04/09/2026
Un dernier focus en images sur les temps de performance et d'exposition des Moissons sonores III à la Chaume au Gendre à Buxières d'Aillac le samedi 29 août 2026. Marie Schruoffeneger avec “Descente vers la Bouzanne” a présenté une performance parlée chantée et dansée d’une heure. Elle nous a fait descendre par paliers successifs au creux du val de Bouzanne. Dans la séquence finale dans le lit à sec de la rivière, Sidonie Bilger dessinait tandis que Marie déployait une dernière danse avant de disparaître vers la source. Le public a ensuite retrouvé Sidonie dans le hangar aux veaux où elle avait installé son atelier et où elle a présenté ses travaux. Elle nous a envoyé quelques images supplémentaires des œuvres qui n'ont pu être photographiées à la ferme. Belle découverte à vous !
Pour en savoir plus sur leur travail, voici leurs sites.
Marie Schruoffeneger Compagnie Baïkal - https://compagniebaïkal.com/
Sidonie Bilger - https://sidoniebilger.wordpress.com/
photographies ©Stéphane Ribrault et ©Sidonie Bilger
Région Centre-Val de Loire Espace Bio Laleuf loisirs Laserphot Compagnie Baïkal GAEC de la Chaume aux Gendres La Rouiche
**** Sidonie Bilger écrit sur son travail à la Chaume. ****
"Du 25 au 29 août 2026, j’ai été invitée en résidence par la compagnie La Rouiche, à la Ferme de la Chaume au Gendre, dans l’Indre. J’y ai partagé cette semaine avec la compagnie ainsi qu’avec d’autres penseurs et artistes invités, dans un contexte particulier : celui d’une ferme laitière et de sa fromagerie, au cœur d’un territoire rural que je découvrais.
Cette résidence a été pour moi un temps d’immersion et d’observation. En quelques jours seulement, il s’agissait de prendre la mesure d’un lieu, de ses animaux, de ses arbres, de ses paysages et de ses transformations. Mais cette découverte s’est aussi faite à travers les personnes qui vivent et travaillent ici. Les récits, les histoires et les paroles de celles et ceux qui m’ont accueillie ont nourri et influencé mes choix de représentation. Les formes que j’ai dessinées sont ainsi traversées par un dialogue entre ceux qui habitent ce territoire et moi, qui le traverse le temps de la résidence.
J’ai également tenu tout au long de la semaine un carnet de croquis, dans lequel j’ai rassemblé les visages des personnes rencontrées, des notes et des observations. Ce carnet constitue une autre mémoire de la résidence, plus immédiate et quotidienne, où se mêlent les personnes, les lieux, les conversations et les formes observées.
J’ai réalisé quatre grands dessins au cours de la semaine : un veau que je voyais chaque jour dans la stabulation installée à proximité de mon atelier, une vache couchée, un chêne trogne dont la croissance, faute d’entretien, reprend de manière sauvage, ainsi qu’un ensemble de feuillages de pommiers et de pruniers réalisé au pastel. Ces derniers sont aussi une manière de travailler à partir d’un décalage entre ce qui est observé et ce qui est représenté : les feuillages, magnifiés et presque luxuriants dans le dessin, contrastent avec l’état actuel du paysage marqué par la sécheresse.
Mon dessin se fait généralement sans dessin préparatoire et souvent à l’échelle du sujet. Pour les animaux en particulier, je cherche à prendre physiquement la mesure des formes. Je dessine avec mes mains, en parcourant et en caressant le papier, comme si je pouvais en éprouver la surface et le volume. Mes deux mains travaillent ensemble, dans un mouvement qui mime parfois celui du corps que je représente. C’est en ce sens que je parle de mesurer avec mes bras : le dessin devient une expérience physique du volume, proche par certains aspects d’un geste de sculpture.
Cette approche donne au travail une dimension contemplative. Elle tient d’abord au temps nécessaire pour regarder et comprendre, mais aussi au temps très court de la résidence, qui m’a obligée à être particulièrement attentive à ce qui m’entourait. Le dessin est devenu une manière de m’immerger dans ce lieu inconnu, d’en approcher les formes et les présences, mais aussi d’écouter celles et ceux qui l’habitent. Il s’est construit dans cet aller-retour entre mon regard et celui des personnes rencontrées, entre ce que je venais chercher et ce que le territoire m’a donné à voir et à entendre.
La résidence s’est également prolongée dans une performance de dessin réalisée avec la danseuse Marie, en extérieur, dans le lit à sec de la rivière, devant le public. Au fusain, le dessin s’est construit en dialogue avec le mouvement du corps dans cet espace marqué par l’absence de l’eau. Cette expérience a permis de déplacer le dessin de l’atelier vers un temps partagé, performatif et vivant."
Sidonie Bilger, 2 septembre 2026