06/04/2020
Fumay le 28 Juin 1956 (17 ans) "PERVERSION et PERCEPTION"
" Car enfin, QUI SUIS-JE?
Suis-je si brillant et sans défauts, que je me permette de juger avec une moue ironique mes compagnons involontaires? Hélas non!
Capable d'une gamme étendue d'émotions, je sens que je puis faire preuve tour à tour du sadisme le plus inimaginable et de la tendresse la plus totale.
Quel est donc cet instinct bizarre qui, du fond de mon étre rejette toute Religion, perdu dans la matière, alors qu'une Foi sublime émanant d'un autre enchante mon esprit.
Eternelle opposition de l'ame et du corps, dirait un "Chrétien", recherche de l'équilibre instable prometteur de la Paix, ou alors?
Des fantomes sans visages hantent ma mémoire alors qu'éperdument je lançe ma personne à l'assaut du vrai.
Images imprécises d'un passé vite enfoui, émotions oubliées, joies d'enfant sans passion.
Cette existence paisible que j'ai trainèe jusqu'ici, je la contemple avec une mélancolie attristée.
La paleur de la vie à l'ombre de la Croix me trouble soudain...
Mais que sais-je de la vie à ce moment précis?
A peine quelques années de balbutiements passées dans l'euphorie. C'est bien là l'infortune, l'adolescent moqueur entrant dans l'existence découvre un monde neuf, et sans armes devant tous il doit tracer sa voie.
Du plus loin que je me souvienne on m'a trainè à l'Eglise.
Messes, noires comédies aux odeurs lourdes, heures d'ennui passées dans la puanteur des bigottes prudes aux lèvres pincées.
Le petit gars "éspiègle mais gentil", qui travaillait bien en Classe et était le premier au Catéchisme devait déjà s'emmerder sur sa chaise de paille, à l'Eglise, à triturer les perles d'un chapelet ou à contempler de pieuses images tandis qu'un digne Curé tripotait quelque chose, loin devant, ou berçait les grandes personnes de sa voie monocorde qui racontait des choses incompréhensibles: "Ciel pour les bons, Enfer pour les méchants, Dieu Pére aime tout le monde" ...Conneries!
Et sur les bancs de la salle du Curé, le petit gars gentil écoutait les bons conseils et donnait toujours de bonnes réponses.
Sa**uds!
Et le dimanche, à la Messe quand il rigolait ou qu'il faisait rire les autres, on disait rien; mais le lundi, en Classe, le Père Caru l'engueulait, le frappait, ou le mettait à genoux, le pauvre premier du Catéchisme, ou le meilleur Elève...
Tous des vaches!
A la maison, le petit gars était cloitrè. Pendant les vacances, on lui donnait des boutons à ranger tandis que les autres gosses courraient dans les rues, profitaient de leur jeunesse. Et quand il se sauvait pour aller jouer avec les petits pouilleux du quartier, son bonhomme de grand-père courrait partout pour le rattraper, et le ramener à sa cage avec des "attends, sais-tu!?" , et il attend encore.
Le petit gars, on lui a volé la possibilité d'étre un costaud. On a failli en faire un avorton, par gentillesse, par dévouement, par charité Chrétienne.
Mensonges!
On lui donnait, au petit gars, tout ce dont il avait besoin, mais sans oublier de lui faire remarquer qu'il arrachait le pain de la bouche de ses grands-parents, qui se privaient.
Sacrifices, foutaises, hypocrisie!
Puis on a mis le petit gars en pension, chez des Curés, bien entendu.
Il devait faire des Etudes, et pour celà ses grands-parents devaient se "sacrifier", car ses "salauds de parents foutaient leur fric par la fenètre, pendant que les vieux trimaient".
C'est dans cet esprit que fut élevé le petit gars. C'est à cause de cet esprit que tous ses malheurs l'ennivrent de rage aujourd'hui.
La premiere année, il était le meilleur Elève de la Classe, au Collège, parce qu'il le fallait.
Il fit sa Communion, et à l'occasion du diner prit contact avec sa mère, contact éphémère, hélas!
Puis, dans l'atmosphère de la pension, le petit gars qui sortait du cloitre commença à pourrir, car il n'était pas protégé contre les vacheries de la vie. On lui avait appris à contourner, à éviter, et il fallait faire face, combattre.
Dans son désarroi le petit gars ne fit rien du tout, et se laissa faire par la vie. Il avait confiance en les Curés, et c'est un Curé qui commença à le pervertir: L'Abbé André Faby, Prof de maths en 6éme, qui faisait se déshabiller dans sa chambre des gosses de 12 ans et leur apprenait "comment on fait des enfants" ...
