« Dans un travail de maîtrise que j’avais fait à la faculté de la Sorbonne Paris III, je m’étais interrogé sur les liens qu’il pouvait y avoir entre la peinture et les écritures dramatiques. Je m’étais intéressé particulièrement à la peinture de Francis Bacon et à l’écriture de Sarah Kane. Il apparaissait avec une grande évidence que ces deux formes d’expressions avaient chacune un même objectif :
la défiguration. Ce qui importait pour ces deux artistes c’était non pas de raconter une histoire mais plutôt d’essayer de saisir le spectateur par la sensation. Un axe venait d’être trouvé et il s’agissait maintenant de chercher un texte qui nous permettrait de travailler dans ce sens. Ce premier projet était une expérience théâtrale puisqu’il nous permettait d’appliquer cette approche théorique à une pratique théâtrale. Le spectacle a été monté, et s’est joué depuis une trentaine de fois. Chaque fois les spectateurs sortaient enthousiastes de la représentation. Nous savions que ce que nous venions de trouver permettrait d’appréhender un texte différemment. C’est toujours ce travail que la compagnie en déliaison se propose de faire : non pas restituer les textes dans leurs intégralités mais plutôt de s’attaquer à des morceaux de ces textes et de voir comment depuis ces morceaux nous pouvons faire arriver une autre parole. Tout un travail de répétitions, variations, amplifications, déformation, pour aller au-delà des mots : non pas par le sens mais par la sensation. Etablir ainsi une sorte de corps à corps avec le spectateur. »