Forum d'Urbanisme et d'Architecture

Forum d'Urbanisme et d'Architecture Son rôle, par la diffusion de la connaissance, est de rendre la ville plus accessible à tous, d’en faire un bien commun largement partagé.

Le Forum d’Urbanisme et d’Architecture de la Ville de Nice est un point de rencontre, un lieu de documentation et de référence pour les Niçois et les visiteurs extérieurs relativement à l’architecture et à la ville contemporaines.

> Un lieu de sensibilisation, de diffusion et de découverte pour les professionnels et le grand public. Relocalisée au sein du complexe culturel des Abattoirs / Chanti

er Sang Neuf à compter de l'automne 2016, sa programmation événementielle alimente le débat d’idées sur l’architecture, l’urbanisme et le paysage, ainsi rendus plus familiers au plus grand nombre par une variété d'outils complémentaires les uns des autres : expositions, conférences et débats sur l’architecture, médiations et actions de proximité, promenades urbaines, projections de films…
À travers des collaborations avec d'autres établissements culturels de la Ville de Nice, mais aussi avec des acteurs de référence au plan local, il favorise le dialogue entre l'architecture, l'urbanisme et le paysage et d'autres champs de la culture : arts visuels, cinéma ou spectacle vivant.

> Un acteur pédagogique engagé
Par des actions menées tout au long de l’année dans le cadre scolaire (en partenariat avec le Ministère de l’Éducation Nationale et le Ministère de la culture et de la communication), le Forum d’Urbanisme et d’Architecture œuvre à faire des élèves et étudiants d'aujourd'hui (du primaire à l'enseignement supérieur) de futurs citoyens avertis, engagés dans la qualité de leur ville.

> Trois échelles de rayonnement
Le Forum d’Urbanisme et d’Architecture est tout d'abord un acteur niçois, tourné vers les professionnels de l’acte de construire autant que vers le grand public. Il est également un acteur national, reconnu au sein d’un réseau d’institutions homologues de promotion et de diffusion de la culture architecturale et urbaine, avec lesquelles il développe des partenariats fructueux. Enfin, il est ouvert à l’international, par l’accueil de conférenciers ou d’expositions venant de l’étranger, tout autant que par des collaborations avec des partenaires d’autres pays pour promouvoir et diffuser au-delà de nos frontières cette forme d’exception urbaine qu’a représenté Nice à travers toutes les époques, selon une tradition d’innovation qu’elle poursuit encore avec les outils et les expressions d’aujourd’hui. L’action et l’engagement du Forum d’Urbanisme et d'Architecture de la Ville de Nice sont portés par une logique selon laquelle la “qualité de ville” est un enjeu majeur du vivre ensemble.

« ATMOSPHÉRIQUE, FILMER L’ARCHITECTURE » : GROS PLAN SUR LES FILMS 🌊 session 1, film 8/11 : UNE VIE RADIEUSE (France, 20...
27/05/2026

« ATMOSPHÉRIQUE, FILMER L’ARCHITECTURE » : GROS PLAN SUR LES FILMS

🌊 session 1, film 8/11 : UNE VIE RADIEUSE (France, 2013, 17 min 15)
réalisation : Meryll Hardt / production : Le Fresnoy–Studio national des arts contemporains

Le film
En 1952, la Cité Radieuse de Marseille reçoit ses premiers occupants : quatre-vingts fonctionnaires et des sinistrés venant des quatre coins du pays et portés pour certains par l’idéal que promet Le Corbusier. C’est dans ce cadre physique et historique que Meryll Hardt a situé sa fiction expérimentale, composée à partir d’une recherche théorique en amont, derrière la figure d’un couple témoin pour appartement témoin qui expérimente l’espace, réagit à ce nouvel habitat, à sa singularité, à sa radicalité. Sur des images mêlant l’authentique et le collage, les archives et la création, le Corbu réel et la parabole en forme de performance portée par cette résidente qui s’élève sur le toit au-dessus de sa condition de ménagère aliénée par l’époque, l’auteure de cette œuvre plastique et sonore fait d’une architecture symbolique un des éléments de la polyphonie de son regard sur l’irrésolu, soixante-dix ans plus t**d, d’une certaine idée du progrès.

