10/04/2026
Elle est là, le dos droit. Cancer, et le sourire, et cette force dans l’attitude. L’insubmersible.
— De toute façon, depuis que je suis seule, je n’ai plus le choix.
— Qu’est-ce qui l’a emporté ?
— Il était médecin comme vous. Il a fait une crise cardiaque devant moi. J’ai essayé de le réanimer. Je n’ai rien pu faire.
Fracas dans la salle de consultation. Silence.
Je la laisse finir. Je lui dis que ça a dû être terrible.
— Oui. Mais je ne me suis jamais laissé abattre. Les morts nous en voudraient de ne pas vivre. De vivre à moitié, de vivre la mort alors que nous ne le sommes pas. Ce serait les faire mourir deux fois.
Je m’enfonce dans les sillons de ses yeux, dans les remparts de son courage.
On appelle ça la résilience. Je ne sais pas si c’est un mot juste. Ce que je voyais devant moi ressemblait à autre chose. À quelqu’un qui avait décidé, une fois pour toutes, que la douleur n’aurait pas le dernier geste.
On croit que cette force-là protège de la souffrance. C’est faux. Elle ne protège de rien. Elle décide simplement de ce qu’on en fait. Du côté où on tombe.
Je ne sais pas si ça s’apprend. Je ne sais pas si c’est une décision ou une constitution. Ce que je sais, c’est que cette femme portait son deuil comme on porte un organe. Quelque chose à l’intérieur, qui fait partie du corps, qui ne se voit pas, qui ne s’enlève pas, et avec lequel on continue à vivre.
Tomber n’est pas une faiblesse. Tenir debout n’est pas un mérite. C’est le même vent. Ce ne sont pas les mêmes racines.
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