01/09/2026
Les grandes passions naissent souvent dès le plus âge...
Lorsque j'avais à peine 3 ans, mon père m'amenait déjà voir les courses de voiture sur le circuit de Nogaro, sur le tour de France auto ou au GP de Pau.
Quelques années plus t**d, son implication dans la construction et la gestion sportive du Circuit de Pau-Arnos allait être le coup de pouce du destin qui allait ancrer en moi cette passion du sport automobile, et me permettre très vite d'en faire mon métier, au travers de l'école de pilotage que j'ai fondée en 1989.
Piloter offre des sensations extrêmes et de grandes émotions, mais c'est un sport onéreux et le pratiquer implique beaucoup de sacrifices pour tous ceux qui, comme moi, sont issus d'un milieu modeste. Il n’est pas non plus facile de faire sa place et de trouver des budgets lorsqu'on est de tempérament discret et réservé, dans un milieu souvent prétentieux et beaucoup trop show business...
Épreuve des 10000 tours du Peter Auto Le Mans Classic Séries, Circuit du Castellet, samedi 29 août 2026. 15h :
Il fait très chaud, je viens d'enfiler ma combinaison, elle a cette odeur particulière, mélange du tissu anti feu et des émanations d'huile et d'échappement. Cagoule, casque, hans, gants... Je reste à l'ombre au fond du stand, isolé pour me concentrer. Je n'entends rien, malgré les bruits de moteurs qui hurlent à près de 8000 tr/min. Malgré l’expérience, c’est l’instant où mes pensées s’entrechoquent : Finir la course, ramener la voiture intacte, ne pas faire de faute, dérouler la procédure de changement de pilote, s'appliquer dans la moindre gestuelle, piloter dans les règles de l'art cette voiture extraordinaire conçue la même année que moi, en 1964, une "Amatxi"* de 62 ans...
Mais je dois remonter au classement car il y a eu un évènement de course qui nous a fait chuter de la 10eme à la 26eme place. Nous ne savons pas ce qui s'est passé. Fred, mon coéquipier, s'est arrêté sur la piste avant de pouvoir repartir, sans doute une panne...
La fenêtre de changement de pilote est ouverte et le team manager arrive en courant : "Gilles, c'est à toi, nous sommes 26, tu remontes au max !"
La Porsche grise 2.0 L cup numéro 164 aux phares jaunes rentre dans les stands, je m'avance à pas assuré, tranquillement... Pourvu que Fred ait pensé à déclencher le chrono fixé sur le volant pour ne pas sortir trop tôt... Il s'extrait de la voiture, rouge, en sueur. Il est épuisé, agacé et s’exclame : "Le câble d'accélérateur s'est déboité de la pé**le, je suis arrivé à le refixer, mais quel gâchis !" Ce n'est pas le moment de disserter, je m'installe dans la voiture, on m'attache calmement avec précision et minutie. Hors de question de ne pas être en sécurité sur la piste. La chaleur intense dans l'habitacle me prend de suite au corps. Le chrono sur le volant défile lentement, Fred a fait le job. Ne pas sortir du stand avant 2'33s, temps minimal de ravitaillement imposé. Moteur, je coupe la ligne de sortie pile à 2'34… Ça, c’est fait. Reste à se mettre dans le rythme de suite. Premier gros freinage de l'épingle du virage du Camp et grosse glisse qui me vaudra un beau ralenti à la télévision... La voiture est piégeuse, les pneus sont en surchauffe. Le tête-à-queue n'était pas loin. On se calme, on respire, on déroule… Ne plus glisser, surtout ne plus glisser pour refroidir les pneus et retrouver du grip... Le panneautage est parfait, je calcule, je m'applique. Anticipation visuelle, talon pointe et double débrayage, freinage dégressif, cordes au millimètre... P25, puis 24, 23, 22, 21, 20, 19, 18 et enfin 17 au passage du damier, après 55 minutes de pilotage intense. Une immense joie m'envahi, je pense à tout mon long parcours durant le tour de rentrée au stand. Malgré les années, je ne suis pas trop "pourri" et j'ai rivalisé avec des pilotes internationaux de renom, moi, le petit Béarnais sans moyens parti de rien, et élevé avec des pensées philosophiques que je me récite toujours et qui m'imposent l'humilité : "Plus l'homme s'instruit, plus il perçoit qu'il en sait peu", "l'intelligence ce n'est pas ce qu'on sait, mais ce qu'on fait quand on ne sait pas..."
Retour au stand. Fred, mon coéquipier qui prépare et engage la voiture, a un sourire presque gêné mais il est déçu : "Je te présente mes excuses, j’ai fait une connerie, mon pied a glissé sur le frein et j'ai accroché la biellette du câble d'accélérateur qui s'est déboitée, je suis arrivé à la remettre, arrêté en bord de piste, mais j'ai perdu un tour..."
Oui, sans cet incident nous terminions sans doute P6 ou 7. Un résultat potentiel incroyable eu égard aux différences de préparation avec les voitures des teams Anglais qui avancent des prix indécents : 80 000 € le moteur nu, plus de 350 000 € pour une voiture complète. Non, il n'y a pas de 0 en trop ni de manque de virgule... Malgré mon âme de compétiteur, maniaque de précision et de technique, obsédé de performance, le résultat final m'importe peu : Au-delà de l'immense plaisir ressenti au volant, des résultats en compétition, la plus belle satisfaction est l'aventure humaine d'une vie que je mesure à chaque instant, au travers de la complicité, de l'amitié et des sentiments d'affection et d'amour que j'ai pour tous ceux qui me font confiance depuis tant d'années.
Michel, Philippe, mon Fredo... des milliers de mercis ne suffisent pas pour vous témoigner ma reconnaissance et l'estime que j'ai pour vous. Chaque instant passé en votre compagnie me fait penser à l'adage de Soichiro Honda, fondateur de la marque du même nom : "La vraie valeur de la vie ne peut se mesurer que par le nombre de fois où on a éprouvé une émotion ou une sensation forte..."
Sans oublier la personne qui partage ma vie, mes parents, mon frère et toute ma famille que j'aime profondément... 😘😘😘
*Amatxi : « grand-mère » en langue Basque
Retrouvez la vidéo complète originale de la journée de course ici, avec notre course Porsche 2.0L Cup à partir de 1h22min de diffusion, et la grosse glisse à 2h12min environ...
https://www.youtube.com/watch?v=OVS-8GHTYLE&t=8012s
Une vidéo de notre weekend end est en cours de réalisation...