La réalisatrice
Artiste visuelle et sonore actuellement en doctorat de recherche-création, Meryll Hardt a réalisé plusieurs vidéos, installations et courts métrages expérimentaux, bien souvent en se mettant en scène et en composant ses propres bandes originales. Nourrie par le cinéma burlesque, la comédie musicale, la science-fiction et le jeu vidéo, son œuvre pluridisciplinaire navigue de manière fluide entre les genres et les médiums, autour de thématiques qui lui sont chères : les utopies de la modernité, les relations entre corps et contexte, virtuel et actuel — thèmes présents dans "Une vie radieuse". Travaillant aujourd’hui à la conception d’un dispositif numérique de création musicale et lumineuse, elle retrouve par la force des choses aussi bien l’architecture (à travers la figure de Iannis Xenakis), que les ondes de Maurice Martenot entendues dans "Une vie radieuse".

© Meryll Hardt

« ATMOSPHÉRIQUE, FILMER L’ARCHITECTURE » : GROS PLAN SUR LES FILMS ☘️ session 1, film 7/11 : HERBERT SIMMS CITY (Irlande...
27/05/2026

« ATMOSPHÉRIQUE, FILMER L’ARCHITECTURE » : GROS PLAN SUR LES FILMS

☘️ session 1, film 7/11 : HERBERT SIMMS CITY (Irlande, 2019, 3min 32)
réalisation : Paddy Cahill

Le film
Ce film (autrement plus profond que le presque homophone jeu vidéo d’aménagement urbain « Sim City ») est singulier dans la mesure où c’est l’architecture elle-même qui nous parle à la première personne par les mots de la poétesse Nell Regan, nés (tout comme le film qu’ils rythment) d’une commande célébrant en 2018 les cent vingt ans de la naissance de l’architecte Herbert Simms.
Il s’agissait alors, par un appel public à contributions, de tirer celui-ci d’un angle mort de l’histoire et de rendre hommage à son engagement à corps perdu dans la résolution d’une crise du logement dramatique depuis des décennies en Irlande pour les classes populaires (dont Simms, né à Londres dans une famille ouvrière, était bien placé pour comprendre l’injustice du sort). Entre 1932 et 1948, malgré des restrictions drastiques — notamment durant les années de guerre —, il fit sortir de terre comme architecte en chef de la Ville de Dublin le chiffre inespéré de dix-sept mille logements neufs. Plus que dans cette seule arithmétique, l’exigence de l’architecte portait au-delà de la fonctionnalité : sur la qualité d’usage et sur celle du dessin des ouvrages dans toutes leurs composantes (auvents, ferronneries, parements, jardins communautaires et espaces collectifs) — sur ce supplément d’âme que méritaient à ses yeux même les plus défavorisés. Ce sont justement ces éléments d'architecture qui prennent la parole dans cette promenade à travers Dublin, en un hommage t**dif que les hommes n'ont pas su rendre à temps à Herbert Simms. Épuisé par une tâche aussi colossale à accomplir et ressentant une profonde injustice face à une absence à ses yeux de reconnaissance de son travail, celui-ci s'est donné la mort l'âge de cinquante ans en 1948, ne survivant désormais qu'à travers son œuvre singulière et intense.

Autre raison pour avoir programmé ce film, comme en un écho à distance il dialogue à sa façon avec celui de Madli Lääne, "YES!" (2024), présenté par le Forum successivement dans ses galeries à l'automne 2025 et au Festival du Film sur l'Art (Le FIFA) de Montréal en mars 2026, lequel proposait une promenade dansée dans l'architecture identiquement portée par les mots d'un poète et slameur contemporain.

Le réalisateur
Observateur passionné des domaines de l’art et de l’architecture, le réalisateur Paddy Cahill (1977-2021) signa plusieurs documentaires sur l’œuvre d’architectes irlandais peu connus, tels que Séan Hillen, Amanda Coogan, Herbert Simms et Tom Mathews. Par ses films mais aussi par des interviews, des visites et des parcours urbains, il fut un grand avocat de la préservation du patrimoine moderne de Dublin.

