avec mes enfants. Quand ma fille est arrivée, son frère existait déjà. Je regarde comment ils se façonnent l’un l’autre, comment la présence de l’un creuse la place de l’autre. Et je me dis que c’est peut-être ça que ma sœur a fait. Creuser ma place sans le savoir.

Malgré notre faible écart d’âge, elle a toujours été devant moi. Pas devant comme plus loin. Devant comme plus solide.
Ma sœur est celle qui m’a toujours rappelé que j’étais aimé.

Que j’avais une place. Que les épreuves laissent des traces. Mais qu’on peut choisir de n’en faire jamais des ruines.

Pas avec des mots. Avec des actes. Avec sa présence. Avec le fait d’être là, chaque fois, au même endroit.

Elle ne m’a jamais dit « tu vas t’en remettre ». Elle s’en est remise. Devant moi. Et j’ai compris.

Encore aujourd’hui elle est cette personne. Un courage qui ne se raconte pas. Une détermination calme, presque silencieuse.
Je me demande parfois ce que je serais devenu sans elle. Pas quelqu’un d’autre. Peut-être le même, mais avec un trou au milieu. Un endroit où personne n’aurait dit, par sa seule façon de tenir debout : toi aussi tu peux.

On ne choisit pas sa sœur. On ne choisit pas non plus de devenir ce qu’elle a fait de nous. On le découvre après, bien après, en regardant ses propres enfants rejouer la même scène sans le savoir.

Je suis cancérologue et je ne connais rien à la mort.Je l’annonce. Je vois son ombre arriver de loin, parfois, dans un s...
14/03/2026

Je suis cancérologue et je ne connais rien à la mort.

Je l’annonce. Je vois son ombre arriver de loin, parfois, dans un scanner qu’on ouvre sur l’écran. Je la vois s’installer dans un corps qui ne sait pas encore. Je dis les mots. Mais entre dire et savoir, il y a un gouffre que la blouse recouvre.

On croit que côtoyer la mort finit par vous apprendre quelque chose d’elle.
C’est faux. Trente ans à longer le même mur, c’est trente ans du même côté.
Je n’ai pas veillé. Pas au sens où l’on veille vraiment : la nuit, le souffle qui change, la main qu’on tient sans savoir si elle sent encore qu’on la tient. Je n’ai pas eu ce moment où le monde continue dehors et où quelque chose en soi refuse que ce soit possible.

La mort que je connais est une mort de bureau. Médicale. Un protocole interrompu, un patient qui ne reviendra plus. Lorsque j’étais interne, c’était une heure inscrite sur un formulaire. Un couloir que je reprenais pour aller voir le suivant.

Elle était vraie. Mais elle m’a rarement empêché de dormir comme elle empêche de dormir ceux qui restent.
Il y a une imposture là-dedans que je n’arrive pas à nommer justement. Pas un mensonge. Plutôt un décalage. Je parle de la mort tous les jours et je n’en sais rien. Je la décris à des familles qui vont la vivre, et je rentre chez moi le soir, et tout le monde est là.

Je n’ai pas connu le manteau qu’on n’arrive pas à décrocher. L’odeur dans la maison qui s’efface et qu’on voudrait retenir avec les mains. Le repas qu’on prépare pour deux par habitude. Qu’on mange debout. Seul.

Peut-être qu’on écrit toujours au bord de ce qu’on ne comprend pas. Comme on s’approche d’un puits pour entendre si quelque chose répond.

Elle, assise en face de moi. Perruque ajustée, posture droite. L’œil gauche est rouge, irrité : une épisclérite, rien de...
07/03/2026

Elle, assise en face de moi. Perruque ajustée, posture droite. L’œil gauche est rouge, irrité : une épisclérite, rien de grave, mais le corps qui s’affiche encore là où on ne l’attend pas.

Elle me regarde et me dit : « Je ne me sens plus moi-même. » Puis, après un silence :« Quand est-ce que je redeviendrai moi-même ? »

Elle a eu besoin d’un traitement par radiothérapie de tout l’encéphale. Ca en raison d’une crise d’épilepsie secondaire à sa maladie. Une absence. Le mot est exact : elle a été absente à elle-même. Quelques secondes, peut-être davantage, où elle n’était plus là. Pas évanouie, pas endormie. Absente. Le cerveau qui décroche, et avec lui tout ce qui fait qu’on se reconnaît.

C’est arrivé chez elle. Sa fille révisait le bac. Elle l’aidait, elle était là, mère et présente, dans ce geste si ordinaire de s’asseoir à côté de son enfant pour relire une fiche, corriger une phrase, accompagner. Et puis plus rien. Un trou. Le regard qui se fige. La fille qui lève les yeux et qui voit sa mère ailleurs.

Ce n’est pas la douleur qui lui est insupportable. Ni la perruque, ni l’œil rouge, ni la fatigue. C’est ça. Avoir disparu devant sa fille. Avoir cessé d’être elle-même au moment précis où elle essayait de l’être le plus.

