Orange Passion Livre

Orange Passion Livre au sein du pays d'Orange

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Rendez-vous le Jeudi 25 juin à 18h (accueil à partir de 17h45) au Bistrot de Marius, avenue de la gare à Orange pour le ...
13/06/2026

Rendez-vous le Jeudi 25 juin à 18h (accueil à partir de 17h45) au Bistrot de Marius, avenue de la gare à Orange pour le dernier Café Littéraire avant l'été.
Au programme : De pierre et d'os, de Bérengère Cournut.
Une belle histoire d'initiation et de rencontres au coeur de la banquise, à la découverte du peuple Inuit, de sa vie sociale et de son regard sur le monde.
Le Café Littéraire cloturera en beauté cette riche saison qui a encore eu les honneurs de la presse.
Merci à tous !

Ecouter les "Souffles d’Orient" sur la Colline St EutropeC'est par une très agréable douceur estivale que, ce mercredi 3...
04/06/2026

Ecouter les "Souffles d’Orient" sur la Colline St Eutrope
C'est par une très agréable douceur estivale que, ce mercredi 3 juin en fin d'après-midi, les membres du Café Littéraire d'Orange se sont retrouvés sur la Colline Saint-Eutrope. En cette période où trop de peuples d'Orient sont victimes d'oppression fanatique, privés de liberté et condamnés à l'exil quand ce n'est pas à la destruction, à la faim et à la mort, ils avaient décidés de se retrouver en ce lieu pour écouter, à travers des textes et des poèmes, les voix venues d'Iran, du Liban, de Palestine ou d'Afghanistan. D’Omar Kayam, le poète p***e et des Rubayat de l’an mille à Forough Farrougzack la rebelle qui lance à une société iranienne corsetée « J’ai péché, péché dans le plaisir », racontée par Abnousse Shalmani et mise en musique par Zaz, de Rachel, la poétesse juive et russe qui chante la Galilée à Mahmoud Darwich, le porte-voix du peuple palestinien, qui conte autant l’amour, les petites choses de la vie que l’aspiration à sa terre et à la paix, de Suzanne Alaywan qui pleure sa fuite de Beyrouth à Tayyeba Soheyla criant son désir de liberté dans un Afghanistan enfermé dans l’obscurantisme, autant de paroles parmi d’autres venant du passé ou d’aujourd’hui. Leurs mots et leurs poèmes, qui nous arrivent comme dans un souffle, parfois puissant et parfois difficilement audible, voyagent jusqu’à nous et expriment leur détresse et leurs espérances, leur combat et leur nostalgie, la nature et la jouissance de la vie.
Une belle rencontre emplie d'émotion qui nous rappelle que la littérature n'est pas uniquement un plaisir personnel mais avant tout une rencontre vers la parole et la compréhension de l'Autre.
Le Café Littéraire se retrouvera pour sa dernière séance avant l'été le jeudi 25 juin à 18h au Bistrot de Marius.

Prochain Café Littéraire Jeudi 28 mai 18h (accueil à partir de 17h45) au Bistrot de Marius à côté de la gare. Au program...
25/05/2026

