Note d’intention
Depuis toujours j’ai été fascinée par le génie de William Shakespeare. Sa vision multidimensionnelle, intemporelle, universelle, sa profonde connaissance de la nature humaine, sa manière habile de l’exprimer, m’ont marquée, imprégnée, émerveillée. Son œuvre impressionnante est une source intarissable d’inspiration, tant pour le théâtre et le cinéma, que pour la littérature, la pei
nture et la musique. J’avais déjà esquissé un premier hommage, pour mettre en lumière, démontrer, rappeler l’immense, l’inestimable héritage que cet auteur et dramaturge hors normes a légué à notre culture, à notre art contemporain, à notre civilisation, en écrivant et jouant ma pièce de théâtre musical “Quand Shakespeare inspire Hollywood”. Mais cette célébration ne fut sans doute pas suffisante, puisque ces dernières années j’ai obstinément été hantée par l’envie tenace de me plonger plus, et entièrement, sans filet, dans l’univers shakespearien, afin d’en explorer les mystères et les subtilités de la manière la plus épurée, la plus vraie possible. De toute évidence, il m’était devenu nécessaire de relever un grand défi : traduire, adapter et mettre en scène une de ses pièces. Pendant un moment j’avais envisagé de revisiter « Le songe d’une nuit d’été », qui m’enchante par son aspect féerique et poétique. Mais la force et la puissance d’une reine légendaire, intelligente, séduisante et passionnée, et son envoutant parfum d’Orient, ont exercé sur mon esprit une attirance féministe plus intense encore ! C’est pourquoi j’ai décidé de me dévouer humblement, rigoureusement, au travail pharaonesque de la traduction, de l’adaptation et de la mise en scène d’Antoine et Cléopâtre, dans le respect le plus absolu de l’auteur, en m’appuyant sur l’admiration sans limites que je lui voue. J’ai construit ce projet en gardant à l’esprit les trois périodes : l’Antiquité, époque où l’histoire se déroule ; 1606, l’année de la première représentation de la pièce ; et aujourd’hui, instant où nous lui redonnons vie. J’en ai échafaudé et escaladé les trois piliers sociétaux essentiels : amour, politique, et religion, pour en définitive d’autant mieux mettre en exergue l’aspect le plus proéminant de l’histoire, et à mes yeux primordial, à savoir le caractère et le destin extraordinaires d’une des femmes les plus célèbres de tous les temps. J’ai souhaité allier esthétisme et exotisme, humour et mysticisme, afin que scintille sur scène, du début à la fin, une lueur d’humanité et d’espoir. J’ai voulu garder à jamais allumée cette flamme vacillante de la fatale passion d’un illustrissime couple qui s’aimait d’un amour impossible. Avec son talent inégalable et son côté sombre, l’impétueux Sir William Shakespeare induit ici encore, toujours, en tous, petits et grands, un fort impact émotionnel. Ce vibrant témoignage historique et dramatique nous transporte résolument au-delà de la triste victoire de l’éphémère et cynique pouvoir politique, qui broie inexorablement les sentiments et les âmes. J’adresse mes remerciements à Monsieur Jean-Luc Jeener, qui une fois de plus m’a fait confiance et m’a permis de m’exprimer, de créer et présenter cette pièce dans ce bel écrin qu'est le Théâtre du Nord-Ouest, dont il est le Directeur et le Maître. Enfin mon indéfectible affection va à l'impressionnante troupe des «Alexandromains», comédiens exceptionnels qui vivent et font vivre cette belle aventure : Joséphine Cordesse, Alexandre Durand, Marc Grèzes-Rueff, Yana Grigoreva, Balthazar Grimaldi, Philippe Hazza, Suzana Joaquim Maudslay, Luana Kim, Jonathan Le Guillou, Axel Lépine, Noé N’Semi, Rémi Picard, Marion Rif, Éric Veiga.