© Paddy Cahill

« ATMOSPHÉRIQUE, FILMER L’ARCHITECTURE » : GROS PLAN SUR LES FILMS 🏘️ session 1, film 6/11 : SPLIT LIVES (Hong Kong, 202...
27/05/2026

« ATMOSPHÉRIQUE, FILMER L’ARCHITECTURE » : GROS PLAN SUR LES FILMS

🏘️ session 1, film 6/11 : SPLIT LIVES (Hong Kong, 2021, 5 min 23)
réalisation : Joshua Bolchover et John Lin

Le film
Autrefois, nombre de communautés rurales à travers le monde construisaient collectivement des maisons dont la conception témoignait de l’ingéniosité des bâtisseurs et de leur capacité à s’adapter à une grande diversité d’environnements parfois difficiles et avec des ressources limitées. Aujourd’hui, sous la pression de l’urbanisation, la culture constructive et le savoir-faire traditionnels disparaissent peu à peu des régions rurales au profit de matériaux et de méthodes de construction industrialisés. Les yaodong que montre le film en sont un symbole. Ces maisons de terre semi-enterrées et parfois troglodytes du nord de la Chine, à la typologie unique née des contraintes matérielles (absence de pierre et de bois) et de conditions climatiques majoritairement désertiques, distribuaient espaces et fonctions entre une grande cour centrale collective et des espaces de vie privatifs alentour. Aujourd’hui, en de nombreux endroits, les terres agricoles au-dessus ont laissé place à des logements, des usines ou des infrastructures qui bouleversent le paysage. À ce régime, le destin des yaodong est variable : certains sont demeurés intacts, d’autres ne sont utilisés que de façon saisonnière ou ont vu leur usage évoluer, tandis que certains sont abandonnées, offrant un baromètre de la transformation radicale qui s’opère à l’avancée tentaculaire des villes. Split Lives (Vies divisées) met visuellement en scène cette disjonction spatiale et historique par un effet de "split screen" qui, comme dans le modèle iconique de cette technique filmique, "L'Affaire Thomas Crown" , dramatise des actions simultanées : une apparente permanence au-dessous et des bouleversements urbanistiques au-dessus, avec les habitants, réduits en taille et en destin à ceux de pions, dont les voix polyphoniques dans le film esquissent des pistes de pensée pour maintenir vivant ce patrimoine fragile.

Les réalisateurs
Professeurs associés à l’université de Hong Kong, Joshua Bolchover et John Lin y ont fondé en 2005 le Rural Urban Framework (RUF), un laboratoire de conception et de recherche axée sur la transformation des lieux à la frange de l'urbain et du rural, en particulier sur deux territoires déterminés : la Chine profonde et la capitale mongole, Oulan-Bator. Dans leur travail, la vidéo est utilisée pour mettre en lumière les liens entre les enjeux sociaux, économiques et politiques et l’espace.

© Joshua Bolchover et John Lin

🏙️ « ATMOSPHÉRIQUE, FILMER L’ARCHITECTURE » : GROS PLAN SUR LES FILMS session 1, film 5/11 : SIX MÈTRES AVANT PARIS (Fra...
22/05/2026

🏙️ « ATMOSPHÉRIQUE, FILMER L’ARCHITECTURE » : GROS PLAN SUR LES FILMS

session 1, film 5/11 : SIX MÈTRES AVANT PARIS (France, 2009, 5 min 14)
réalisation : Julien Donada