Sa**ud!
A partir de ce moment, le petit gars sentit ses yeux s'ouvrir, et il brisa sa coquille, qui lui cachait la vie sans le cacher à la vie.
Il travailla moins fort, et ne s'en porta pas plus mal. Il devint hypocrite, et bu le vin du Curé avant de servir la Messe.
Il continua sans se confesser et rien ne lui arriva.
Perverti par les autres, il pervertit ses copains, chacun son tour.
Puis il ne travailla plus du tout, englué dans le vice et dans la saloperie, jouant double jeu, trompant ses vieux grands-parents et les Curés, lui, gosse de 14 ans qu'on avait leurré pendant 12 ans.
Puis il abandonna toute Religion, il avait 15 ans et commencait à comprendre l'absurdité et la pauvreté de son existence. Il se forma sur lui-méme, riche de 3 ans d'expérience lourde de vice et d'horreur, et sombra inéxorablement vers la folie. Puis il s'en sortit, et croupit au fond de son vice, salissant ses copains involontaires et perdant son temps.
Il ne travailla pas et fut reçu au Brevet.
Puis ce furent des vacances ou on lui dévoila "la noirceur de ses parents"!
On le croyait à point, et, surprise, il se rebiffa pour la première fois, fort de son expérience désastreuse, et prit parti pour ses parents.
Mais ses vieux grands-parents ne pouvaient pas comprendre, et ils continuèrent dans la ligne qu'ils s'étaient tracé, sans voire qu'ils ne poussaient plus que le vide avec leurs chapelets et leurs vertus.
Le petit gars était sorti du passé, et grimpait vers la vie. Il savait.
Une année de plus il s'emmerda copieusement dans son Collège, sans Religion et sans passion pour le Travail.
Puis il prit contact avec ses vrais parents, et pour lui commença une vie d'espoir qui continue encore à présent, à jamais.
Cette triste histoire est la mienne, jusqu'à ce 28 juin 1956 ou j'attends les Résultats de l'Ecrit du Bac, première partie.
Je demande une seule chose à la vie:
Qu'elle me rende mon vrai Foyer, ou on ne me reprocheras plus de bouffer le pain des autres!
Je demande qu'on me foute la Paix = "Dami mihi pacem" !
Je sais assez de choses pour me débrouiller dans le labyrinthe puant de la vie.
Et d'ailleurs, il est ridicule de se débattre sur cette sacrée Terre, puisqu'on finit tous par crever! Oui, moi aussi j'y passerais. Mais j'éspère que j'aurais le temps auparavant de me fo**re quelques bonnes cuites, de retrouver un Ami, des Parents, et de trouver une réponse aux questions qui me taquinent = Ame, Dieu, Religion, Devoirs, Vertus, Vices, Folie?
Et en attendant, je suis là à griffonner des bètises sur un papier alors que peut-etre je suis admissible au Bac et que je vais rater bétement l'oral.
Enfin, je me serais soulagé le coeur. Je ne peux pas dire tout à haute voix, car je ne veux tuer personne. Si mon père est passé par là je le comprends mieux aujourd'hui et j'aurais beaucoup à apprendre de lui. Il a suivi l'ornière trop longtemps pour pouvoir en sortir, et cette brisure l'a profondément touché, hélas.
Pourtant je ne veux de mal à personne.
Je suis persuadé que mes grands-parents sont sincères avec eux-mémes et que ce qu'ils ont fait à papa et à moi ils l'ont fait sans méchanceté, sans s'en rendre compte, en croyant que le seul moyen de ne pas gacher sa vie était la Bondieuserie, le Travail, et la domination de la Femme.
Hélas ces préceptes d'une autre Epoque ne convenaient pas au Siècle, et, d'ailleurs, les préceptes ne valent jamais rien appliqués aux hommes. Tous les hommes sont différends et chacun doit avoir sa propre manière d'exister.
Je pardonne à mes grands-parents. Ils m'ont assurè le confort matériel autant qu'ils l'ont pu, mais ils ont gravement endommagé mon esprit, mon Etre, et on compromis mon équilibre. Il est trop t**d pour le leur dire. Tant p*s. Je leur souhaite de mourir vite et sans douleur et de n'étre pas déçus après le passage, car franchement, ils ne le méritent pas.
Moi, j'éspère que la vaste comédie qu'est la Vie me réservera quelque role et qu'un jour prochain je serais délivré, enfin.
Jean-Paul DESPAS - Fumay, le 28 juin 1956.