03/06/2026
Slam sur
La Considération
(Librement inspiré du Petit Prince)
J'ai rencontré un homme
qui vivait sur une planète minuscule.
Il passait ses journées
à crier son nom dans le vent.
Mais le vent ne répondait jamais.
Alors il criait plus fort.
Toujours plus fort.
Jusqu'à croire que le silence des autres était la preuve qu'il n'existait pas.
Car le manque de considération, c'est un désert sans sable.
Une soif que personne ne voit.
Une chaise vide autour d'une table pleine.
On nourrit les corps avec du pain, mais les âmes,
avec un regard qui dit : « Je te vois. »
Et certains meurent de faim au milieu du banquet.
J'ai rencontré aussi une femme couverte de fleurs.
Chaque pas qu'elle faisait était applaudi.
Chaque mot devenait une médaille.
On la regardait tant qu'on avait oublié de la connaître.
Car trop de considération, c'est parfois une cage dorée.
On admire le portrait et l'on abandonne la personne.
On élève quelqu'un si haut qu'il ne peut plus toucher la terre.
On lui demande d'être soleil sans jamais lui permettre d'avoir une nuit.
Puis j'ai rencontré un enfant.
Il gardait une petite lampe.
Ni trop brillante, ni éteinte.
Je lui ai demandé : C'est quoi, cette lumière ?
Il a souri : C'est la considération.
Je lui ai répondu : Elle paraît bien petite.
Il a dit : Pourtant elle empêche les gens
de se perdre.
Alors j'ai compris.
Considérer, ce n'est pas adorer. Ce n'est pas ignorer. C'est reconnaître.
Reconnaître qu'un être humain n'est ni un roi, ni un fantôme.
Juste un voyageur qui espère que quelqu'un,
sur le bord du chemin, lui dira un jour :
« Je sais que tu existes. Et cela compte. »
Depuis, quand je croise les foules pressées, les regards rivés sur leurs écrans, les discours pleins de grandes promesses, je cherche la petite lampe.
Parce que les guerres commencent souvent par un manque de considération.
Et les paix, elles aussi, naissent parfois d'un simple regard.
Nous voulons tous être aimés. Mais avant cela, nous voulons être vus.
Et peut-être que la plus grande richesse n'est ni l'or, ni le pouvoir, ni la gloire.
Peut-être que la plus grande richesse, c'est cette phrase silencieuse qu'on offre à l'autre sans la prononcer :
« Ta présence a du poids dans mon monde. »
Rahima Habib