12/10/2026
Il y a des rencontres fortuites qui changent le cours d’une démarche artistique. Tout a commencé par un regard, au détour d’une ruelle à Akpakpa. Une vieille Vespa croisée par hasard, une photo prise sur l’instant... Et sans le savoir encore, le premier chapitre d’une grande aventure artistique venait de s’écrire.
De ce cliché est née en 2021 la toute première pièce de ma série Kèkènôn, exposée pour la première fois à l’Institut Français de Cotonou.
En fon, Kèkènôn (ou Zémidjan) désigne le conducteur de taxi-moto — cette figure centrale, dynamique et incontournable de notre quotidien, communément appelée nos « gilets jaunes ». À travers cette série, j’ai exploré une figure centrale de la sociologie urbaine béninoise : le conducteur de taxi-moto. Le cœur de cette recherche repose sur un anachronisme volontaire et puissant, celui de remplacer la moto de travail habituelle par une Vespa : objet de prestige d’un passé, de séduction et marqueur de classe sociale élevée dans des décennies passées. La Vespa devient sous le pinceau de l’artiste un outil d’anoblissement. En installant le zémidjan sur ce support légendaire, l’artiste opère une véritable ascension sociale symbolique ; mon intention est de transformer celui que la société perçoit souvent comme précaire en un personnage élégant, respecté et central. Cette série interroge également la réalité d’une jeunesse résiliente : celle des diplômés sans emploi et des jeunes issus de l’exode rural qui, faute d’opportunités, se tournent vers ce métier. Pour moi, le kèkènôn n’est pas seulement un conducteur, mais une archive vivante de la ville, le détenteur des potins et des récits urbains.
Cette série restera toujours spéciale à mes yeux : c’est elle qui a marqué le véritable lancement de ma carrière artistique. Un réel bonheur d’avoir exploré cette vision et de voir le chemin parcouru depuis !