11/06/2026
Mercredi 10 juin.
Retour promis sur un spectacle à Beaux-Arts Tabard.
"Léon l’Africain" et Taouès Talata
ou
Vivre avec l’exil
Plus d’une heure pour une œuvre à qui, volontiers, on aurait accordé une prolongation.
C’est dire que l’ennui n’a pas été au rendez-vous.
Les acteurs sont bons, le texte coule dans la foulée. Farci de trouvailles, de clins d’œil, il n’emprunte que peu au théâtre classique. On rit, on sourit, la joie des personnages entraine le bonheur de la salle.
Et pourtant, le rire est parfois de façade, les situations amusantes pourraient aisément devenir gênantes, voire douloureuses.
Vivre dans et avec l’exil ce sera le sort de Léon mais n’est-ce pas, aussi, celui de Taouès ?
Au travers de son texte, comme du précédent, perce l’idée de la perte, le sentiment d’une déchirure. Ici, au mépris de huit cents ans de vie en commun, le couperet tombe et, avec la prise de Gr***de, le choix est proposé, la fuite, la conversion ou le bûcher.
Certes c’était au tournant des XVe et XVIe siècles mais, n’en déplaise à certains, l’Histoire se rejoue parfois.
Sous les jeux de mots, les conversations ironiques, il ne faut pas gratter longtemps pour apercevoir l’hypocrisie des dirigeants, leur soif du pouvoir liée à l’appât du gain, le tout saupoudré de fanatisme mijoté au brasier des bûchers.
Las, rien ne change !
Heureusement se lèvent, en même temps, des aubes d’espoir : L’aventure humaine, la découverte du monde et un magnifique hommage au savoir, à l’étude
Des acteurs complices, une auteure imaginative, et voilà trois Isabelle, deux Ferdinand et plusieurs Warda, mère de Léon.
De la sculpturale N’Goné à la classique Rokaya, de Samuel, le bon géant, à Harold, sarcastique en Cristobal Colon, los Reyes Catolicos nous offrent bien des surprises, dont la dernière, Gilles, en improbable Isabelle, n’est pas la moindre. De Philippe, religieusement clérical, à Vincent, anachronique René Caillé, on flirte avec tous les styles, sans oublier Sandra, servante vive et impertinente, surgie d’une pièce de Molière.
Et pour clore la distribution une mention spéciale pour Isabelle (la vraie, pour le coup) véritable Madame Loyal, tentant de régenter son petit monde, remettant faits et lieux à leur juste place.
La mise en scène, charité bien ordonnée, commise par Taouès, prouve qu’en sus de l’écriture elle connaît la chanson !
Laissons lui, donc, les mots de la fin :
« Ainsi va la vie… Certains l’appellent la danse du monde »
Marc Ely
Illustrations, pour changer, « historiques » : un portrait présumé de Léon et los Reyes lors de leur mariage