20/05/2026
« MURMURATION » de SYLVIE GERMAIN
« UNE VRAIE MERVEILLE »
A l'heure oĂč la littĂ©rature se donne comme mission essentielle de dire le monde, oĂč lâĂ©crivain devient greffier ou reporter, le dernier livre de Sylvie Germain affiche un petit air dĂ©calĂ©, rebelle Ă lâair du temps.
âMurmurationâ est, en effet, une cĂ©lĂ©bration en creux d'une Ă©criture authentiquement adressĂ©e Ă son "frĂšre" lecteur.
Ćuvre Ă©minemment rĂ©flexive sur la magie des mots, mais Ă©galement sur le danger de sây laisser enfermer.
Le roman met en scĂšne un Ă©crivain qui, insoucieux de la transitivitĂ© de son Ćuvre, dĂ©rive vers un formalisme stĂ©rile.
DĂšs sa tendre enfance, Samuel, le personnage du livre, apprĂ©hende lâunivers comme un Ă©clatement de sons, un abĂ©cĂ©daire musical.
NĂ© dans une famille oĂč le langage est empĂȘchĂ©, rĂ©duit au quotidien, lâenfant se vit comme un ĂȘtre Ă part.
LâĂ©cole, par bonheur, lui offre un premier signe de reconnaissance.
Avec des amis, affublés de noms de fleuves, ils fondent un club poético-surréaliste.
Des annĂ©es plus t**d, Samuel entreprend un roman indĂ©finissable, oĂč les personnages ne sont pas des ĂȘtres de fiction mais des «mots-nymphes» sur une page blanche.
Le livre, étrangement, rencontre un certain succÚs.
Fort de sa rĂ©ussite, Samuel en produit deux autres, aussi hallucinĂ©s quâhermĂ©tiques.
Son lectorat, cette fois, ne le suit pas.
Dans la foulĂ©e, son Ă©ditrice refuse de le publier. Commence alors pour ce «naufragĂ© de lâĂ©criture» lâĂ©poque des dĂ©sillusions.
A lâĂ©chec de ses trois amours sâajoute celui de sa triade romanesque. Sa vie nâest plus quâune rĂȘvasserie cotonneuse, une douçùtre dormance qu'enluminent,
de temps à autre, de fulgurantes visions. Ultime joie du vieil écrivain : «la murmuration» infinie des étourneaux à la tombée du jour.
Histoire dâune impasse littĂ©raire.
Lâautrice serait-elle, elle-mĂȘme, effleurĂ©e par cet amour immodĂ©rĂ© des mots ?
Si Sylvie Germain rĂ©fute tout caractĂšre autographique Ă son roman, force est de constater que lâaction sây avĂšre mineure et le personnage un brin silhouettĂ©.
Cette âvraie merveilleâ doit se lire «comme une promenade en forĂȘt, faite de craquements de frissons et de bruits dâoiseaux».
VoilĂ pourquoi, sans doute, le roman brille de mille feux, Ă lâĂ©cart des best-sellers, dans le clair-obscur des prĂ©sentoirs.
Magali DELLAPORTA