Le film
« Six mètres avant Paris » est à l’origine le nom d’une série de photographies réalisée par Eustachy Kossakowsy en 1971. Ce photoreporter polonais alors installé à Paris depuis à peine un an (et qui avait étudié l’architecture à Varsovie) arpenta pendant deux mois la marge indécise entre Paris et sa banlieue, immortalisant sur pellicule l’un après l’autre les cent cinquante-neuf panneaux routiers qui marquaient alors la limite administrative de la capitale. Il n’y avait dans sa démarche aucune volonté esthétisante, ce que marquait bien le protocole de placement systématique de son appareil à six mètres de distance, en regardant vers Paris avec le panneau centré dans l’image, la composition de ce qui l’encadrait étant ainsi le fruit d’un hasard répétitif. Sur ce qui fut un temps le territoire de la « zone », et alors même que le boulevard périphérique pompidolien se construisait à quelques mètres de là par sections successives, il s’agissait pour Kossakowky de documenter une réalité urbaine changeante et aléatoire. Trente-huit ans plus t**d, le cinéaste et identiquement photographe Julien Donada marchait sur les pas exacts de son prédécesseur, en reproduisant le même dispositif. Il en résulta un objet qu'il baptisa lui-même "film photographié", une succession de plans fixes qui réactivait ce parcours oublié. Étonnamment, le résultat n'est encore "ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre". Si l'œil explore le lointain, dans ces marges arbitraires de l'image voulues par Kossakowsy de part et d'autre du poteau centré, les bouleversements de la ceinture parisienne sont déjà très présents. Mais curieusement, la signalétique elle-même n'a guère évolué, si ce n'était un détail d'importance qui requiert cependant de l'attention : l'apparition d'un panneau supplémentaire, signe des temps révélant l'apparition de la vidéosurveillance.
Singulière par sa forme presque hypnotique, cette œuvre en forme d'hommage à un artiste marcheur, mais également interrogation sur la nature de ce Grand Paris, serait aujourd'hui impossible à reproduire. Le tracé des rues a été remodelé par le creusement du boulevard périphérique (quand celles-ci n'ont pas purement et simplement disparu) et les panneaux de signalétique "Paris" se sont presque tous évanouis.

La programmation de deux films de Julien Donada dans l'exposition s'inscrit dans la continuité de l'attention que le Forum porte à son travail depuis une première projection publique de son film "Les Visionnaires" (2012), par lequel le cinéaste antibois mettait en lumière notamment le Niçois Guy Rottier (dont le Forum travaille depuis à mettre en valeur les archives privées) et Antti Lovag, autre maralpin.

Le réalisateur
Julien Donada est réalisateur, scénariste et photographe. Le documentaire, la fiction et l'essai sont ses expressions, l'architecture et la ville, un fil conducteur de toute son œuvre, avec une attention portée à ceux qui habitent et arpentent ces territoires. Il s'attache de manière souvent décalée à la mémoire des traces, il traque les lieux atypiques et aime mettre en lumière des personnages qui ont une relation particulière à leur environnement.

© Petit à Petit Production / Julien Donada

🪩 « ATMOSPHÉRIQUE, FILMER L’ARCHITECTURE » : GROS PLAN SUR LES FILMS ❤️ session 1, film 4/11 : BAC LUNA MON AMOUR (Franc...
22/05/2026

🪩 « ATMOSPHÉRIQUE, FILMER L’ARCHITECTURE » : GROS PLAN SUR LES FILMS

❤️ session 1, film 4/11 : BAC LUNA MON AMOUR (France, 2023, 13 min 28)
réalisation : Julien Donada

Le film
Dans cette programmation, « Bac Luna mon amour » est un ovni : un objet visuel non identifié. À mille lieues du documentaire d’architecture, il prend les atours d’une satire du film d’entreprise qui ravira les nostalgiques des pastilles de Canal+ au tournant des années 2000, « Message à caractère informatif ». La même génération X reconnaîtra dans ce film l’esthétique des bâtiments publics ou commerciaux qui bordaient les rues et les routes de la France des années soixante-dix. C’était la grande époque des parements modulaires en inox et des façades brise-soleil en alu brossé, quand à l’intérieur régnaient les tables gigognes en verre fumé, les moquettes murales marron et les cuisines en Formica® — dans la vraie vie comme dans les films de Claude Chabrol. Au centre du récit figurent en symétrie à l’écran des corps identiquement vulnérables et épuisés : celui du livreur (efforts physiques à vélo, cadences infernales) et celui du client, victime lui aussi d’un télétravail 2.0 volatile exploitant les failles de l’auto-entreprenariat (sédentarité, lumière des écrans, stress, insomnie). Tous les deux sont des rouages en miroir d’un capitalisme numérique. Ils sont aussi des habitants de métropoles en mutation que ce film examine sous un angle inhabituel et avec un langage formel en rupture avec la représentation traditionnelle des villes.
Les codes visuels retenus donnent une matérialité à cette ville du "clic" et des algorithmes par essence "dé-localisée", sans espaces physiques autres que la simple 2D des devantures de restaurants réels ou des passe-plats furtifs de cuisines clandestines pour l’enlèvement des commandes, tandis que l'on qualifie de microarchitectures les prothèses corporelles des livreurs : leurs casques, leurs bouteilles d’eau, leur sacs à dos cubiques isothermes — en un renversement étrange du mot autant que du concept d'architecture.

