30/03/2026
Ni jugement, ni division. Juste une incompréhension que j’ai mis du temps à comprendre. “La connexion”
Quand j’entendais ce mot dans le monde de la danse, je trouve ça bizarre. Sincèrement bizarre. Et pendant longtemps je ne savais pas vraiment expliquer pourquoi.
Dans le kizomba et semba , personne ne parlait de connexion. On dansait. On riait. On transpirait. On se retrouvait. La connexion était là mais comme l’air qu’on respire. On n’y pense pas, on ne la nomme pas, elle n’existe même pas comme recherche.
Aujourd’hui ce mot est partout. Et je comprends ce que les gens veulent dire. Vraiment. Mais quelque chose me gênait encore et j’ai mis du temps à comprendre pourquoi.
C’est comme si quelqu’un découvrait un plat pour la première fois et passait le repas à analyser les saveurs, à chercher ce qu’il ressent, à vouloir capturer quelque chose. Pendant que ceux qui connaissent déjà ce plat mangent, discutent, et sont juste… bien.
La connexion dans certaines danse est devenue un objectif. Un but à atteindre. Presque quelque chose de mystique qu’on cherche dans les bras de l’autre. Une quête.
Et quand tu entends quelqu’un en parler avec cette intensité, cette gravité on dirait presque qu’il décrit une expérience spirituelle. Un rituel. Quelque chose de sacré. Alors que pour nous, on parle juste de danser, même si nous avons conscience des bienfaits de la danse.
Et parfois tu vois des gens rentrer d’une soirée déçus. Pas parce que la soirée était mauvaise,la musique était là, les danses étaient là, les sourires étaient là. Mais selon eux, ils n’ont pas eu la connexion qu’ils cherchaient. La soirée était bonne mais le bilan est négatif. Parce que la quête n’a pas abouti. Pour moi c’était incompréhensible comment tu peux passer une bonne soirée et ne pas le savoir ?
Mais j’ai fini par comprendre pourquoi.
Quand une danse n’est pas culturelle,quand tu n’en hérites pas, quand personne ne te l’a transmise avec une histoire, une langue, une communauté derrière elle n’a pas d’âme préexistante. Alors tu en construis une. Et cette âme, dans ce cas là tu l’appelle connexion. Tu la cherches dans l’instant, dans le contact, dans ce moment suspendu avec un inconnu.
C’est beau, quelque part. Ça dit quelque chose de réel sur ce que les gens cherchent aujourd’hui du lien, de la présence, de l’humain dans un monde qui en manque.
Mais dans la culture d’où vient cette danse, l’âme est déjà là avant que tu poses le pied sur la piste. Elle est dans la musique, dans la langue, dans les visages autour de toi, dans ce que tu as reçu de quelqu’un qui l’a reçu de quelqu’un d’autre. Tu n’as pas besoin de la créer tu en hérites.
C’est pour ça que beaucoup d’Angolais, de Lusophones, de danseurs de kizomba trouvent ça bizarre. Pas par arrogance. C’est juste que cette recherche n’existe pas pour eux. On ne cherche pas la connexion. On ne la ressent pas consciemment. On ne la nomme pas. On danse, c’est tout. Nommer ça, c’est déjà être dans un autre monde.
Et moi aussi je trouvais ça bizarre.
Ce n’est pas de la division. C’est juste deux rapports à la danse, à la culture, à la transmission profondément différents.
Pedro sp