Prochain Café Littéraire
Jeudi 28 mai 18h (accueil à partir de 17h45) au Bistrot de Marius à côté de la gare.
Au programme
« L’enfance d’un chef » de J.P. Sartre, présenté par R. Colozzi
L'Enfance d'un philosophe et... même plus,
Naissance à Paris, le 21 juin 1905 de Jean-Paul, Charles, Eymard Sartre, baptisé le 20/07 suivant à N.-D. de Grâce de Passy. Beaucoup d'éléments de cette enfance, même et surtout si l'on se réfère au début de son autobiographie dans Les Mots (1963), laquelle fait l'unanimité de la critique pour son style parfait et ses analyses intro et rétrospectives.
Sartre est issu d'une famille de la grande bourgeoisie, qui compte des catholiques, des protestants originaires du Périgord et d'Alsace (il est le petit cousin d'Albert Schweitzer).
À 2 ans, il devient orphelin de père et vers 1909, à 4 ans il apprend à lire en déchiffrant Sans famille d'Hector Malot. "Poulou", petit Rémi du roman de notre enfance !
Entre 5 et 7 ans, il vit d'intenses angoisses de mort confinant à une authentique névrose. Ces pages restent saisissantes.
Vers 7 ans, il lit Mme Bovary, Corneille, Rabelais, La Fontaine, Voltaire, Hugo : "... rien ne me parut plus important qu'un livre", ou encore : " J'ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres", écrira-t-il.
1915, " Jusqu'à 10 ans, je restai seul entre un vieillard -mon grand-père - et deux femmes." Et en octobre "Poulou" entre en 6ème au lycée Henri IV, puis après deux ans au lycée de La Rochelle, il rentre à Louis-le-Grand et en 1924 (19 ans) à l'E.N.S., où il sera reçu 1er à l'agrégation de philosophie en 1929, ex-æquo avec Simone de Beauvoir. Déjà !
Après un début de carrière d'enseignant au Havre, Laon, Neuilly, "Pasteur, Condorcet", il se consacre, à la Libération, au journalisme (Libération), à la philosophie et la littérature militantes essentiellement.
Sartre va produire des essais : L'existentialisme est un humanisme (1946), des romans : La Nausée (1938), Les Chemins de la liberté (1945), des pièces de théâtre, de moins en moins jouées en France : Les Mouches (1942), Huis clos (1944), La P... respectueuse (1946), Les Mains sales (1947), Le Diable et le Bon Dieu (1951), Les Séquestrés d'Altona (1959) ; des nouvelles enfin, comme celles réunies dans Le Mur (1939), dont L'Enfance d'un chef, considérée comme l'un de ses chefs-d’œuvre du point de vue strictement littéraire : satire vive, méchante et affirmée, des mœurs bourgeoises de l'époque.
Philosophe et journaliste très engagé politiquement, Jean-Paul Sartre fut et est très discuté par les uns, beaucoup admiré par les autres. Ses "ruptures" avec Raymond Aron et surtout Albert Camus sont restées inoubliables.
Et c'est en toute logique personnelle qu'en 1964, il refusera le prix Nobel, faisant valoir que foncièrement pacifiste - mais pas pour tout le monde...- il ne pouvait associer son nom à celui de l'inventeur de la dynamite... Merci pour les bâtisseurs d’autoroutes !
Nota bene : Toutefois, pour tout "comprendre" de ce "chef" philosophique, voire de son enfance, lire (ou relire) avant tout ou simultanément son autobiographie : Les Mots (200 p.), déjà citée, non pas seulement d'un conteur mais aussi et surtout d'un penseur foncièrement introspectif, limite dérangeant. Les mœurs et la politique remontent à... déjà longtemps ! Rien de très nouveau sous le soleil, et même celui de Satan, aurait dit Bernanos. Qu’on peut relire aussi,... accessoirement.

Prochain Café Littéraire le jeudi 30 avril à 18h au Bistrot de Marius (accueil à partir de 17h45)Au programme : La Route...
21/04/2026

Prochain Café Littéraire le jeudi 30 avril à 18h au Bistrot de Marius (accueil à partir de 17h45)
Au programme : La Route, le chef-d'œuvre de Cormac McCarthy.
Cette fable sombre post-apocalytique nous invite à penser la survie et l'individualisme dans un monde où la nature a disparu.
Mais elle nous conduit aussi sur "la route", aux origines du mythe américain ainsi qu'à vivre la relation initiatique père-fils.
Un des récits majeurs de ce début de 21ème siècle.

Le conseil de Bénédicte ! Bonjour,Une lecture encourageante qui replace la position de l'écrivant face à lui-même et sa ...
26/03/2026

Le conseil de Bénédicte !
Bonjour,
Une lecture encourageante qui replace la position de l'écrivant face à lui-même et sa relation avec l'écriture.
"Pour être clair avec soi-même, pour savoir de quoi sa propre pensée est réellement capable, l'épreuve de l'écriture paraît cruciale. "Georges Picard.
"Un écrivain doit parfois accepter de renier ce qu'il a écrit pour continuer à écrire." Georges Picard.
Bonne lecture.
Bénédicte Mitrano

Prochain Café Littéraire :Jeudi 26 mars à 18h (accueil à partir de 17h45) au Bistrot de Mariusavec le livre au succès in...
14/03/2026