Les réalisateurs
Architecte de formation et artiste vidéo, Davide Rapp a fondé à Milan l’agence -orama spécialisée dans la production d’installations vidéo et de documentaires. Ayant notamment contribué en 2014 à la Biennale d’architecture de Venise, il collabore avec de nombreuses agences d’architecture, dont 2050+, fondée en 2020 à Milan également par l’architecte Ippolito Pestellini Laparelli après son départ de l’agence OMA. Travaillant à la croisée de différentes disciplines, 2050+ se penche de façon critique sur les pratiques de l’espace au croisement de la technologie, de la politique et de l’environnement.

© Julien Donada

🚴‍♂️ « ATMOSPHÉRIQUE, FILMER L’ARCHITECTURE » : GROS PLAN SUR LES FILMS 🌞 session 1, film 3/11 : RIDERS NOT HEROES (Ital...
22/05/2026

🚴‍♂️ « ATMOSPHÉRIQUE, FILMER L’ARCHITECTURE » : GROS PLAN SUR LES FILMS

🌞 session 1, film 3/11 : RIDERS NOT HEROES (Italie, 2021, 6 min 59)
réalisation : Davide Rapp et 2050+

Le film
Propulsée par les confinements des temps de pandémie, la livraison de repas par des coursiers à vélo a révolutionné depuis quelques années le marché de la restauration en ville, au point d’être désormais omniprésente dans la pratique des espaces publics. Elle est pourtant marquée du sceau d’une double invisibilité : celle de la chaîne d’opérations complexes hors de notre perception qui découle d’une commande passée par l’intermédiaire d’un smartphone ; celle également de ces fugaces silhouettes desquelles nous préférons souvent détourner le regard pour éviter de penser à ce que nous pressentons des conditions de vie de ces figures emblématiques d’une nouvelle précarité urbaine — conditions dénoncées par une étude récente mais que nous entretenons pourtant par nos rituels de consommation.
Ce film, deuxième volet d’une recherche initiée avec Milan lors du premier confinement comme terrain d’étude, dissèque les multiples réalités qui se superposent autour de cette nouvelle niche économique : transmission de données, exploitation de main d’œuvre maintenue dans la clandestinité, prolifération de cuisines fantômes, application de stratégies commerciales sans états d’âme. Au centre du récit figurent en symétrie à l’écran des corps identiquement vulnérables et épuisés : celui du livreur (efforts physiques à vélo, cadences infernales) et celui du client, victime lui aussi d’un télétravail 2.0 volatile exploitant les failles de l’auto-entreprenariat (sédentarité, lumière des écrans, stress, insomnie). Tous les deux sont des rouages en miroir d’un capitalisme numérique. Ils sont aussi des habitants de métropoles en mutation que ce film examine sous un angle inhabituel et avec un langage formel en rupture avec la représentation traditionnelle des villes.
Les codes visuels retenus donnent une matérialité à cette ville du "clic" et des algorithmes par essence "dé-localisée", sans espaces physiques autres que la simple 2D des devantures de restaurants réels ou des passe-plats furtifs de cuisines clandestines pour l’enlèvement des commandes, tandis que l'on qualifie de microarchitectures les prothèses corporelles des livreurs : leurs casques, leurs bouteilles d’eau, leur sacs à dos cubiques isothermes — en un renversement étrange du mot autant que du concept d'architecture.

Les réalisateurs
Architecte de formation et artiste vidéo, Davide Rapp a fondé à Milan l’agence -orama spécialisée dans la production d’installations vidéo et de documentaires. Ayant notamment contribué en 2014 à la Biennale d’architecture de Venise, il collabore avec de nombreuses agences d’architecture, dont 2050+, fondée en 2020 à Milan également par l’architecte Ippolito Pestellini Laparelli après son départ de l’agence OMA. Travaillant à la croisée de différentes disciplines, 2050+ se penche de façon critique sur les pratiques de l’espace au croisement de la technologie, de la politique et de l’environnement.

