05/10/2026
Vu MÉMOIRE DE FILLE de Judith Godrèche, adapté d'Annie Ernaux. Alors, je n'ai pas lu le livre autobiographique de la Prix Nobel, je ne sais donc pas à quel point l'adaptation y est fidèle mais l'écrivaine a été bouleversée par la façon dont la réalisatrice s'est appropriée cette histoire si intime et qui, à bien des égards, résonne avec la sienne. Annie a 17 ans (et demi !), vit à Rouen au-dessus de l'épicerie de sa mère. Un été, elle part une semaine en colonie de vacances, comme animatrice. Un bouillonnement intérieur, propre à l'adolescence, la dévore et la perspective de quitter son environnement sclérosant et une mère à la fantaisie absente, la réjouit. Sur place, elle y fera l'apprentissage de l'autonomie et l'expérience du mépris, de l'humiliation et de la violence qui conditionneront son rapport aux hommes… et le reste de sa vie ! C'est sacrément couillu pour cette actrice chevronnée mais cinéaste débutante, désormais cheffe de file du mouvement , de s'emparer de l'œuvre d'une telle icône féministe ! Rien que pour l'audace, pour l'authenticité de la démarche, et la générosité de son travail, le film vaut d'être vu. Il y a des défauts (une fin interminable, une manière sans doute maladroite de vouloir tout dire et tout aborder, quelques plans gratuits sur sa fille -à qui elle a confié le rôle principal et qui l'incarne avec grâce- dont elle ne se lasse jamais de capter le visage en maxi gros plan) mais beaucoup de qualités également. On sent qu'elle cherche à faire du cinéma, qu'elle n'abandonne jamais la forme au profit d'un sujet qui se suffirait à lui-même. Il y a donc de belles idées de plans et une façon très pertinente de filmer l'indicible. Un film digne et courageux.
Jour2Fête