Prochain Café Littéraire :
Jeudi 26 mars à 18h (accueil à partir de 17h45) au Bistrot de Marius
avec le livre au succès international, adapté au théâtre et qui sort très prochainement au cinéma :
Changer l'eau des fleurs de Valérie Perrin
présenté par Martine SCHMIDT
« Changer l’eau des fleurs » est un récit romancé de Valérie PERRIN, paru aux éditions Albin Michel en 2018. Bestseller traduit dans le monde entier, une pièce en a été tirée, jouée au théâtre de la Renaissance à Paris, puis au théâtre du Chêne noir à Avignon et nominée aux Molière en 2022.
Dans ce roman, le narrateur ‘’Violette’’, personnage principal se confond à l’auteur à travers de nombreux aller et retours situationnels sur une trentaine d’années. L’intrigue est complexe, autour d’un sujet existentiel, la peur de l’abandon, remettant en question le sens de la vie, de la mort, de l’amitié, de l’amour.
Conduit à la manière d’un polar, le lecteur est tenu en haleine par un ensemble de situations plus ou moins complexes, reliées à une intrigue principale autour du personnage de Violette, orpheline, née sous X, dont la vie est traversée par des coups de théâtre, des rencontres de personnages déterminants et de personnages secondaires.
Violette est une femme sensible, attachante, gardienne de cimetière, généreuse, par moment bouleversante.
Le principal lieu de l’action est le cimetière gardé par Violette, et sa cuisine où elle reçoit de nombreux visiteurs et tient le registre des enterrements qu’elle annote de ses observations.
La symbolique de la vie et de la résilience est permanente à travers la présence des fleurs, du jardinage, de la culture potagère.
Le nœud de l’intrigue est construit autour de la mort de sa fille, qui reste mystérieuse et ne sera révélée qu’en toute fin.


Les personnages qui traversent ce récit sont des personnes ordinaires, mais pas banales dont les actes sont observés avec réalisme et aussi humour.
Valérie PERRIN utilise une écriture simple, réaliste, dans une langue courante. Le texte fait 600 pages ; on trouve une certaine lenteur dans le premier tiers, puis tout s’imbrique dans plusieurs situations croisées, sur lesquelles le journal intime d’un des personnages, vient quelquefois se superposer, pour enrichir le questionnement et la réflexion du lecteur.
On retrouve le même style que dans le premier roman de Valérie PERRIN, ‘’Les Oubliés du dimanche’’ dans lequel le personnage principal était porté par une aide-soignante dont l’action visait à rompre la solitude des personnes âgées abandonnées en maison de retraite.
Là encore se rencontrent le thème de l’abandon, de la perte, de l’oubli, et la mise en scène de personnes simples de la vie courante.
Un roman construit à la « Claude LELOUCH » dont Valérie PERRRIN est la photographe de plateau et la coscénariste depuis longtemps et l’épouse depuis quelques années.

Le grand écrivain portugais Antonio Lobo Antunes est décédé le 5 mars 2026 à 83 ans. Peut-être mal connu des lecteurs, c...
05/03/2026

Le grand écrivain portugais Antonio Lobo Antunes est décédé le 5 mars 2026 à 83 ans. Peut-être mal connu des lecteurs, ce médecin psychiatre, profondément marqué par sa présence en Angola pendant la guerre, a ensuite opté pour la littérature avec succès.
On peut proposer, pour le découvrir, un de ses premiers récits, Le Cul de Judas.
Le Cul de Judas, c’est le long monologue d’un homme alcoolisé dans un bar de nuit de Lisbonne à une femme de rencontre.
Le Cul de Judas, c’est surtout cette jungle angolaise, aux marges d’un empire portugais qui défaille, au début des années 1970, où cet homme, médecin est envoyé avec d’autres hommes de sa génération combattre et perdre une guerre qui ne le concerne pas, dans la touffeur, l’horreur, l’éloignement et l’incompréhension de ses proches et concitoyens.
Le Cul de Judas, c’est un récit existentialiste désabusé, sarcastique, dans des vapeurs de mauvais alcool et de sexe désabusé, un récit cynique et lucide de désespoir, un récit dense, torrentiel, aiguisé dont la lecture ne peut être que lente tant elle décrit parfois l’innommable non seulement sur le terrain de la guerre mais aussi au cœur, dans la chair et la tête des survivants et dans la confusion des pensées.
Le Cul de Judas, c’est une sublime écriture poétique, douloureuse et tragique, un de ces ouvrages essentiels qui donne pleinement son sens à la littérature.
Né en 1942, Antonio Lobo Antunes, médecin psychiatre, participe à la guerre d'Angola de 1971 à 1973, dont la dénonciation inspire directement ses trois premiers romans dont Le Cul de Judas qui le rend immédiatement célèbre dans son pays qui vient de tourner la page de la dictature.
Ses romans suivants explorent le Portugal au fil des siècles, ridiculisant une vision héroïque de son histoire pour mettre en exergue la bourgeoisie prétentieuse et hypocrite et les illusions et les mythes du peuple portugais. Régulièrement présenté comme nobélisable, à la suite de son compatriote, José Saramago, il ne le sera donc pas.
Michel Antoni

