--HISTOIRE DU CHÂTEAU DE TRÉBONS--
Le Château de Trébons, œuvre de Joseph Abel Couture, dernier intendant des bâtiments royaux de l'ancien régime, l'un des plus prestigieux architectes de son temps. Un premier Château de Trébons aurait été construit durant les cinq dernières années du règne de Louis XIV (1710-1715) par Catherine des Mares de Trébons. La carte de Cassini atteste d'ailleurs de la p
résence d'un château à cet endroit en 1745. Par le large espacement de ses travées et certains détails de son architecture, on a pu longtemps penser, à tort que le bâtiment gardait un reflet de cette période. Mais différentes sources mentionnent que les travaux engagés à cette époque auraient été interrompus ou détruits par un incendie, notamment un toit Mansart, à lucarnes de pierre. Il faut cependant attendre 1760 pour que le Comte de Mares de Trébons, subdélégué des Maréchaux de France, confie la reconstruction complète de son château de Trébons et de ses jardins à l’architecte Joseph Abel Couture, l’un des plus renommés de son époque. Celui-ci, évoque cette réalisation lors de sa candidature à l’Académie royale d’Architecture en 1784, parrainée par Trudaine, créateur des Ponts et chaussées. Cette œuvre de Joseph Abel Couture nous est parvenue intacte jusqu’à nos jours, malgré les conflits et les guerres. Elle constitue l’un des plus achevés témoignages de l’œuvre de ce grand architecte. Trébons développe un toit à haut comble à la française couvert d’ardoise et rythmé de lucarnes incurvées. Il a la particularité extraordinaire, et unique à cette époque, de présenter deux façades à fronton, au nord et au sud, rigoureusement identiques, qui seraient dûes au souhait du Comte de Trébons d’avoir une demeure à l’image de Janus Bifrons, ce dieu à deux visages symbolisant Alpha et Omega, les débuts et les fins. Le Comte de Trébons étant un home des lumières et un des premiers francs-maçons, proche du duc de Chartres, future Roi Louis Philippe, le château présente des proportions aussi amples que mystérieuses; la largeur du bâtiment est exactement de dimension double par rapport à la hauteur totale de l’édifice. Il est réalisé entièrement en pierre blanche, dont la stéréo tonne est particulièrement subtile. Les grandes baies en plein vitre, en anse de panier, en fausse anse de panier, et dont les allèges présentent un bosselage incurvé animent ses façades d’ombres changeantes à toute heure de la journée. Trébons est ainsi l’expression du goût d’une seule et même époque, mais aussi d’une famille illustre parvenue au faite de sa gloire, qui voulut édifier en Normandie une demeure d’esprit parisien dans son propre terroir. Par l’unité et l’importance du bâtiment, son parti pris de simplicité affectée et de préciosité (« La simplicité affectée est une imposture délicate », Maxime du Duc de La Rochefoucauld). Son aspect achevé, sans ajout extérieur, son originalité dans le paysage cauchois où il apparaît tout en haut d’une vaste pelouse en vertugadin, de 370 mètres de longueur, on ressent aussi bien l’architecte d’un bâtiment que celui d’un paysage. Ce qui frappe en regardant Trébons, c’est la volonté de trouver le beau en recherchant la simplicité (« L’extrême simplicité conduit au sublime », Claude-Nicolas Ledoux), de rêver de Rome et d’Athènes en Normandie, comme Schinkel rêva de la Grèce à Berlin. C’est aussi inspirer un sentiment de noblesse et de grandeur, tout en gardant une dimension adéquate à la vie de l’homme (« L’art préside au logement de la fourmi et de l’éléphant », Claude Nicolas Ledoux Lumières et pensées). A l’intérieur, les appartements du château de Trébons dénotent une volonté de commodité, de simplicité, d’harmonie, d’élégance. Ils sont habilement distribués et organisés autour d’un vaste vestibule et d’un grand salon, en son centre, « avec deux grands escaliers de part et d’autre qui se rejoignent à la manière d’un pont » (Guy de Maupassant, Une vie). L’ameublement du château du château de style Louis XV transition et Louis XVI, compte les œuvres de grands maîtres ébénistes français du XVIIIème siècle (40 estampilles recensées). Le château, entièrement inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques, a fait l’objet d’une restauration complète de 2008 à 2017, sous la direction de Pierre Bortolussi, inspecteur général des Monuments Historiques.