© Davide Rapp et 2050+

🚗 « ATMOSPHÉRIQUE, FILMER L’ARCHITECTURE » : GROS PLAN SUR LES FILMS 🍿session 1, film 2/11 : LA LOZA MULTI-PURPOSE BUILD...
22/05/2026

🚗 « ATMOSPHÉRIQUE, FILMER L’ARCHITECTURE » : GROS PLAN SUR LES FILMS

🍿session 1, film 2/11 : LA LOZA MULTI-PURPOSE BUILDING (Espagne, 2020, 4 min 40)
réalisation : Javier Callejas et alonso+sosa [architects]

📽️ Le film
L’agence d’architecture canarienne alonso+sosa [architects] s’est vu confier en 2020 le projet de réhabilitation avec changement de destination d’un ancien bâtiment industriel à Las Palmas de Gran Canaria à transformer en espace polyvalent. L’existant ressemblait à n’importe quel autre entrepôt des années soixante, dont la structure présentait néanmoins l’avantage d’une grande régularité dans la disposition de ses piliers et qui, une fois dégagée de tous cloisonnements et adjonctions effectués au fil du temps, révéla un espace hypostyle comme nouvelle page blanche, partition vierge sur laquelle inscrire dans une matrice d’une grande netteté les nouveaux éléments du programme (cloisons ondulées translucides, volumes de bureaux), telles des notes de musique sur une portée ponctuée de puits de lumière naturelle.
Pour représenter leur projet et en transmettre l’esprit entre réel et fiction, les architectes se sont associés au photographe d’architecture (également architecte) Javier Callejas pour investir ensemble le langage narratif de la vidéo. À bord d’une voiture, sur une mobylette, à pied ou encore en faisant du footing, les « habitants » nous invitent de façon ludique à anticiper sur la réalisation du projet, à entrer dans des scénarios d’usages futurs en arpentant virtuellement les espaces ponctués d’étranges objets qui renvoient à des éléments issus des collages expérimentaux des Italiens d’Archizoom dans les années soixante et soixante-dix, référence assumée de ce projet de réhabilitation.

Les réalisateurs
Fondée sur l'île de Gran Canaria par Evelyn Alonso et José Antonio Sosa, l’agence d’architecture alonso+sosa [architects] se partage entre maîtrise d’œuvre et recherche, notamment à travers des vidéos et des projets d’édition. Ses deux fondateurs sont également très actifs dans le champ de l'enseignement, et leurs travaux sur des formes algébriques d'occupation de l'espace ont trouvé dans ce bâtiment à la géométrie implacable un terrain d'exercice par excellence.

Javier Callejas, qui a étudié l'architecture à Paris, Rennes, Gênes, Gr***de et Málaga, accompagne depuis 2002 de grandes agences internationales dans la documentation photographique et vidéo de leurs réalisations. Il mène en parallèle des recherches personnelles sur diverses thématiques architecturales à travers la photographie.PELE DE VIDRO (États-Unis, 2023, 1 heure 29 min)

© Javier Callejas et alonso+sosa [architects]

« ATMOSPHÉRIQUE, FILMER L’ARCHITECTURE » : GROS PLAN SUR LES FILMS session 1, film 1/11 : PELE DE VIDRO (États-Unis, 202...
08/05/2026

« ATMOSPHÉRIQUE, FILMER L’ARCHITECTURE » : GROS PLAN SUR LES FILMS

session 1, film 1/11 : PELE DE VIDRO (États-Unis, 2023, 1 heure 29 min)
réalisation : Denise Zmekhol