Prochain Café Littéraire le jeudi 26 février 2026 à 18h (accueil à partir de 17h45) au Bistrot de Marius, à côté de la g...
11/02/2026

Prochain Café Littéraire le jeudi 26 février 2026 à 18h (accueil à partir de 17h45) au Bistrot de Marius, à côté de la gare à Orange. Au programme :
Stanislaw Lem : Le Congrès de futurologie
Présenté par Christian Jannone.
Stanislaw Lem, fils d’un médecin juif, est né à Lwów, ville polonaise désormais ukrainienne (Lviv) en 1921 et meurt à Cracovie en 2006. Il est considéré comme un des grands écrivains de science-fiction du XXe siècle, une plume qui tranche non seulement avec les écoles américaine, britannique et française du genre, mais aussi avec la SF soviétique de son temps. Gunther Anders considère Stanislaw Lem comme l’égal de Jules Verne pour ses visions sur la révolution technique moderne.
Etudiant en médecine, puis résistant contre les Allemands, il dut supporter la domination soviétique sur la Pologne à l’issue de la guerre. Stanislaw Lem n’ira pas jusqu’au bout de ses études de médecine, se refusant à devenir médecin militaire, se contentant d’un poste d’assistant de recherches dans une institution scientifique. C’est en ces circonstances qu’il a entamé sa carrière littéraire. Partisan de l’Occident, malgré le stalinisme et sa censure, Stanislaw Lem n’a eu de cesse de critiquer le collectivisme soviétique. Sa position politique a servi sa reconnaissance internationale.
Avec Le Congrès de futurologie, paru en 1971 en Pologne et traduit en 1976 en français, nous nous intéressons au volet science-fictionnel de son œuvre, mais on ne peut omettre le Stanislaw Lem des apocryphes, cette série de critiques pastiches d’ouvrages n’ayant jamais existé, dans une démarche à la Borges et dont un seul a été traduit en français : Bibliothèque du XXIe siècle.
Quelles sont les thématiques généralement abordées par Stanislaw Lem en science-fiction ?
On y trouve l’impossibilité de communication entre les civilisations humaines et extraterrestres, qui les dépassent, qu’il s’agisse d’une civilisation d’insectes robotiques dans L’Invincible (1964), ou de l’océan pensant de Solaris (1961). Les utopies technologiques ne sont pas oubliées, le progrès technologique dispensant l’homme de tout effort, comme dans La Cybériade, recueil de nouvelles (1965). J’y ajouterai un troisième thème majeur : les mondes virtuels, hallucinatoires et illusoires, engendrés par la drogue, omniprésente dans Le Congrès de futurologie. Il rejoint là Philip K. Dick, seul auteur américain de SF qu’il reconnaissait, car Lem considérait la science-fiction américaine comme médiocre et mercantile, dépourvue de toute ambition littéraire et recherche stylistique. De fait, les mondes virtuels émanant des expériences stupéfiantes ont été le pendant de ceux créés par la technologie, dans le sous-genre cyberpunk.
Tôt, dès 1960, Stanislas Lem fut adapté au cinéma. Solaris intéressa tout autant Andrei Tarkovski en 1972 que Steven Soderbergh en 2002. Le Congrès de futurologie lui-même sous le titre Le Congrès (2013), une très libre adaptation mêlant animation et prises de vues réelles, due à Ari Folman, réalisateur israélien.
Le contexte de 1971.
La Pologne venait de connaître en décembre 1970 ce que l’on a appelé les émeutes de la Baltique, mouvement de protestation contre la vie chère, au cours duquel l’armée procéda à une répression violente dont on discute encore du bilan. Le spectre de la révolte ouvrière, qui fit peur aux Soviétiques, annonçait les événements survenus dix ans plus t**d et causèrent la chute de Wladislaw Gomulka, premier secrétaire du parti ouvrier polonais, remplacé par Edward Gierek.
Nous sommes alors dans les retombées des fameuses crises de révolte de la jeunesse occidentale, de 1968, ainsi qu’à la fin du mouvement psychédélique de la contre-culture pop qui avait atteint son sommet entre 1967 et 1969, dont la mort prématurée de Jimi Hendrix le 18 septembre 1970 fut le crépuscule. Nous sommes aussi à la veille des conclusions du club de Rome : dans un contexte de croissance démographique menaçant de devenir incontrôlable, avec les débuts de la prise de conscience écologique, les ressources naturelles (énergies fossiles, minerais) et alimentaires ne risquent-elles pas de s’épuiser, menant à notre extinction ? Ne fallait-il pas en venir à la « croissance zéro » ?
