12/10/2026
💬 L’œuvre qui se nomme directement "La Chute" ressuscite le mythe d’Icare. Il est noir, du noir des plumes que l’artiste a collées sur la silhouette découpée, suspendue au plafond. Noir comme un corbeau ou une corneille, oiseaux de mauvais augure. Ses jambes sont à la verticale, inutiles, ce qui accentue la sensation d’un déséquilibre irréparable. Ses ailes ne le portent plus.
L’œuvre est, elle aussi, d’une remarquable simplicité, irréfutable si l’on peut dire. Sans aucun espoir. Lui non plus ne s’en sortira pas vivant. Il a eu l’arrogance de chercher à s’affranchir de la pesanteur et le voici réduit à sa condition mortelle d’humain. Il est puni pour sa prétention. Mais ce n’est pas tout. Sur le sol, là où Icare va s’écraser, sont dispersés dans un désordre volontaire les fragments, eux même noirs, d’une mappemonde. Ils portent les noms de pays dont les contours ont été, pour certains brisés, et les territoires éparpillés.
"Fractures tectoniques" dit le titre. Cette tectonique n’est pas celle des plaques et du magma qui suscitent séismes et éruptions, catastrophes naturelles. Cette tectonique est celle des invasions, des guerres civiles et étrangères, d’un monde où ne se comptent plus les zones de combat car si l’Europe est désormais à nouveau un champ de bataille, l’Afrique et l’Asie le sont aussi...
ℹ️ Extrait de l'entretien entre le critique et historien d'art Philippe Dagen et l'artiste Gloria Friedmann qui accompagne l'exposition "Entre deux vertiges" à découvrir jusqu'au 21 novembre 2026.
Transfo est ouvert du mardi au samedi 14h-19h. Jusqu'à 21h le jeudi. Entrée libre et gratuite.
Photos : Marc Domage