Le film

Bien que distingué dans de multiples festivals dédiés, « Pele de Vidro » n’est pas un film d’architecture mais une quête de catharsis dans laquelle l’architecture est « qu’un » support — mais quel support ! Les premières images aquatiques dans lesquelles tout n’est que fluidité sont trompeuses : bien qu’avec délicatesse et pointillisme, le récit déroule tout du long une histoire de résistances et de franchissement d’obstacles, d’espoirs autant que de collisions lacaniennes avec le réel.
Il y a cette maison de São Paulo dans laquelle grandit une petite fille, bulle tropicaliste de vie protégée qui amortissait le bruit de fond, au-delà des murs du jardin luxuriant, de la dictature militaire. Son dessin (emblématique d’une modernité brésilienne désireuse de se dégager des modèles européen ou américain) était de la main son père, un architecte né en France de parents venus de Syrie qui tentèrent leur chance plus loin encore, au Brésil, quand il était encore enfant. Mais les bonheurs ne sont pas éternels et lorsque ce père, architecte visionnaire et admiré comme en témoignent nombre de voix dans le film, quitta sa famille pour en construire une nouvelle ailleurs, cette petite fille de onze ans ne sut le lui pardonner. Elle n’eut ensuite pas le temps de se réconcilier avec lui avant qu’il ne meure quelques mois plus t**d d’une défaillance cardiaque. « Pele de Vidro », introspection filmée par celle devenue depuis une journaliste et productrice établie en Californie, est l’histoire de la guérison d’une blessure sourde mais lancinante vieille de près de cinquante ans.

Pele de Vidro est le surnom d'une tour de bureaux conçue entre 1961 et 1968 par le même Roger Zmekhol à São Paulo. Cette dénomination — peau de verre — venait de ses façades largement vitrées sans précédent, qui souhaitaient offrir la plus grande transparence sur les activités qui s'y déroulaient, comme en une métaphore de progressisme social dans un Brésil plein d'espoir et d'optimiste où tout semblait possible. Cruelle ironie du sort, le nouveau pouvoir militaire confisqua cet édifice trop démocratique à ses yeux pour en faire un centre de police abritant toutes sortes de persécutions inversement opaques contre les intellectuels et les journalistes, qui firent de cette œuvre d'ouverture et de lumière un centre de peur et de surveillance.
Cette icône architecturale sera le fil rouge d'une quête du père ritualisée à travers la caméra — il avait offert à sa fille son premier appareil photo, lui apprenant à voir le monde à travers un objectif ; désormais c'est à nouveau à travers un objectif que celle-ci cherche sa trace. Son approche du bâtiment est prudente et progressive : les dessins d'archives peuplent l'écran et les témoignages filmés sont nombreux de ceux qui commentent cette œuvre marquante d'une modernité que l'on croyait invincible. Elle est également ardue : désaffecté pendant des années après le départ des services de la police, le Pele de Vidro fut alors, comme tant d'autres bâtiments dans le centre de São Paulo, occupé par des dizaines de familles de sans-logis qui y créèrent une fragile société en quête de dignité. Et toutes les demandes de la réalisatrice de filmer les lieux se heurtent à un refus systématique de la part de ceux qui, exploitant la misère des gens, se déclaraient faussement porte-parole du collectif, vivant d'un business opaque de l'humanitaire fait de prévarication. Le film tourne ainsi inlassablement autour du bâtiment, mais il s'y cogne comme un insecte contre une vitre, attiré par une lumière qu'il ne peut atteindre.

Baissant les bras, c'est depuis sa Californie d'adoption où elle s'était résolue à retourner que Denise Zmekhol découvre en direct sur son téléphone portable, en vidéo comme par de multiples textos, un nouveau drame qui frappe le bâtiment. Elle ne revient sur place en catastrophe que pour constater ce nouveau destin du Pele de Vidro et prendre enfin langue avec les résidents qui relèvent pourtant fièrement la tête, orientant le film en sa partie finale vers le documentaire de société sur les fractures béantes d'un pays autant que sur une résilience entêtée. Une fois encore, comme en une ultime pirouette de résistance, le bâtiment par lequel elle pensait se reconnecter à son père lui échappe, avec le sentiment désabusé de perdre celui-ci une seconde fois. Pour autant, rien de ceci n'a été vain. Les prises de parole des personnes interviewées, les photographies de famille autant que les dessins d'architecture, les vues de chantier comme celles de l'architecte à l'ouvrage qui saturent les images de ce "non-film d'architecture", vrai récit personnel et politique, ont finalement pansé les plaies. Dans la bande-son remarquable, Denise Zmekhol s'adresse une dernière fois à son père : "[…] je suis revenue à la maison en espérant combler un vide en moi et je t'ai trouvé partout, dans les œuvres que tu as créées, dans les personnes que tu as touchées. Finalement, je sens que je te comprends et mon cœur est plein."