Résumé du livre :
Je décèle dans Le Congrès de futurologie trois parties distinctes.
Il y a d’abord le congrès proprement dit, fort malmené, avec une montée progressive du chaos. L’intrigue prend place dans le pays latino-américain imaginaire du Costaricana, à l’hôtel Hilton, où doit se tenir le huitième congrès de futurologie. Le professeur Ijon Tichy y a été invité par le professeur Tarantoga en cette contrée fort peu sûre. Le consul des Etats-Unis est enlevé par un groupe terroriste, et, dès le début du congrès, il y a des combats de rue puis l’enchaînement de péripéties foisonnantes, sur fond de visions hallucinatoires qui pèsent sur la perception de la réalité.
Le patronyme complet du personnage central, Ijon Tichy, ne nous est dévoilé que t**divement, à l’instant paradoxal où il se retrouve dépossédé de son identité, transplanté dans un autre corps, en une chirurgie esthétique radicale, transgenre et trans-raciale, dans la peau d’une jeune femme noire révélée par le miroir et le toucher. Mais qu’est-ce que le réel ? Tichy ne serait-il plus qu’un cobaye humain balloté au nom d’expériences interdites ? De pertes de conscience en réveils, Tichy voyage d’une identité à l’autre, d’un corps à l’autre, en fait d’une hallucination à l’autre, d’abord homme-arbre, passant ensuite de la femme noire à l’homme obèse à barbe rousse, de lui-même à un autre par le tour de passe-passe d’un échange de corps tel que parfois la science-fiction aime à en jouer. De fait, nul n’a quitté les égouts refuges, même si l’hallucinogène poursuit ses effets car l’on sait que la police a drogué l’eau potable afin de riposter aux émeutiers ! Les hommes-grenouilles viennent récupérer les réfugiés avec brutalité avant un nouvel évanouissement et un énième réveil dans un hôpital peut-être réel celui-là.
La deuxième partie peut s’enchaîner et ce qui s’y déroule au départ n’est pas sans évoquer les expériences médicales tristement célèbres effectuées par les régimes totalitaires (mais pas qu’eux !) puisqu’on apprend qu’Ijon Tichy va être soumis à un processus de vitrification, ou cryogénisation temporaire, de « sommeil hibernal » de quarante à soixante-dix ans. Son cas clinique, sa folie, sont réputés « désespérés » selon une vision ancienne et dévoyée de la médecine, où l’étude du cas pathologique importe davantage que soulager le patient de ses souffrances, de le soigner. S’ensuivent plus de deux pages de phrases décousues jusqu’à la « décongélation », puis le basculement dans le style diariste, avec une date 27/7 puis une année : l’an. 2039. Nous baignons alors dans une utopie intégrale, un de ces mondes parfaits sont était friande une certaine littérature de voyages fabuleux, philosophique, de ces contes dont se régalait le lectorat du XVIIIe siècle, traitée ici à la sauce stupéfiante.
De l’utopie à la dystopie : à compter du 3/10/2039 jusqu’à la fin du roman, nous sommes dans une troisième partie, celle de la révélation par étapes du réel, dévoilé de couche en couche, ou plutôt comme des poupées gigognes russes que l’on ouvre au fur et à mesure. De fait, il y avait plusieurs niveaux de tromperies générées par les drogues. C’est là que Stanislaw Lem se rapproche le plus de Philip K. Dick. De fait, les hallucinations farfelues et délirantes évoquent non seulement les haschischins du XIXe siècle mais aussi le surréalisme.
On peut estimer qu’il existe dans les littératures de l’imaginaire deux façons de manier le virtuel : par les drogues (forme de recours dominante des années 1970-80) puis par l’informatique (forme dominante depuis la fin du XXe siècle avec l’essor d’Internet et de ce que la SF appelle « holosimulations » par le sous-genre cyberpunk).

