17/04/2020
VULPESS.
Histoire d'une affaire d'état.
(article à retrouver dans le fanzine, sortie très bientôt !)
Au tout début des années 80, l’Espagne a encore la gu**le de bois. Elle se réveille à peine des années de plomb et de puritanisme instaurées par la dictature franquiste. Ici et là, de nombreuses révoltes se sont tues à coups d'emprisonnements arbitraires et de meurtres d'état. À la mort de Franco, le pays s'ouvre peu à peu sur le monde, et ceux qui connaissaient déjà un peu le rock'n'roll grâce au marché noir, découvrent soudainement l'ampleur du phénomène punk et se décident rapidement à prendre les guitares pour étouffer le bruit des bottes avec de grosses distorsions.
Au milieu de cette explosion alternative, 4 nanas bien vénères commencent à faire du son, fort, vite : Vulpess est né. Originaires de Bilbao, elles font leurs premières armes avec des reprises de leurs aînés, comme les Ramones, et se font remarquer en partageant la scène avec de nombreuses légendes de l'époque, tels M.C.D ou Eskorbuto. Malheureusement, dans une Espagne encore très conservatrice, des filles qui jouent du punk et qui ont un nom qui pourrait se traduire littéralement par "les salopes", ça choque.
C'est en 1983 que le groupe fait réellement scandale. Plusieurs groupes basques furent sélectionnés pour jouer leur musique en live dans une émission assez suivie à l'époque, "Caja de ritmos", et le morceau choisit par les
Vulpess fût leur reprise du classique des Stooges, "I wanna be your dog" (1), dont les paroles furent changées en "Me gusta ser una zorra" (2) pour en faire une ode au sexe et à la ma********on. Très vite, la presse conservatrice s'empare de l'affaire pour en faire leurs choux gras. Vulpess devient pour certains le groupe à abattre, pour d'autres de véritables héroïnes de la libération de la parole de la femme dans une Espagne encore profondément machiste et patriarcale. Pour la droite espagnole (composée de beaucoup d’anciens franquistes), encore très ancrée dans le paysage politique, des têtes doivent tomber et la démission du président de la chaîne, Carlos Tena, est immédiatement demandée. Il répondra lui-même très clairement a ces attaques en disant "que de toute manière, il ne pourrait pas continuer son travail sans avoir la liberté de programmer quelques minutes de marginalité". Peu de temps après, le procureur général déposa une plainte contre son programme pour "atteinte à la pudeur et aux bonnes mœurs" qui finira de détruire la réputation de l'homme, contraint alors de démissionner pour calmer les esprits. Loles, la guitariste des Vulpess, qui avait écrit les paroles, tout comme Mamen, chanteuse du groupe, furent elles aussi inquiétées par une procédure qui dura presque 3 ans, mais qui, heureusement, n’aboutira à rien.
On retiendra de ces musiciennes un 7" sorti en 82, un énorme scandale d'État, mais surtout la violence dont à fait preuve l'État et les intégristes contre quatre jeunes artistes qui voulaient simplement s'exprimer dans un pays bâillonné depuis bien trop longtemps. Preuve que le fascisme en Espagne ne s'est pas arrêté avec la mort de Franco. Encore aujourd'hui, ses plus fidèles lieutenants siègent encore au Parlement…
1 "Je veux être ton chien”
2" J’aime être une salope”