La réalisatrice

Réalisatrice, productrice et photographe, Denise Zmekhol est reconnue pour sa capacité à entrecroiser récits personnels et enjeux collectifs, offrant ainsi des portraits intimes de communautés souvent marginalisées. Née au Brésil, elle a étudié successivement à São Paulo et aux États-Unis, où elle est désormais installée. Après avoir travaillé comme réalisatrice pour des programmes culturels et éducatifs à la télévision, elle s'est tournée vers le cinéma documentaire. "Children of the Amazon" (2008), qui explore les effets de la déforestation en Amazonie brésilienne, lui a apporté sa première reconnaissance ; plus récemment, "Pele de Vidro" a parcouru avec succès les plus grands festivals. Il est montré ici pour la première fois à Nice.

© Denise Zmekhol

« ATMOSPHÉRIQUE, FILMER L’ARCHITECTURE » : OUVERTURE DE L’EXPOSITIONCe 29 avril 2026 s’est ouverte la première des trois...
30/04/2026

« ATMOSPHÉRIQUE, FILMER L’ARCHITECTURE » : OUVERTURE DE L’EXPOSITION

Ce 29 avril 2026 s’est ouverte la première des trois sessions successives de cette exposition co-pensée avec arc en rêve (qui en a été l’initiateur en ses propres galeries, avant cette déclinaison par le Forum à Nice et une autre qui se tient simultanément au National Taiwan Museum de Taipei). C’est dans le même dispositif scénographique que, par deux fois, fin juin et début septembre, la programmation de films sera entièrement renouvelée pour ainsi créer une exposition en trois volets distincts.
Le dispositif scénographique justement a été pensé comme un système immersif composé de dix lieux de visionnage en relation les uns avec les autres.
En projection vidéo ou sur des téléviseurs HD grand écran selon les œuvres, les films tournent en boucle, pouvant être vus dans un ordre libre (les visiteurs ont un plan à leur disposition pour choisir leur itinéraire selon leurs envies ou la durée des films).

De partout, le visiteur aperçoit toujours simultanément plusieurs images en mouvement qui peuplent l’espace, comme en un appel à circuler de l’une à l’autre, tout en baignant dans un fond sonore qui donne une matière presque tactile à ce même espace. Pour autant, assis à chacun des dix points de visionnage, il peut se concentrer sur chacun des films avant de passer au suivant.
Une exception : le « tambour » de rideaux blancs à l’entrée, réservé à chaque session pour un long métrage (tandis que les autres films durent entre une et une quinzaine de minutes), dont l’environnement clos et les canapés permettent de s’installer dans la durée dans le récit des images comme dans une « bulle ».
« Crash test » concluant lors de cette soirée d’ouverture !

@ D.R.
arc en rêve centre d'architecture

🚛 EN ROUTE POUR DE NOUVELLES AVENTURES : L’EXPOSITION AJAP 2025 REPREND L’A8 DANS L’AUTRE SENS ‼️ Enlèvement ce vendredi...
13/02/2026

🚛 EN ROUTE POUR DE NOUVELLES AVENTURES : L’EXPOSITION AJAP 2025 REPREND L’A8 DANS L’AUTRE SENS

‼️ Enlèvement ce vendredi 13 (!) de l’exposition « Traverser les marges » : après sa première présentation hors Paris dans nos galeries, direction Marseille pour sa présentation à venir à l’IMVT (sur une proposition initiale du Forum auprès de la Cité de l’architecture & du patrimoine), avec un portage conjoint de l’école nationale supérieure d’architecture de Marseille et de la Maison de l’Architecture et de la Ville PACA (vernissage : 19 février 2026).
https://openagenda.com/maison-de-larchitecture-et-de-la-ville-paca/events/exposition-des-laureats-2023-des-albums-des-jeunes-architectes-et-paysagistes-traverser-les-marges?cl=fr

Photos : D.R.

Adresse

89 Route De Turin
Nice
06300

Heures d'ouverture

Lundi 13:00 - 17:00
Mardi 13:00 - 17:00
Mercredi 13:00 - 17:00
Jeudi 13:00 - 17:00
Vendredi 13:00 - 17:00

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