Drogues et néologismes :
La présence fondamentale du thème de la drogue et des mondes hallucinés qu’elle engendre est prétexte pour Stanislaw Lem à une multiplication virtuose et humoristique des néologismes. Cette inventivité permet de décompresser en un roman à la fois satirique et terrifiant, puisque nous sommes dans une dystopie. Comme Lubitsch et Chaplin qui prouvèrent en leur temps qu’on pouvait rire du nazisme, notre écrivain polonais démontre que l’humour est la meilleure arme pour combattre l’utopie négative.
On remarquera toute la série des termes inventés tournant autour de la description du monde du supposé et apparent 2039, qu’il s’agisse des individus, des situations ou des objets plus ou moins technologiques, peut-être pour tourner en dérision l’œuvre d’Isaac Asimov, mais aussi pour rendre hommage au Philip K. Dick d’Ubik paru alors récemment. On débouche sur une langue nouvelle et farfelue. Stanislaw Lem ne se moquerait-il pas de l’évolution des langues ? Ne rejoint-il pas l’Oulipo et Raymond Queneau, mais aussi Boris Vian en ces jeux lexicaux à l’humour décapant ?
A la théorie du complot s’oppose l’utilisation de ces substances pour des raisons humanitaires, en une Terre surpeuplée de 20 milliards d’habitants (théorie de l’explosion démographique ayant cours dans les années 1970, avec la surpopulation et ses conséquences, comme par exemple dans le film Soleil vert de 1973) au point de comparer ce monde à un cadavre momifié auquel on conserve la fausse apparence du vivant. La population, les travailleurs, ne peuvent connaître la vérité, grâce à l’action de la « pharmacocratie » qui masque le réel ou le fait oublier par tout un panel de drogues. Tout cela relève du gouvernement par la « psycho-chimie » et par les psychotropes, manière d’assujettir les populations. La tromperie du monde ouvrier par les stupéfiants est une critique évidente du système communiste par Lem : la manipulation de la population par la promesse du « paradis » soviétique.
La fin de l’histoire nous interroge sur l’illusion collective : le système, s’avérant incapable de prodiguer le vrai confort, la vraie richesse, permet à la « pharmacocratie » de se maintenir au pouvoir. L’humanité clochardisée, estropiée et mutilée s’affiche dans toute son horreur sordide, baignant dans son simulacre de bien-être. On cache à l’humanité, en « derniers Samaritains » ce qu’il en est en une Terre agonisante, victime de la glaciation et de la surpopulation en l’an véritable 2098. Les drogues sont l’outil de ce camouflage.
Au début des années 1970, la science hésitait entre deux thèses de l’évolution du climat, réchauffement ou glaciation. Tout le monde s’accordait sur l’explosion démographique et c’est en cela que ce roman est « daté ». A l’optimisme d’Isaac Asimov s’oppose le pessimisme de Stanislaw Lem, fort de l’expérience totalitaire communiste, un pessimisme cependant pondéré par l’humour, bien plus présent que chez Philip K. Dick qu’il appréciait. Lem réussit l’exploit de se moquer de nous, Occidentaux des années 1970, tout en glissant - au risque de la censure - une critique aigüe du système soviétique, de ses modes opératoires et de ses artifices trompeurs, mais aussi de la psychiatrie médicamenteuse. Il expose avec maestria les problèmes et interrogations du monde sur son avenir à l’orée des années 1970. Au fond, il utilise la futurologie de l’époque, mais une futurologie qui a cessé de s’extasier sur le progrès technique, futurologie désenchantée dans laquelle la technologie se retrouve dévoyée par l’usage des robots, en une thèse contraire à celle d’Isaac Asimov. Livre de l’irruption du désenchantement du monde, deux ans seulement après Apollo 11 ! Loin de demeurer un sous-genre, la science-fiction est bien de la grande littérature avec ses grands auteurs. Elle nous invite à réfléchir.
Christian Jannone.

