11/10/2020
Je n’en comprends toujours pas très bien les règles exactes et je passe probablement à côté de l’intérêt de certaines actions techniques mais foutez moi devant un match de base-ball avec un hot-dog nappé de moutarde au miel et voilà que je suis tout à coup hypnotisé. C’est sans surprise que j’avais craqué il y a quelques années dans un Formule Cash en passant à la caisse en possession de The Catcher, petite série B prometteuse d’un mélange de cinéma fantastico-horrifique et de homerun… Bonne prise ? Je ne sais pas trop mais le principe d’un boogeyman qui joue de la batte sur les crânes et les mâchoires de toute une équipe de baseball était en tout cas assez intrigant pour que je m’y pose avec curiosité.
Produit, écrit et réalisé par Guy Crawford et Yvette Hoffman (le générique ne dit pas s’ils préparaient la salade de cervelas pour le catering, mais j’ai mon idée sur le sujet), The Catcher propose l’histoire de David Walker, un sportif vieillissant viré sans sommation par les actionnaires de son équipe évoluant en ligue mineure : les Devils. Après avoir raté trop de b***es et coûté bien trop de points à ses partenaires, David erre en pleine nuit dans le stade quasi vide et tente de convaincre les décideurs qu’il peut encore rendre de fiers services à l’équipe… Pendant ce temps, un maniaque défonce un à un les différentes personnes encore présentes dans l’enceinte sportive. David aurait-il pété un plomb au point de s’offrir un killing spree avant de pointer à Pôle Emploi ? Ou alors, est-ce Johnny, le jeune garçon qui a tué son père il y a vingt ans à coup de batte et qui vient fêter dignement cet anniversaire en jouant à la piñata vivante sur du sportif de seconde zone ? Ou est-ce alors ce vieux coach énervé contre des actionnaires qui ne se déplacent jamais pour voir leur équipe jouer qui aurait décidé de se passer les nerfs ? Est-ce un ancien supporter mécontent qui vient dire sa façon de voir les choses à ses anciens protégés ? Ou alors le tueur est-il un joueur frustré et jaloux de voir ses camarades passer dans les ligues supérieures pendant qu’il reste à stagner dans un stade local devant une foule de pélos boursouflés à la bière tiède ? Et si le coupable était en fait le concierge des lieux, agacé de se faire traiter comme le dernier des étrons par une bande de sportifs mongolos ? Attendez, le meurtrier pourrait aussi être cette nana fraîchement débarquée à la direction sportive et qui dit dès les premières minutes devoir se « débarrasser » de certains joueurs ? Ça en fait du coupable potentiel…
Un whodunit nocturne teinté de vengeance et de jalousie au sein même d’une enceinte sportive avec un nombre important de meurtriers potentiels ? C’est excitant tout ça non ? Eh bien, calmez-vous car The Catcher a beau enfiler les crampons, il ne s’amuse pas pour autant à courir dans tous les sens comme on aurait pu le souhaiter. Après avoir posé des bases prometteuses, le film se contente de frapper mollement dans la b***e du slasher basique et pas vraiment excitant. En moins de temps qu’il en faut pour prendre une première base, le métrage ne laisse plus planer aucun doute (ou alors si peu), laisse tomber son aspect thriller et réduit sa stratégie à la simple succession d’assassinats. Dès lors The Catcher nous propose des plans trop sombres dans lesquels un personnage habillé avec un masque d’attrapeur et une chemise Devils (c’est le nom de l’équipe mais aussi un moyen de dire aux spectateurs que c’est un méchant, malin) dérouille un à un le reste du casting. Le bonhomme sait manier la batte frappant l’un de trois coups dans la tempe, sodomisant l’autre au point de recouvrir son arme de sang et de matières fécales mais il sait aussi s’adapter en se servant de tous les objets à sa disposition comme ce robot lanceur de b***e qu’il utilise pour lapider à mort son vieil entraîneur…
Sur le papier la chose semble prometteuse mais tout cela est bien trop mou et Catcher peine en fait à convaincre. Sorti en 1998, le film ne fait qu’enchaîner des concepts vus et revus dans des pelletées de slashers bien plus convaincants. La présence à l’arrière-plan, la main qui passe dans un coin, la vue subjective à travers le masque, le couple qui mange de la tarte aux poils sans se soucier du mal qui rôde… Tous les poncifs du genre y passent sans convaincre. Même le casting ne semble pas y croire vraiment. Rarement des acteurs m’ont semblés aussi apathiques. Que ce soit David Heavener dans le rôle principal ou Joe Estevez (ouais, le frérot de Martin Sheen) totalement en roue libre qui insulte son gamin sans aucune conviction, personne ne se donne la peine de tenter de jouer. Preuve d’un casting pas franchement réussi, l’acteur que j’ai pris le plus de plaisir à voir dans Catcher est le tout jeune Fred Meyers que les fanas de La Guerre des Stevens (les vrais quoi) connaissent sous le nom de Tom Gribalski… Et là encore, c’est de la pure nostalgie tant les rares scènes qui le mettent en avant sont d’une intensité quasi nulle, y compris quand celui-ci dézingue son paternel à coup de batte de baseball dans la gu**le. On a l’impression que chacun joue de son côté sans réellement se préoccuper des autres ne laissant aucun doute sur l’incapacité des réalisateurs à diriger leurs comédiens… comédiens tout aussi coupables de leurs propres non-prestations au point que trois quart du casting ne verra plus jamais un set de tournage de sa vie. Bien fait.
Le film se sauve cependant grâce à une ambiance sombre et pesante réussie et une jolie utilisation de son environnement. Escaliers tortueux, gradins immensément vides, pelouse irréelle éclairée par des spots trois milles watts, vestiaires étroits, douches humides, bureaux exigus… À défaut de réussir leur film, Guy Crawford et Yvette Hoffman parviennent à emb***er quelques scènes efficaces en terme d’ambiance même quand ils cèdent aux sirènes des dutch angles douteux et des lumières bleutées kitschouilles. La scène finale dans laquelle les cadavres sont dispersés sur le terrain est d’ailleurs visuellement carrément réussie sans toutefois effacer la frustration du spectateur. Ces plans auraient fait d’excellents décors pour un jeu en FMV signé American Laser Games mais on parle d’un film là les gras, un peu de sérieux…
Si on peut se laisser glisser sans mal pendant une heure vingt dans cette histoire de vengeance téléphonée, on ne pourra décemment pas passer outre la frustration de regarder un film qui ne va pas au bout de lui-même. The Catcher laisse en permanence de côté toute son originalité (le slasher teinté de whodunit, le décorum et l’angle sportif) pour marcher dans les pas des slashers à papa. Ce choix de production est d’autant plus étrange que papa Craven venait de bousculer le genre à peine un an plus tôt avec son Scream qui montrait qu’un genre aussi codifié pouvait tout de même se montrer rafraîchissant. Bref… Des choix aussi incompréhensibles que les règles du baseball, quelques b***es ratées et un rythme similaire à celui d’un match de softball entre deux équipes de cinquième division au fin fond du Colorado ont donc raison de The Catcher qui manque clairement sa cible… Out !