02/04/2023
Dans la continuité des publications sur la représentation du viol et de ses conséquences dans l'art, aujourd'hui, on parle "film". Si je mets des guillemets, ce n'est pas pour critiquer l'œuvre mais bien pour préciser qu'il raconte un morceau de vie de Maureen Kearney, syndicaliste CFDT chez Areva. Le film est adapté d'un livre-enquête écrit par la journaliste Caroline Michel-Aguirre, relatant des mêmes faits.
Maureen Kearney, professeure d'Anglais au sein d'une filiale d'Areva et syndicaliste CFDT alerte dans les années 2010 presse et politiques sur l'existence d'un contrat secret entre Areva et la Chine. Peu de gens l'écoutent, elle est menacée à plusieurs reprises avant d'être séquestrée et violée. S'en suit une enquête bâclée ou la victime devient la coupable.
Sans faire doublon avec le précédent post (sur la série Unbelievable), il est important de rappeler que les fausses accusations représentent entre 2 et 8% des plaintes. Voici un article, très sourcé, qui expliquera bien mieux que moi : http://femmesdedroit.be/informations-juridiques/abecedaire/fausses-accusations-de-violences-sexuelles/
Maureen Kearney fait partie des 10% de survivant.es a avoir porté plainte. Pourcentage bien trop minoritaire, expliqué par de multiples raisons : la difficulté des étapes à traverser, la confiance et le soutien très faibles mais aussi et surtout le potentiel deuxième traumatisme... La "Double peine", comme le dit très justement Isabelle Huppert dans le film.
Après un cambriolage, un départ de feu, avec un voisinage un peu "bizarre" et même après une séparation, on a souvent besoin de partir, de laisser derrière nous tous ces souvenirs. Alors, après un viol, au cœur de notre intimité, comment se reconstruire ? Comment, n'étant pas cru.e, peut-on se sentir en sécurité, comment peut-on croire à nouveau en l'humain ? Pouvons-nous garder le même mobilier, ne pas déménager, tout recommencer au même endroit ? Ces questions peuvent sembler évidentes, mais on les oublie trop souvent lorsque l'on parle de viol, traumatisme qui bouleverse radicalement notre quotidien.
Ce n'est jamais anodin, jamais normal, jamais honteux. Force à toutes et tous.