04/04/2026
A écouter ici : https://digradio.fr/podcast/guiller-une-grande-marque-de-motos-vendeenne/
Quand on demande de citer une marque de motos, ce sont bien sûr des constructeurs allemands, japonais, américains ou italiens qui viennent à l’esprit.
Seuls les passionnés vous parleront de marques françaises comme Motobécane mais il y a peu de chances qu’on vous cite une marque vendéenne.
Et pourtant, dans les années 50 , les établissements Guiller de Fontenay-le-Comte se classent au 5ème rang des constructeurs français. Et c’est une Guiller qui remporte le Bol d’Or en 1956.
Je vous explique tout ça.
Cette étonnante aventure mécanique commence en 1909 quand Pierre Guiller, débitant de tabac à Fontenay-le-Comte, créé un magasin de vente et de réparation de vélos avec ses fils René et Pierre, adeptes de courses cyclistes. L’atelier est situé place de la République.
L’affaire tourne bien et se diversifie proposant également des machines à coudre, des fusils de chasse, et du matériel pour les sportifs. Mais la grande spécialité de la maison reste le vélo.
Très rapidement le magasin développe une vraie activité de fabrication de bicyclettes, puis de cadres et pièces pour cycles.
Au début des années 20 les Etablissements Guiller fabriquent et vendent près de 20 000 bicyclettes sous les marques Aquitania et Origan.
La marque devient un symbole de qualité et plusieurs grands champions cyclistes de l’époque ne jurent que par les « Origan ». Le Sablais Marcel Guimbretière remporte plusieurs courses sur pistes avec un vélo vendéen, à commencer par les 6 jours de Paris.
En 1928, l’entreprise s’agrandit avec des ateliers situés place du Puits de Vau. Guiller Frères emploie alors près de 400 salariés.
Cette année-là, les frères Guiller passe à la vitesse supérieure avec leur premier modèle de moto, présentés au Salon de Paris. Il s’agit des motos de 175, 250 et 350 cm³ équipées de moteurs Moussard Madoz, Chaise ou Voisin.
D’abord vendue sous la marque Origan, comme le vélo, ces motos sont commercialisées sous la marque Guiller Frères à partir de le fin des années 40.
En 1950, l’activité bat son plein. Chaque année, 7000 motos sortent des ateliers Guiller.
Je vous l’ai dit en introduction, l’entreprise est à l’époque le 5 ème constructeur français.
L’un de ses modèles emblématiques est la 175 Sport G 90 S (1952 1954), une petite routière sportive réputée pour son cadre double berceau et sa suspension arrière oscillante, plus moderne que beaucoup de concurrentes.
Des vedettes comme Bourvil ou Fernandel apparaissent dans les publicités de la marque.
Mais question image et visibilité, c’est bien avec leur participation, souvent victorieuse, aux grandes compétitions sportives de l’époque que les motos Guiller font la différence.
En 1955, au Bol d’Or, mythique course d’endurance, la 175 AGF d’Agache et Dagan remporte sa catégorie en couvrant 2 230 km à 93 km/h de moyenne. Cette moto, fabriquée à Fontany-le-Comte est une version spéciale de la Guiller.
L’entreprise se lance également dans les scooters, travaillant sous licence du constructeur italien SIM.
Malheureusement, deux évènements vont fragiliser l’entreprise et la conduire à sa perte.
Une histoire de famille d’abord avec un différend entre Pierre et René qui conduit à la scission de la société en 1954. Fini Guiller frères. Place à René Guiller, installé place du Puy la Vau, et Guiller S.A., restée à l’adresse historique de la rue de la République.
Mais le vrai coup dur, c’est l’évolution de cette société des Trente Glorieuses. Le niveau de vie augmente et les Français ont désormais les moyens de s’offrir une voiture. Les deux roues utilitaires n’ont plus cote.
Les entreprises Guiller Frère ne résisteront pas à cette vague automobile et fermeront leur portes en 1963.
Les « belles de Fontenay », comme on surnommait ces motos, restent aujourd’hui recherchées par les collectionneurs