31/01/2026
L'AUTO-DÉFENSE FÉMINISTE : REPRENDRE DU POUVOIR.
L’auto-défense féministe ne commence pas par un coup de poing. Elle commence par une prise de conscience. Celle que les violences ne sont ni des accidents ni des fatalités, mais le produit d’un système qui organise l’inégalité, la domination et le silence. Face à cela, l’auto-défense féministe ne promet pas l’invincibilité. Elle propose autre chose : la reconquête du pouvoir sur soi, sur son corps, sur sa parole.
Ici, se défendre ne signifie pas apprendre à se battre comme dans les films. Il s’agit d’abord simplement d’oser dire non. De reconnaître ses limites. De refuser la politesse quand elle met en danger. De s’autoriser à être en colère, à faire du bruit, à déranger. L’auto-défense féministe travaille autant le corps que la tête. Elle déconstruit les réflexes appris dès l’enfance : se taire, minimiser, s’excuser, encaisser.
La responsabilité des violences n’appartient jamais aux personnes qui les subissent. Apprendre à se défendre ne revient pas à corriger une prétendue faiblesse individuelle, mais à répondre collectivement à une violence structurelle. L’auto-défense féministe refuse l’injonction à l’adaptation permanente: « évite, anticipe, protège-toi », L'auto-défence dit : « tu as le droit d’exister sans peur ».
Dans les espaces d’auto-défense féministe, la parole circule avant tout et puis les expériences se racontent, les vécus se reconnaissent. Ce qui était vécu comme personnel, honteux ou isolé devient politique. Les mécanismes de domination apparaissent clairement : la culture du viol, le contrôle des corps, la banalisation des agressions. Cette mise en commun transforme la peur en lucidité, et la lucidité en force.
L’auto-défense féministe est aussi une pratique collective. Elle s’adresse aux femmes et celles et ceux que le système rend plus vulnérables. Elle prend en compte les réalités multiples : racisme, validisme, précarité, lesbophobie, transphobie. Elle ne cherche pas une réponse unique, mais des outils adaptés, concrets, accessibles.
Sur le plan physique, elle enseigne des gestes simples, efficaces, pensés pour des corps réels, sans idéalisation de la force. Mais ces gestes n’ont de sens que parce qu’ils s’inscrivent dans un cadre politique clair : se défendre est un droit, pas une obligation. Et personne n’échoue à se défendre. La violence n’est jamais la conséquence d’un mauvais choix ou d’une mauvaise réaction.
L’auto-défense féministe s’inscrit dans l’histoire des luttes. Elle prolonge les combats pour l’autonomie corporelle, contre les violences sexistes et sexuelles, contre l’effacement des vécus. Elle affirme que reprendre du pouvoir sur sa vie est déjà un acte de résistance.
Se défendre, ici, ce n’est pas devenir invulnérable. C’est refuser la résignation. C’est transformer la peur en savoir, le silence en parole, l’isolement en solidarité. Et rappeler, encore et toujours, que les mauvais jours ne sont pas une fatalité.
( article de Lena pour Black lines media)
( illustration de Haiastan. TWE )