La maladie est dans le cerveau. Pas dans un organe qu’on peut désigner du doigt, mettre à distance, nommer comme un territoire étranger. Dans le lieu même d’où l’on se pense. Là où se fabriquent les mots, les souvenirs, la voix intérieure, ce fil ténu qui relie chaque instant au suivant et qu’on appelle, faute de mieux, soi.

(Suite en slide)

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Bientôt un an que Naumod est sorti !Vous allez aimer détester Stanislas NAUMOD votre prochain coup de cœur ?0
28/02/2026

Bientôt un an que Naumod est sorti !
Vous allez aimer détester Stanislas

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Tu ne veux plus rien faire avec moi.C’est arrivé comme ça, un matin. Peut-être avant, peut-être que les signes étaient l...
24/02/2026

Tu ne veux plus rien faire avec moi.
C’est arrivé comme ça, un matin. Peut-être avant, peut-être que les signes étaient là et que je ne les voyais pas. T’accompagner à l’école. T’aider à enfiler ton manteau — ce geste simple où je tenais la manche ouverte et tu plongeais le bras dedans en riant. Rester près de toi dans les petits gestes du matin, ceux qui ne comptent pour personne et qui sont tout.
« Je veux maman. »
Tu dis ça avec l’évidence tranquille des enfants de trois ans. Sans cruauté. Sans savoir que ça fait quelque chose. Tu dis ça comme tu dirais « j’ai soif », et moi je reste là, debout, avec mes mains inutiles.
Le soir, je vous écoute lire les histoires. Je suis à la lisière de la chambre, un peu en retrait, à une distance que je n’ai pas choisie. J’entends sa voix prendre celle du loup, celle du roi, celle du monstre tendre. J’aimerais moi aussi te faire des voix, forcer le trait, te faire rire de ce rire entier que tu avais quand tout ce qui venait de moi te semblait immense.
« Je veux maman. »
Je sais ce que c’est. Une phase. Un mot que tous les livres expliquent, que les pédiatres relativisent, que tout le monde comprend. Je sais que ça passe. Que l’enfance est une eau mouvante, que les préférences changent de rive, que demain peut-être tu viendras vers moi avec la même évidence.
Mais savoir n’empêche rien.

On sous-estime la solitude de ceux qui nous entourent.Elle circule entre nous comme un courant d’air froid, discret, per...
19/02/2026

On sous-estime la solitude de ceux qui nous entourent.
Elle circule entre nous comme un courant d’air froid, discret, persistant.

Je ne parle pas de nos proches.
Je parle de ceux que l’on croise sans les voir : un voisin de supermarché, quelqu’un assis près de nous dans le bus, celui dont on ignore tout et qui pourtant vit à quelques mètres.

J’ai surpris cet échange dans mon centre. Je venais de terminer une consultation. Ma porte était restée ouverte.

— Il n’y a personne qui vous appelle ? Un voisin, pour jouer aux cartes ?

L’homme venait pour ses séances de radiothérapie.
Cancer ORL. Il perdait du poids. Alors on fait ce que l’on sait faire : on donne des consignes, on vérifie qu’elles sont comprises, on s’assure qu’il ne sera pas seul face aux gestes techniques. En principe.
Mais cette fois, il a profité de la question pour dire autre chose.
Il n’y aurait personne. Pas de famillle. Pas de proche. Pas de voisin. Personne, tout court.

(Suite ➡️)

Cela fait des années que je te regarde.Au-delà de ta beauté, au-delà de la force qui émane de toi.Tu portes en toi une p...
14/02/2026

Cela fait des années que je te regarde.
Au-delà de ta beauté, au-delà de la force qui émane de toi.
Tu portes en toi une paix.

Une douceur digne, ample, qui s’installe simplement quand tu es là.
Dans tes pas, tu charries une possibilité :
celle d’un monde auquel on a envie de croire,
d’un futur qui donne envie d’être vécu
parce que tu y es.

Et plus les années passent, plus ce tourbillon de feu dont tu es l’étincelle prend une ampleur qui m’éblouit.

Je suis subjugué par ce que tu es.
Par la personne profondément bonne que tu as toujours été,
par la manière dont tu déploies toute ton âme en te tournant vers les autres.

Et puis il y a nos enfants.
Leur manière d’entrer dans la vie,
d’être si souvent dans le sourire,
dit silencieusement
ce que ta présence,
ta façon d’être mère,
rend possible.

Je suis si fier d’être aimé par quelqu’un comme toi.
Car à mes yeux, tu es ce que le monde sait faire de plus beau.

Alors joyeux anniversaire.

Un an de plus.
La vie est plus juste, plus habitable,
parce que tu y marches.
Et moi, j’ai la chance d’y marcher avec toi.

#♥️ #🫶🏼

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