JEUDI 29 JANVIER 2025 à 18 h (accueil à partir de 17h45) au Bistrot de MariusOn se retrouve pour le premier Café Littéra...
16/01/2026

JEUDI 29 JANVIER 2025 à 18 h (accueil à partir de 17h45) au Bistrot de Marius
On se retrouve pour le premier Café Littéraire de cette nouvelle année avec Paradis d'A.Gurnah.
Venez nombreux, entrée libre.
Abdulrazak Gurnah est un écrivain tanzanien et un universitaire spécialisé dans les études postcoloniales. En 2021 l’académie Nobel a officiellement indiqué le récompenser pour son analyse sans compromis des effets du colonialisme et du destin des réfugiés écartelés entre cultures et continents.
D’ailleurs ses dix romans - dont quatre traduits en français : Paradis (1994), Près de la mer (2001) Adieu Zanzibar (2005) et Les vies d’après (2023) - sont tous porteurs d’un récit sur l’immigration et la colonisation.
Né le 20 décembre 1948 à Zanzibar, ce romancier écrit en anglais. « Ecrire en anglais je ne l’ai pas choisi c’est elle qui m’a choisi. J’ai une aisance avec cette langue de la colonisation que je n’ai pas avec le swahili, même si je le parle couramment. »
Il se définit lui-même à travers plusieurs identités : tanzanière, zanzibarie, africaine, britannique d’adoption et yéménite (par son père). D’ailleurs, suite au Nobel il expliquera :
« Je me réjouis que les africains me considèrent comme étant un des leurs.»
« Je me réjouis que mes lecteurs de Grande-Bretagne me considèrent comme étant un des leurs »
« Je me réjouis que le monde arabe me considère comme étant un des leurs. »
Le roman :
Au tout début du XXème siècle, avant la première guerre mondiale, Yusuf 12 ans vit avec ses parents dans la petite ville de Kawa en Tanzanie. Son père a ouvert un hôtel grâce à un prêt important envers un marchand arabe Aziz. Ne pouvant rembourser sa dette, l’hôtelier se voit contraint de confier son fils à son créancier. Yusuf suit donc celui qu’il appelle « oncle Aziz » sans se rendre compte qu’il devra travailler comme esclave dans la boutique de ce dernier. Lorsque le riche négociant organise une caravane pour faire des affaires à l’intérieur du pays, Yusuf prend part à l’expédition qui lui fera découvrir la diversité de son pays et de son peuple.
Ce roman est un roman d’apprentissage, un roman de formation : le commerce avec Khalil, le négoce avec Hamid au poste relais, la grande expédition vers les grands lacs (sans doute lac Victoria) voyage terriblement hostile par la nature et les diverses populations.
Je n’ai pas lu un livre sur la colonisation, mais un roman sur une terre soumise de tous les temps à une succession de domination étrangère.
Un texte passionnant, une écriture magique, une aventure en suspens permanent entre les odeurs et la poésie du monde oriental, un témoignage d’une époque.
Une fin inattendue à la dernière phrase …
Présenté par Odile Moros

Deux événements à venir à Orange :Jeudi 15 janvier 2026 à 19h à la Librairie L'Orange Bleue, Perle Vallens presente Solo...
12/01/2026

Deux événements à venir à Orange :
Jeudi 15 janvier 2026 à 19h à la Librairie L'Orange Bleue, Perle Vallens presente Solo. son nouveau recueil de poésie. Lecture et échanges
Mercredi 21 janvier 2026 à 20h au Théâtre Municipal, Laurent Brodin, passionné d'art primitif italien, nous parlera de Giotto et de son influence sur la peinture.

A ne pas rater en ce début d'année !

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